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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306773

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306773

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, un mémoire et un mémoire en production de pièces enregistrés sous le n° 2306773 les 11 et 12 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Debril, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- les dispositions de l'article L. 141-3 du CESEDA ont été méconnues ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention EDH ;

- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

* en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du CESEDA, faute de justification du risque de soustraction à la mesure d'éloignement ;

* en ce qui concerne le pays de renvoi, cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

* en ce qui concerne l'interdiction de retour :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- la décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention EDH et procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête et deux mémoires en production de pièces enregistrés sous le n° 2306774 les 11 et 12 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Debril, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'acte ;

- l'arrêté en litige est insuffisamment motivé et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est dépourvu de base légale et insuffisamment motivé faute de viser le cas prévu à l'article L. 731-1 du CESEDA sur lequel le préfet s'est fondé ;

- les dispositions de l'article L. 141-3 du CESEDA ont été méconnues ;

- les articles L. 732-7 et R 732-5 du CESEDA ont été méconnus ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention EDH ;

- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Willem, premier conseiller, en application des articles L. 614-5 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui s'est tenue le 12 décembre 2023 à 14 heures.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Debril, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens en les précisant tout en insistant sur le fait que son client n'a pas reçu notification de la mesure d'éloignement du 17 janvier 2023, n'ayant pas ainsi connaissance de son maintien irrégulier en France ; que son éloignement porte une atteinte à sa vie privée et familiale, alors qu'il travaille en CDI comme chauffeur-livreur, qu'il est pleinement intégré par le travail, qu'il est en couple avec une ressortissante française et que ses tante et oncle résident sur le territoire ; qu'il présente des garanties de représentation suffisantes qui justifiaient que lui soit accordé un délai de départ volontaire ; que la mesure d'interdiction de retour est disproportionnée et insuffisamment motivée, alors qu'il n'a jamais été condamné et qu'il n'existe pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement ; que les modalités de l'assignation à résidence l'empêche de travailler ;

- les observations de M. A ;

- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été reportée ce même jour à 16 heures afin de permettre au requérant de produire des pièces, lesquelles ont été soumises au contradictoire.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 14 décembre 1998, serait entré sur le territoire le 30 septembre 2021. Il a présenté une demande d'asile le 18 octobre 2021, laquelle a été rejetée par une décision devenue définitive de l'OFPRA en date du 10 mai 2022. En conséquence, sa demande de titre de séjour " réfugié " a été refusé et, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du CESEDA, il a fait l'objet, le 17 janvier 2023, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour pendant 2 ans. Cet arrêté n'a pas été exécuté et l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire. Suite à son interpellation par les services de gendarmerie le 8 décembre 2023, M. A a fait l'objet le 9 décembre 2023, d'un nouvel arrêté du préfet de la Gironde portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Gironde a également assigné à résidence l'intéressé dans le département de la Gironde pour une durée de 45 jours. M. A demande au tribunal, par les deux requêtes susvisées, d'annuler pour excès de pouvoir ces deux arrêtés du 9 décembre 2023.

2. Les requêtes n° 2306773 et n° 2306774 toutes deux présentées par M. A présentent à juger des questions semblables et on fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les deux arrêtés contestés pris dans leur ensemble :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme Aurore Le Bonnec, secrétaire générale de la préfecture de la Gironde à qui, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans ce département, le préfet de la Gironde a donné délégation à l'effet de signer toutes décisions dans les matières relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines matières parmi lesquelles ne figure pas la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré du défaut de compétence manque en fait.

4. En deuxième lieu, les arrêtés en litige comportent, pour chacune des décisions qu'ils contiennent, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles ces décisions sont fondées alors même que ne sont pas indiqués de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, ni la motivation des arrêtés contestés ni aucune autre pièce du dossier ne permettent de considérer que le préfet de la Gironde, qui a pris en compte les éléments déclarés par le requérant et consignés sur le procès-verbal de son audition par les gendarmes, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.

6. En dernier lieu, si l'irrégularité de la notification des arrêtés contestés est de nature à faire obstacle au déclenchement du délai de recours contentieux, elle est en revanche sans incidence sur leur légalité. Dans ces conditions, M. A ne peut pas utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour contester la légalité des arrêtés en litige. Ce moyen doit dès lors être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L 611-1 du CESEDA : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque () : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". En l'espèce, la préfète a pu légalement se fonder sur ces dispositions dès lors que M. A s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour par décision du 17 janvier 2023 à la suite du rejet de sa demande d'asile et qu'il n'a pas sollicité, entre temps, son admission au séjour sur un autre fondement. La circonstance alléguée qu'il n'aurait pas eu connaissance de cette décision, également assortie d'une obligation de quitter le territoire, est sur ce point sans influence et, au demeurant, à lui seul imputable faute d'avoir réclamé le pli dont il a été avisé à l'adresse qu'il avait déclaré à l'administration.

8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Le requérant fait valoir que l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre méconnait les stipulations précitées, alors qu'il est désormais intégré en France, y dispose d'un travail suite à la conclusion d'un contrat à durée indéterminée le 21 novembre 2022, d'un logement, est fiancé à une ressortissante française et que ses tante et oncle résident sur le territoire. Il se prévaut également de différentes attestations le décrivant comme " bon élément travailleur ", " utile à la patrie ", " serviable ", " honnête et prévenant ", " l'une des personnes les plus gentilles et généreuses ", " toujours à l'écoute ", " un exemple " caractérisé par sa " gentillesse et sa complaisance ", aidant " les personnes âgées au feu rouge "

10. Toutefois, et pour particulièrement louables que soient les qualités de M. A, ce dernier est entré en France récemment à l'âge de 22 ans et depuis son arrivée sur le territoire n'a jamais été titulaire d'un titre de séjour ni n'a même présenté une demande d'admission au séjour autre qu'au titre de l'asile. Il ne peut par ailleurs utilement se prévaloir d'une situation qu'il s'est irrégulièrement constitué, notamment en se déclarant de nationalité " belge " auprès de son employeur ainsi qu'il ressort du contrat de travail versé au dossier. Si M. A soutient s'être fiancé avec une ressortissante française, la réalité et l'effectivité de la vie commune ne sont établies par aucun élément probant. Nonobstant la présence en France d'un oncle et une tante, ce qui est au demeurant insuffisamment justifié et ne lui confère aucun droit au séjour particulier, il ne ressort pas des pièces que M. A serait dépourvu de tous liens dans son pays d'origine. Par suite, eu égard aux conditions de son entrée et de son séjour en France, le préfet n'a pas porté en l'espèce une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant en l'obligeant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions dont est assortie l'obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A ne peut exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français pour contester les décisions lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du CESEDA : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; /

5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;

8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".

13. Il ressort de la motivation en droit et en fait de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire que pour refuser un délai de départ volontaire, le préfet s'est fondé sur l'existence d'un risque de soustraction à la mesure d'éloignement qu'il a apprécié au regard des 3 cas visés par les dispositions précitées de l'article L. 612-3 du CESEDA. S'il est vrai que M. A peut se prévaloir de garanties de représentation, notamment en ce qu'il justifie d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, il n'en demeure pas moins qu'il a déclaré devant les gendarmes entendre s'opposer à la mesure d'éloignement et qu'en outre, il s'est soustrait à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire prononcé à son encontre le 17 janvier 2023, laquelle, à supposer même qu'il n'en ait pas eu connaissance, lui a été régulièrement notifiée compte tenu de ce qui a été dit au point 7. Par suite, le préfet pouvait légalement refuser d'accorder au requérant un délai de départ volontaire pour ces seuls deux derniers motifs, qui permettent de regarder comme établi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du CESEDA : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

15. Ainsi qu'il a été dit au point 10, la résidence en France de M. A est récente et s'est principalement irrégulièrement constituée. Il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécuté. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il est défavorablement connu des services de police pour un délit de recel de vol, même s'il n'a pas été condamné. Par ailleurs, le requérant ne justifie d'aucun lien particulier avec la France ni de la réalité de la vie commune avec sa " fiancée ", ni même de ce que " le mariage est programmé pour bientôt " comme il l'a déclaré devant les gendarmes. Il ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour de trois ans, ni porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

16. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français dont a fait l'objet M. A n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que l'assignation à résidence dont il fait l'objet serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être écarté.

18. En deuxième lieu, le requérant soutient que cette décision est dépourvue de base légale faute de viser précisément l'un des 8 cas prévus par l'article L. 731-1 du CESEDA qui permettent à l'autorité administrative de prononcer une telle mesure. Toutefois, la décision contestée vise explicitement l'article L. 731-1 du CESEDA ainsi que l'obligation de quitter le territoire, précise que M. A ne peut justifier d'un document transfrontière en cours de validité et qu'il convient d'engager toutes démarches nécessaires auprès des autorités consulaires afin d'obtenir un laisser-passer, enfin que sous cette dernière réserve, l'exécution de la mesure d'éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, même si elle ne l'indique pas expressément, il ressort clairement de ces mentions, suffisantes du point de vue de la motivation ainsi qu'il a été dit au point 4, que le préfet a entendu se fonder sur les dispositions précitées du 1° de l'article L. 731-1 du CESEDA. A cet égard, il n'est par ailleurs pas contesté que le requérant ne peut quitter immédiatement le territoire français et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'absence de base légale doit être écarté.

19. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du CESEDA : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. () ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ".

20. Il résulte de ces dispositions que la remise du formulaire relatif aux droits et obligations des étrangers assignés à résidence doit s'effectuer au moment de la notification de la décision d'assignation à résidence ou, au plus tard, lors de la première présentation de l'étranger aux services de police ou de gendarmerie. Ainsi, cette formalité peut être satisfaite postérieurement à l'édiction de la décision d'assignation à résidence. Dès lors, l'absence d'information telle que prévue aux articles L. 732-7 et R. 732-5 précités ou l'irrégularité de cette information demeure sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige, laquelle s'apprécie à la date de son édiction et non pas de sa notification. Au demeurant, l'arrêté contesté, signé de la main du requérant qui a bénéficié de l'assistance d'un interprète, comporte en son article 6, les informations requises par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré leur méconnaissance doit être écarté.

21. En quatrième lieu, ainsi qu'il a déjà été dit, la vie privée et familiale du requérant n'est pas suffisamment établie en France et l'intéressé ne saurait utilement se prévaloir d'une atteinte portée à son droit d'exercer un contrat de travail qui a été irrégulièrement conclu. En l'assignant à résidence dans le département de la Gironde, en imposant sa présence quotidienne à son domicile de Talence entre 16 et 19 heures et sa présentation au commissariat de Bordeaux tous les lundis, la décision portant assignation à résidence n'est donc pas de nature à porter atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ni d'ailleurs ne porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et venir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à obtenir l'annulation des arrêtés qu'il conteste.

Sur les frais d'instance :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes demandées au titre des frais des instances.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2306773 et n° 2306774 présentées par M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

E. WILLEM La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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