mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2306807 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu les procédures suivantes :
I. - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2306807, le 12 décembre 2023 et le 25 mars 2024, M. B A D, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le couple justifie de son impossibilité de retourner en Arménie, de l'ancienneté de son séjour en France de plus de huit ans, de sa parfaite intégration professionnelle, de la naissance et de la scolarisation de leurs deux enfants, de l'absence de tout attache familiale subsistant en Arménie ;
- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- pour les mêmes motifs, elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A D ne sont pas fondés.
II. - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2306808, le 12 décembre 2023 et le 25 mars 2024, Mme C E, épouse A D, représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle révèle un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le couple justifie de son impossibilité de retourner en Arménie, de l'ancienneté de son séjour en France de plus de huit ans, de sa parfaite intégration professionnelle, de la naissance et de la scolarisation de leurs deux enfants, de l'absence de tout attache familiale subsistant en Arménie ;
- pour les mêmes motifs, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- pour les mêmes motifs, elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A D ne sont pas fondés.
M. A D et Mme A D ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 7 novembre 2023.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme de Gélas a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A D et Mme C E, épouse A D, nés respectivement le 5 février 1985 et le 26 février 1989, ressortissants arméniens, sont entrés en France le 16 juillet 2015 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités lituaniennes. Ils ont déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par décisions de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 janvier 2016, puis par décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 28 février 2017. Leurs demandes de réexamen ont été déclarées irrecevables par la CNDA par décisions du 20 novembre 2017 et du 6 aout 2018. Par arrêtés du 18 février 2022, dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 2 mai 2022 et ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 9 février 2023, le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. et Mme A D ont de nouveau sollicité leur admission exceptionnelle au séjour le 24 mai 2023. Leurs demandes ont été rejetées par décisions du 16 juin 2023, dont ils sollicitent l'annulation.
2. Les requêtes n° 2306807 et n° 2306808, présentées pour M. et Mme A D concerne la situation d'un couple marié et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les décisions litigieuses visent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles mentionnent la date d'entrée en France des requérants, ainsi que l'examen approfondi de leur situation personnelle effectué par le préfet, leur absence de droit à la délivrance d'un titre de séjour, les précédentes décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français dont ils ont fait l'objet, ainsi que le refus du préfet de mettre en œuvre son pouvoir discrétionnaire de régularisation au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels ils ont sollicité leur admission exceptionnelle au séjour. Si les requérants font griefs au préfet de ne pas avoir examiné les éléments nouveaux dont ils se sont prévalus dans le cadre de leur demande de titre de séjour, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes des décisions litigieuses que le préfet n'aurait pas procédé à un tel examen. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier de leur situation manquent en fait et doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
5. M. et Mme A D se prévalent d'un séjour continu en France depuis leur arrivée sur le territoire le 16 juillet 2015, de la naissance à Bordeaux de leurs deux filles âgées de sept et deux ans à la date des décisions contestées, de la scolarisation de l'aînée, de la présence en France de la famille de Mme A D et de leur insertion socio-professionnelle sur le territoire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants se sont maintenus en situation irrégulière à l'expiration de leurs visas et n'ont ensuite été autorisés à y séjourner que le temps nécessaire à l'instruction de leurs demandes d'asile, lesquelles ont été rejetées, ainsi qu'il a été dit, par décisions de la Cour nationale du droit d'asile le 28 février 2017, le 20 novembre 2017 et le 6 août 2018. Ils se sont en outre maintenus en France malgré une obligation de quitter le territoire prise le 18 février 2022, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Bordeaux et la cour administrative d'appel de Bordeaux. Par ailleurs, la seule présence en France d'une partie de la famille de la requérante ne permet pas d'établir qu'ils y auraient noués des liens intenses et stables, alors qu'ils n'établissent pas la réalité des risques qu'ils encourent en cas de retour dans leur pays d'origine où pourra se reconstituer leur cellule familiale et se poursuivre la scolarité de leurs deux jeunes enfants. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que Mme A D travaille en contrat à durée indéterminée à temps complet depuis le 1er juin 2022 et M. A D depuis le mois d'avril 2023, ces emplois sont insuffisants pour caractériser une réelle insertion professionnelle. Dans ces conditions, en refusant de leur délivrer un titre de séjour, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de leurs situations personnelles doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
7. Il résulte de ce qui vient d'être dit au point 5 que M. et Mme A D ne justifient pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à permettre leur admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale des requérants se reconstitue en Arménie où leurs deux jeunes enfants pourront poursuivre leur scolarité. Les décisions contestées n'ayant pas pour objet ni pour effet de séparer ces enfants de leurs parents, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir qu'elles méconnaissent les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A D ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du 16 juin 2023.
Sur les autres conclusions :
11. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation des décisions du 16 juin 2023, les conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme A D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Mme C E, épouse A D, et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme de Gélas, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La rapporteure,
C. DE GÉLASLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2-2306808
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026