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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306844

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306844

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306844
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantDA ROS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 13 décembre 2023, 16 janvier 2024, et le 19 janvier 2024 n'ayant pas été communiquées, Mme A C, représentée par Me Da Ros, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juillet 2023 par lequel le préfet de la Gironde lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à défaut de se conformer à cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de droit au séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée au bénéfice de Marc Douchin ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que n'est pas prise en compte son union par pacte civil de solidarité (Pacs) avec une ressortissante étrangère titulaire d'un certificat de résidence de dix ans ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte atteinte à sa vie privée et familiale en France et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en intervention volontaire, enregistré le 18 janvier 2024, Mme B D, représentée par Me Da Ros, demande au tribunal de faire droit aux conclusions présentées par sa partenaire, Mme A C.

Elle soutient que la décision porte une atteinte disproportionnée au droit de mener une vie privée et familiale normale compte tenu de la durée significative de communauté de vie et d'autre part que l'exécution de la mesure d'éloignement est disproportionnée au regard de la vie privée et familiale car elle priverait le couple d'une vie commune.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 janvier 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 19 janvier 2024.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 7 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Munoz-Pauziès,

- et les observations de Me Da Ros, représentant Mme C.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante algérienne née le 6 août 1979, est entrée régulièrement en France le 25 septembre 2018 munie d'un visa C valable jusqu'au 19 octobre 2018 pour une durée de séjour autorisée en France de trente jours. Le 19 novembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles. Par un arrêté du 19 juillet 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de faire droit à sa demande de titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle serait éloignée à défaut de se conformer à cette mesure.

Sur l'intervention volontaire :

2. Mme B D, conjointe de la requérante a intérêt à l'annulation de l'arrêté du 19 juillet 2023. Par suite, sont intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, entrée en France en 2018, a conclu le 11 juin 2019 un pacte civil de solidarité (Pacs) avec Mme D, ressortissant algérienne titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans et mère de deux enfants nés d'une précédente union. La communauté de vie des intéressées est établie à compter de cette date. Il ressort des attestations établies par des voisins et par le directeur de l'école maternelle du plus jeune des enfants, qui sont toutes très circonstanciées, ainsi que du courrier du proviseur du collège de l'ainé des enfants ouvrant à Mme C l'accès à Pronote, l'outil de communication du collège avec les parents, que cette dernière est très investie dans l'éduction des enfants, ainsi qu'en témoignent également les très nombreuses photographies de famille, prises à Noël, en vacances et lors de sorties, produites par la requérante. En outre, Mme C bénéficie d'une promesse d'embauche en qualité d'aide à domicile dans l'entreprise dans laquelle travaille sa conjointe. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, et alors même que Mme C a gardé des attaches en Algérie, sa mère et ses frères et sœurs y résidant, la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et doit être annulée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 19 juillet 2023 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Gironde délivre à Mme C une carte de séjour au titre de la vie familiale. Il y a lieu de l'y enjoindre dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

7. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 55 p. 100 par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 novembre 2023. Elle n'allègue pas avoir engagé d'autres frais que ceux partiellement pris en charge à ce titre. D'autre part, l'avocat de Mme C n'a pas demandé que lui soit versée la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à sa cliente si cette dernière n'avait bénéficié de l'aide juridictionnelle. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le remboursement à Mme C de la part des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par le bureau d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de Mme D est admise.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Gironde du 19 juillet 2023 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme C un titre de séjour " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat paiera à Mme C la part des frais exposés par elle, non compris dans les dépens et laissés à sa charge par la décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 novembre 2023.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Mme B D et au préfet de la Gironde. Une copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Munoz-Pauziès, présidente,

M. Bilate, premier conseiller,

M. Bourdarie, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

Le premier assesseur,

X. BILATE La présidente-rapporteure,

F. MUNOZ-PAUZIÈS

La greffière,

M.CORREIA

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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