mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2307003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL BOISSY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, et par un mémoire, enregistré le 6 mai 2024, Mme E C, représentée par Me Pouget, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Quinsac a délivré un permis de construire à la SAS Quinsac Soubie Ninet, pour démolir un chai existant et édifier une résidence de 23 logements sur un terrain situé 5 rue Soubie Ninet, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Quinsac la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie avoir un intérêt à agir ;
- l'arrêté contesté méconnaît l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme ; le dossier de demande de permis de construire ne décrit pas les moyens mis en œuvre dans la démolition ;
- il méconnaît les dispositions du j) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ; l'attestation exigée par ces dispositions n'a pas été signée par la société pétitionnaire, mais par une tierce société ;
- les plans de coupe fournis dans le dossier de demande sont incomplets ; ils ne montrent pas le bâtiment B dans toute sa longueur ;
- l'arrêté méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ainsi que les articles 3 et 6.3 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune ; le projet ne permet pas la défense contre les incendies ; l'un des bâtiments ne sera pas accessible pour les véhicules de secours et de défense contre les incendies ; l'implantation des aires de retournement est irrégulière;
- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ; le projet ne prend pas en compte les caractères architecturaux et naturels des lieux, ni les capacités de desserte par le réseau existant ;
- il méconnaît l'article 4 du règlement de la zone UA du PLU ; le projet ne garantit pas un traitement satisfaisant des eaux pluviales ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 8.1 du règlement de la zone UA du plan local d'urbanisme de Quinsac ; il n'existe pas de distance suffisante entre les deux bâtiments projetés ;
- il méconnaît l'article 10.1 du règlement de la zone UA du PLU ; le local vélos excède la hauteur maximale autorisée pour les constructions annexes ;
- il méconnaît l'article 12.1 des règlements des zones UA et UB du PLU ; les places de stationnement sont créées en zone UB pour les besoins des construction édifiées dans la zone UA.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mars 2024, la commune de Quinsac, représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 7 mars 2024, la SAS Quinsac Soubie Ninet, représentée par Me Bonneau, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou que l'arrêté contesté ne soit que partiellement annulé en application de l'article L. 600-5 et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute d'intérêt à agir de Mme C ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Pinturault,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- les observations de Me Pouget, représentant Mme C, de Me Dubois, représentant la commune de Quinsac et de Me Bellegarde, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E C demande l'annulation de l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Quinsac a délivré un permis de construire à la SAS Quinsac Soubie Ninet, pour démolir un chai existant et édifier une résidence de 23 logements sur une terrain situé 5 rue Soubie Ninet, ensemble la décision par laquelle cette autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé contre cet arrêté. Par un arrêté du 6 février 2024, le maire de la commune de Quinsac a délivré un permis de construire modificatif.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " () II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31. Ce périmètre peut être commun à plusieurs monuments historiques. / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci () ". Selon l'article L. 621-32 de ce code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme : " Lorsque l'immeuble est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le dossier joint à la demande comprend en outre la description des moyens mis en œuvre dans la démolition pour éviter toute atteinte au patrimoine protégé. "
4. En l'espèce, même si le projet est situé dans le rayon de 500 m autour d'un monument historique, en l'occurrence le château de Péconnet, les abords protégés de ce monument au titre des articles L. 621-30 et L. 621-32 du code du patrimoine n'ont pas été délimités par une décision administrative, contrairement à ce qui est soutenu, le projet n'est pas en co-visibilité avec ce monument, ce qu'a confirmé l'architecte des Bâtiments de France (ABF) dans l'avis qu'elle a rendu le 14 février 2023 sur la demande de permis de construire, et il n'est pas démontré qu'il serait visible depuis ce monument, dont il est séparé par des étendues naturelles et boisées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 451-4 du code de l'urbanisme, manque en droit.
5. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () j) L'attestation de prise en compte des exigences de performance énergétique et environnementale, lorsqu'elle est exigée en application de l'article R. 122-24-1 du code de la construction et de l'habitation et, pour les projets soumis aux dispositions de l'article R. 122-2-1 du même code, l'attestation de réalisation de l'étude de faisabilité relative aux solutions d'approvisionnement en énergie réalisée en application de l'article R. 122-24-2 de ce code, ou, lorsque le projet est tenu de respecter les dispositions mentionnées aux articles R. 172-11 et R. 172-12 de ce code, un document établi par le maître d'ouvrage attestant la prise en compte de la réglementation thermique, en application de l'article R. 122-22 de ce code, et pour les projets concernés par l'article R. 122-2 ou l'article R. 122-3 du même code, la réalisation de l'étude de faisabilité relative aux solutions d'approvisionnements en énergie, en application de l'article R. 122-23 dudit code () ".
6. D'autre part, lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
7. En l'espèce, dans le cadre de la demande de permis de construire modificatif qu'elle a déposée le 8 novembre 2023, et qui lui a été accordé par un arrêté du maire de la commune de Quinsac du 6 février 2024, la SAS Quinsac Soubie Ninet a produit l'attestation exigée par les dispositions réglementaires précitées, signée pour elle-même, en sa qualité de maître de l'ouvrage, par son représentant légal. Par suite, le permis de construire initial se trouve régularisé sur ce point et Mme C ne peut plus utilement soutenir que la société pétitionnaire n'a pas attesté elle-même de la prise en compte des exigences de performances énergétiques requises par le code de la construction et de l'habitation. Le moyen doit être écarté comme inopérant.
8. En troisième lieu, dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, la SAS Quinsac Soubie Ninet a produit un plan de coupe longitudinale du bâtiment B. Si le dossier de demande de permis de construire ne comportait pas cette pièce, il a été ainsi régularisé sur ce point par le dossier de demande de permis de construire modificatif, de sorte que Mme C ne peut plus utilement se prévaloir de l'absence de cette pièce.
9. En quatrième lieu, et d'une part, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " En vertu de cet article, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
10. D'autre part, aux termes de l'article 3 du règlement de la zone UB du plan local d'urbanisme : " Conditions de desserte et d'accès des terrains par les voies publiques ou privées / 1-Accès / Pour être constructible, tout terrain doit disposer d'un accès direct sur une voie publique dont les caractéristiques répondent à l'importance et à la destination des constructions à desservir, et permettre notamment de satisfaire aux règles minimales de sécurité, telles que défense contre l'incendie, protection civile et brancardage. A ce titre, la largeur minimale d'accès est de 3 mètres. Dans l'éventualité où une desserte incendie s'avère nécessaire en arrière de la (ou des) construction(s) considérée(s), la hauteur minimale sous proche doit être de 3,50 mètres () 2-Voirie / Les caractéristiques des voies nouvelles, doivent avoir une largeur d'emprise minimale de 3,50 m. Les voies nouvelles à double sens de circulation doivent disposer d'une largeur de chaussée, hors stationnement, d'au moins 5,00 m. " L'article 3 du règlement de la zone UA de ce plan comporte les mêmes dispositions et ajoute dans son point 2 relatif à la voirie : " () Les voies nouvelles en impasse, desservant plus de deux logements, dès lors qu'elles dépassent 50 m et qu'une desserte incendie ou collecte des déchets s'avèrent nécessaires, doivent être aménagées pour assurer le retournement aisé des véhicules (aire de demi-tour à prévoir). "
11. Tout d'abord, en l'absence de disposition contraire du PLU, la réglementation applicable en matière de défense contre l'incendie ne fait pas partie des dispositions opposables aux demandes d'autorisation d'urbanisme. Or, en l'espèce, si la notice technique 6.3.0. et la carte des réseaux de défense incendie 6.3.1., dont la requérante se prévaut et qui sont incluses dans les annexes du PLU de la commune de Quinsac, rappellent divers principes issus de cette réglementation, le rapport de présentation du PLU indique que les documents annexes à ce plan, dont cette notice fait partie, ont une vocation informative. Le contenu de ces annexes n'est donc pas opposable au permis de construire qui a été délivré à la SAS Quinsac Soubie Ninet, de sorte que la requérante ne peut utilement s'en prévaloir contre la décision contestée.
12. Ensuite, à supposer que la requérante, qui soutient que le réseau de voiries internes ne présente pas des caractéristiques adaptées à la circulation des véhicules de secours, entende se prévaloir des dispositions de l'article 3 du règlement de la zone UB du PLU, en tant qu'elles réglementent la largeur des voies, elle ne peut utilement soutenir que les voiries internes méconnaissent ces dispositions, lesquelles n'ont pas pour objet de réglementer l'aménagement et les fonctionnalités internes à un projet, mais seulement la forme urbaine des rues et des voies de circulation à une échelle plus large, de sorte qu'elles ne s'appliquent qu'aux voies qui, situées à l'extérieur du terrain d'assiette, desservent l'opération et permettent d'y accéder.
13. En outre, il ressort des pièces du dossier que le projet se situe à proximité d'un point d'eau pour la lutte contre l'incendie (PEI) située rue Gabriel Massias, à moins de 200 mètres de l'accès aux bâtiments via l'accès au projet qu'il est prévu d'aménager rue Soubie Ninet. La voie interne piétonne sur laquelle ouvre cet accès présente une largeur totale de 3,67 m et est libre de tout obstacle sur une largeur d'au moins 1,80 m, permettant le passage des personnels d'intervention acheminant les dévidoirs, conformément aux préconisations formulées par le service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Gironde dans l'avis qu'il a rendu sur le projet le 1er juin 2023 et qui ont été reprises, à titre de prescriptions, dans l'article 3 de l'arrêté de permis de construire initial et, par renvoi, dans l'article 3 de l'arrêté de permis de construire modificatif. Si l'accès à la voirie carrossable prévu à l'ouest du projet, depuis le chemin de Bichoulin, se situe à plus de 200 m des bornes incendies à proximité tandis que, selon le règlement départemental de défense contre l'incendie de la Gironde, l'accès à moins de 200 m via une voie carrossable permettant d'acheminer le véhicule de pompage jusqu'au " point d'attaque ", c'est-à-dire au plus près de l'immeuble touché par un incendie, réduit le temps d'intervention, cette circonstance n'est pas en soi de nature à établir l'existence d'un risque au sens des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. D'une part, comme il a été dit plus haut, le contenu du règlement de défense contre l'incendie, en l'absence de disposition autre du PLU, n'est pas une réglementation opposable à une demande d'autorisation individuelle d'urbanisme. D'autre part, le projet se situe dans un secteur de la commune qui ne fait pas partie des secteurs identifiés dans le rapport de présentation du PLU comme ceux présentant une défense incendie insuffisante. Enfin, alors que le SDIS a rendu un avis favorable sur le projet, les considérations générales invoquées par la requérante, relatives à la plus grande densité des constructions prévues par rapport aux constructions à usage d'habitation préexistantes dans le secteur et à l'âge des personnes qui y seront accueillies, ne sont pas suffisantes pour établir que les prescriptions contenues dans le permis de construire en litige, qui sont reprises de l'avis du SDIS, ne seraient pas suffisantes pour garantir la sécurité des usagers et des tiers contre le risque d'incendie.
14. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que la voirie interne dont est doté le projet depuis l'accès de la rue de Bichoulin, dont la largeur est au demeurant conforme à la largeur minimale requise, et l'aire de retournement sur laquelle cette voirie débouche, ne permettraient pas aux véhicules d'intervention et de secours de disposer, sur le terrain d'assiette, d'un espace suffisant pour circuler et manœuvrer.
15. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté, en toute ses branches.
16. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4 des règlements des zones UA et UB du PLU de la commune de Quinsac : " () 3- Traitement des eaux pluviales / Tout aménagement ou installation nouvelle doit être raccordée par une canalisation au réseau collectif d'eaux pluviales au droit du terrain d'assiette du projet. En cas d'insuffisance ou d'absence de réseau collecteur d'eaux pluviales, celles-ci doivent être infiltrées, régulées ou traitées suivant les cas, sur le terrain d'assiette du projet, par des dispositifs adaptés à la nature de la construction, à la topographie du terrain et à la nature du sous-sol (noue paysagère, chaussée réservoir, fossé drainant, bassin, etc.). Les aménagements nécessaires au libre écoulement ou au traitement des eaux pluviales sont à la charge exclusive du propriétaire () ". Selon le second alinéa du point 3 de cet article dans le règlement de la zone UA du PLU : " () Tout aménagement en surface susceptible d'être souillé par des substances polluantes, notamment les aires de stationnement, doit être doté d'un dispositif de traitement avant rejet, adapté pour garantir une protection efficace de la qualité des eaux. " Selon le second alinéa de ce même point dans le règlement de la zone UB du PLU : " Toute installation artisanale ou commerciale non soumise à déclaration au titre de la législation sur les installations classées et de la loi sur l'eau, doit s'équiper d'un dispositif de traitement des eaux pluviales, adapté à l'importance et à la nature de l'activité et assurant une protection efficace du milieu naturel. "
17. La requérante soutient que le projet ne prévoit pas d'évacuer les eaux pluviales dans un collecteur public, mais de les infiltrer sur le terrain via une cuve de rétention et que la prescription contenue dans le permis de construire, qui oblige à mettre en place un dispositif dimensionné pour permettre de collecter et de résorber les eaux pluviales sur le terrain, est insuffisamment précise. Elle soutient aussi que, de manière générale, le dispositif proposé est insuffisamment dimensionné et mal situé au regard de la topographie du terrain et de l'implantation des bâtiments, dont l'implantation du bassin de rétention est de nature à fragiliser les fondations.
18. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et, notamment, de la notice des incidences des eaux pluviales et des plans des réseaux fournis à la fois dans le dossier de demande de permis de construire initial et dans le dossier de demande de permis de construire modificatif, que les eaux pluviales, contrairement à ce qui est soutenu, seront rejetées dans un collecteur situé sur la voie publique, rue Soubie Ninet, au nord du projet, via une solution compensatoire composée de deux réservoirs de rétention d'une contenance totale de 74 m3 et d'un ouvrage de régulation assurant un débit de 2 l/s. Cette solution technique présente des capacités au moins équivalentes aux besoins qui ont été évalués à l'initiative de la société pétitionnaire, sur des bases quantitatives qui ont été présentées dans la notice d'incidence des eaux pluviales jointe à chacun des dossiers de demande et dont l'exactitude ou la pertinence ne sont pas sérieusement remises en cause par la requérante. En outre, si celle-ci soutient qu'en raison de la déclivité du terrain, les eaux pluviales ruisselleront sur le sien, ses allégations ne sont pas étayées par les autres éléments du dossier et elle ne conteste pas sérieusement les indications fournies dans les plans du réseau de traitement des eaux pluviales, dont il ressort que le bassin versant du terrain d'assiette, après réalisation du projet, n'est pas dirigé vers son fonds, à l'est, mais est constitué de fils d'eau qui s'écouleront en suivant la déclivité de ce terrain, du sud vers le nord, jusqu'au collecteur situé rue Soubie Ninet. Il n'est pas davantage démontré que la solution compensatoire ainsi proposée ne serait pas suffisante ou adaptée pour résorber les ruissellements et pour éviter les débordements sur les fonds voisins.
19. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. "
20. En l'espèce, le projet se trouve dans le centre-bourg de Quinsac, à proximité d'un château classé comme monument historique, dans un secteur majoritairement composé de maisons de maître, pour la plupart mitoyennes et caractéristiques de l'habitat girondin édifié dans les cœurs de bourgs à la fin du XVIIIème siècle et au XIXème siècle. Le terrain d'assiette, issu d'une division parcellaire accordée par un arrêté du 5 avril 2023, se trouve à proximité immédiate du logis d'une propriété viticole du XIXème siècle, repéré au plan de zonage et protégé au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme. Les chais existants sur le terrain d'assiette, qui font partie des anciennes dépendances viticoles de ce bâtiment, mais ne sont pas repérés au titre de l'article L. 151-19, seront démolis.
21. Le projet litigieux consiste à édifier, en lieu et place des chais démolis et sur une partie du terrain jusqu'alors non construite, deux bâtiments. Le bâtiment B, construit à la place des anciens chais, dont il reprend majoritairement l'emprise d'origine, reprend aussi les codes architecturaux traditionnels des chais viticoles grâce, notamment, au traitement de la toiture, sur la façade principale, selon la forme de la toiture à redans réguliers, ornée d'un œil de bœuf ouvert à l'emplacement de la lucarne en demi-cintre présente à l'origine. Les gabarits des bâtiments, la forme des toitures et leurs pentes, ainsi que les tuiles canal ou de Marseille, les crépis et les plaquages de pierre qui seront employés, correspondent aux caractères et aux couleurs des bâtiments d'origine et des constructions alentour. Si le bâtiment A présente, dans le traitement de ses baies et de ses façades, une apparence plus moderne, notamment par l'emploi, en milieu de façade, d'une large baie ouvrant sur tous les niveaux et insérée dans un portique de même dimension, l'apparence massive de ces éléments a été corrigée dans le permis de construire modificatif, le portique ayant été raccourci et sa pente de toiture ayant été adoucie, de sorte qu'elle ne crée plus de rupture dans l'alignement de toiture de l'ensemble du bâtiment et s'insère davantage dans la forme générale de celui-ci. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'artificialisation partielle du terrain d'assiette induite par l'implantation du bâtiment B affecterait les caractères de l'environnement naturel. Au contraire, dans la version du projet issue du permis de construire modificatif, ce projet implique de conserver une partie de la végétation existante, dont au moins 6 arbres, de maintenir et renforcer un rideau végétal au sud du terrain, qui le dissimule depuis la voie publique et de planter 26 nouveaux arbres, dont des charmes, chênes et noisetiers, tous d'essences endogènes, tout en conservant en partie, aux abords du terrain et au cœur de celui-ci, outre une lisière forestière, des murets en moellons présents à l'origine. De plus, toutes les constructions projetées se trouvent en second rang, derrière le logis existant, et ne seront pas directement visibles depuis la voie publique. Enfin, la requérante ne peut utilement soutenir que le projet ne tient pas compte des possibilités de connexions aux réseaux existants, cette considération étant sans rapport avec l'objet de la protection instituée par les dispositions réglementaires précitées. Dans ces conditions, et nonobstant l'avis défavorable émis par l'architecte des Bâtiments de France, qui ne liait pas l'administration, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.
22. En sixième lieu, les bâtiments projetés sont tous deux, et dans leur totalité, implantés dans la zone UA du PLU de la commune de Quinsac. Aux termes de l'article 8 du règlement de cette zone : " () Implantation des constructions les unes par rapport aux autres sur une même propriété / UA8.1 - Dispositions générales / Les constructions situées sur une même unité foncière peuvent être implantées soit en contiguïté l'une de l'autre, soit en retrait l'une de l'autre à condition que la distance de recul entre les 2 constructions soit au moins égale à la hauteur mesurée à l'égout du toit de la construction la plus haute, sans qu'elle ne puisse être inférieure à 7 mètres () ".
23. En l'espèce, dans l'état du projet issu du permis de construire modificatif délivré le 6 février 2024, la distance entre le bâtiment A et le bâtiment B est égale à 7 m, et est supérieure à la hauteur de chacun des deux bâtiments mesurée à l'égout du toit. Le projet, dans son état modifié, est donc conforme à la distance minimale requise au titre des dispositions réglementaires précitées. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
24. En septième lieu, aux termes de l'article 10 du règlement de la zone UA du PLU de la commune de Quinsac : " () Hauteur maximale des constructions / UA10.1 - Dispositions générales / Les constructions doivent respecter une hauteur maximale de 7,5 mètres mesurée à l'égout du toit et 9 mètres au faîtage. La hauteur maximale est calculée à partir du niveau du sol naturel existant avant travaux entrepris pour la réalisation du projet. La hauteur maximale des constructions annexes est limitée à 3,50 m au faîtage ou à l'acrotère de terrasse () ". Aux termes du glossaire inclus dans le règlement du PLU, une annexe, ou construction annexe, est ainsi définie : " L'annexe (à un bâtiment ou une construction principale) constitue un accessoire et non une extension du bâtiment principal. C'est une construction qui n'est affectée ni à l'habitation, ni à l'exploitation agricole, ni à l'activité, à usage de garage, abri de jardin, remise à bois, etc. De faibles dimensions par rapport à la construction principale, l'annexe est séparée matériellement et ne communique pas avec le bâtiment principal () ".
25. En l'espèce, le local couvert destiné au rangement des vélos, prévu aux abords du bâtiment A, dont il est matériellement séparé, présentait, dans l'état du projet issu du dossier de demande de permis de construire initial, une hauteur au faîtage de 57,82 mètres nivellement général de la France (m B), soit 3,86 m au-dessus du terrain naturel (m/A). Le nouvel état du projet, issu du permis de construire modificatif, est régularisé sur ce point, puisque le local vélos présente désormais une hauteur au faîtage de 57,44 m B, soit 3,48 m/A. La requérante ne peut donc plus soutenir utilement que les dispositions réglementaires précitées auraient été méconnues.
26. En huitième lieu, aux termes de l'article 12 des règlements des zones UA et UB du PLU de la commune de Quinsac : " () Obligations imposées en matière de réalisation d'aires de stationnement / UA 12.1- Dispositions générales / Les places réservées au stationnement des véhicules doivent correspondre aux besoins des constructions admises dans la zone et être réalisées en dehors des voies publiques. Les aires de stationnement doivent être réalisées sur le terrain d'assiette du projet et sont à la charge exclusive du pétitionnaire () ". Les constructions à destination d'habitation ne font pas partie de celles qui sont interdites dans la zone UB du PLU, aux termes de l'article 1er du règlement de cette zone. La réalisation de places de stationnement n'est prohibée dans aucune des deux zones.
27. En l'espèce, si les constructions sont réalisées en zone UA, en revanche, le projet prévoit de réaliser une aire de stationnement dans la partie du terrain d'assiette située dans la zone UB du PLU. Il est constant que le nombre de places de stationnement réalisées correspond aux besoins des constructions. La circonstance qu'elles soient réalisées dans une zone différente des constructions est à cet égard indifférente, dès lors que la réalisation de places de stationnement n'est pas prohibée en zone UB. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que les dispositions réglementaires précitées auraient été méconnues.
28. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il y ait lieu d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Quinsac, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Mme C une somme de 800 euros au bénéfice de la commune de Quinsac et une somme de 800 euros au bénéfice de la SAS Quinsac Soubie Ninet.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Mme C versera à la SAS Quinsac Soubie Ninet une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Mme C versera à la commune de Quinsac une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, à la commune de Quinsac et à la SAS Quinsac Soubie Ninet.
Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026