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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2307087

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2307087

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2307087
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, M. B D, représenté par Me Cazau, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait et d'erreur d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreurs de fait et d'erreur d'appréciation de sa situation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Gironde qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est un ressortissant de nationalité algérienne né le 1er novembre 1993. Par arrêté du 7 février 2022, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français à la suite du rejet de sa demande d'asile. Ayant été interpellé en situation irrégulière, il a de nouveau fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 5 février 2023. Il n'a contesté aucune de ces décisions. Le 20 décembre 2023, il a été interpellé par les services de police en possession d'un sac contenant des affaires féminines et un téléphone portable volé. Par l'arrêté contesté du 21 décembre 2023, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a interdit son retour pour une durée de trois ans.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. D, il y a de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié le même jour et accessible sur le site internet de la préfecture, d'une délégation lui permettant de signer chacune des décisions que comporte l'arrêté en litige au nom du préfet de la Gironde. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ceux-ci sont cependant soumis à l'ensemble des mesures d'éloignement prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le préfet n'a pas entaché sa décision d'éloigner M. D du territoire français d'une insuffisance de motivation en droit en ne visant pas cet accord et en citant uniquement les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, en mentionnant que le requérant, célibataire et sans charge de famille, avait déjà fait l'objet de deux mesures d'éloignement, dont une intervenue après le rejet de sa demande d'asile, malgré lesquelles il persistait à se maintenir en situation irrégulière en France et qu'il ne remplissait aucune condition pour y résider, le préfet a indiqué de manière précise et suffisante les motifs de fait qui l'ont conduit à renouveler cette mesure d'éloignement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit en conséquence être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Gironde a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français.

6. En troisième lieu, si le requérant soutient que le préfet de la Gironde aurait commis des erreurs de fait et aurait inexactement apprécié les éléments de sa situation en ne tenant pas compte de sa durée de présence en France, et de la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle et dispose de ressources, il ne produit aucun élément permettant de contredire les faits avancés par le préfet au soutien de son appréciation.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. Pour interdire le retour du requérant sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet de la Gironde s'est fondé sur les circonstances, non sérieusement contredites, que ce dernier s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement, qu'il est sans domicile fixe et sans ressources légales en France, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens sur le territoire et enfin qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui et violation de domicile commis le 6 octobre 2021, d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, détention non autorisée de stupéfiants et rébellion commis le 4 février 2023, et détention, offre ou cession non autorisée de stupéfiants commis les 6 novembre 2020 et 17 novembre 2018. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que cette décision serait dépourvue de motivation et serait entachée d'erreurs de fait et d'une erreur d'appréciation doivent être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire est accordé à M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme E, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

E. F

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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