Le Tribunal Administratif de Bordeaux a été saisi par Mme A..., ressortissante togolaise, d’un recours pour excès de pouvoir contre la décision implicite du préfet de la Gironde refusant de lui délivrer un document de circulation pour étranger mineur. En cours d’instance, l’intéressée s’est vu délivrer une carte de résident valable jusqu’en 2034, ce qui a implicitement retiré la décision attaquée. Le tribunal a donc constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions principales à fin d’annulation et d’injonction, devenues sans objet. Il a également rejeté la demande d’aide juridictionnelle provisoire et les conclusions relatives aux frais d’instance, faute de demande d’aide juridictionnelle préalable.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 décembre 2023, Mme B... C... A..., représentée par Me Duten, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler la décision née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de document de circulation d’étranger mineur ;
d’enjoindre au préfet de la Gironde de lui restituer son passeport, son acte de naissance et sa pièce d’identité togolaise dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de deux-cent euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l’Etat à l’aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation faute pour la commission de recours d’avoir répondu à sa demande de communication des motifs dans le délai d’un mois prévu par l’article L. 232-4 du code des relations entre le public et l’administration ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale telle que garantie par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du premier paragraphe de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 avril 2025, le préfet de la Gironde conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la requête de Mme A... tendant à l’annulation de la décision implicite par laquelle il a rejeté sa demande de document de circulation d’étranger mineur dès lors que l’intéressée s’est vu remettre une carte de résident le 25 septembre 2024.
Par un mémoire enregistré le 7 mai 2025, la requérante maintient l’ensemble de ses conclusions.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 13 novembre 2025 :
- le rapport de Mme Glize, conseillère,
- et les observations de Me Duten, avocate de Mme A....
Considérant ce qui suit :
Mme B... C... A..., ressortissante togolaise, née le 11 novembre 2004, est entrée régulièrement sur le territoire français, munie d’un visa de long séjour, valable du 7 octobre 2021 au 5 janvier 2022. Par une décision implicite, dont la requérante demande l’annulation au tribunal, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un document de circulation d’étranger mineur.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ». Aux termes du second alinéa de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 pris pour l’application de cette loi : « L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ».
Mme A... n’ayant pas demandé le bénéfice de l’aide juridictionnelle, les conclusions tendant à ce que lui soit accordée l’aide juridictionnelle à titre provisoire ne peuvent qu’être rejetées.
Sur le non-lieu à statuer :
Il ressort des pièces du dossier que postérieurement à l’introduction de la requête, Mme A... s’est vu délivrer une carte de résident valable jusqu’au 5 août 2034. La remise de ce document n’est pas contestée par Mme A.... Ainsi, la décision attaquée a implicitement mais nécessairement été retirée. Par suite, les conclusions à fin d’annulation et d’injonction sous astreinte de la requête sont devenues sans objet. Il n’y a, dès lors, plus lieu d’y statuer.
Sur les frais d’instance :
La requérante demande au tribunal de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle aurait sollicité le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Dans ces conditions, son avocate ne peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, les conclusions de Mme A... tendant à ce que l’Etat soit condamné à verser une somme de 2 000 euros à son conseil ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A... n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction sous astreinte de la requête de Mme A....
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... A... et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme Glize, conseillère,
Mme Spieler, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025.
La rapporteure,
J. GLIZE
Le président,
D. FERRARI
La greffière,
L. SAFRAN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,