vendredi 10 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400300 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | TANON LOPES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 janvier 2024 et un mémoire enregistré le 30 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, Mme C G, M. L F, M. B E, Mme A D, représentés par Me Coussy, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler les arrêtés du 13 juillet 2023 et du 4 août 2023 par lequel le maire de la commune de Bordeaux a délivré le permis de construire n° PC 03306322Z0676 pour la construction d'un socle de commerces, d'une maison de santé, d'un parking silo de 348 places et de 8 plots de 277 logements, place de l'Europe dans le quartier " Grand Parc " ainsi que la démolition totale de l'ancien centre commercial, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 13 novembre 2023 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bordeaux et de la société BNP Paribas Immobilier Promotion une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils ont intérêt à agir ; leur requête n'est pas tardive ; leur requête est dirigée contre l'arrêté du 4 août 2023 qui s'est substitué à l'arrêté du 13 juillet 2023 après le retrait de celui-ci et qui porte sur le même permis de construire ;
- l'arrêté délivrant le permis de construire a été signé par une autorité qui n'établit pas sa compétence, la délégation de signature n'est pas fournie et l'arrêté ayant été signé électroniquement, il n'est pas démontré que l'acte a véritablement été signé par l'adjoint au maire ;
- l'arrêté est entaché d'erreurs matérielles, les numéros de parcelles sont erronés ;
- le dossier de permis de construire est incomplet ; il ne comporte pas le formulaire Cerfa rempli ; le périmètre du projet est imprécis et le dossier ne permet pas d'identifier s'il comprend une partie de l'espace boisé classé ; la rédaction de la notice architecturale est confuse ; elle comporte également des contradictions et des erreurs, notamment sur le nombre d'habitants du quartier Grand Parc ; les photos de la notice paysagère sont trompeuses, certaines étant anciennes et montrant des ensembles immobiliers qui n'existent plus ; les pièces communiquées pour le permis de démolir ne permettaient pas d'apprécier l'ampleur et la réalité des démolitions ; le projet est situé dans un secteur potentiellement inondable et le dossier ne rend compte ni des risques, ni des diligences accomplies pour les pallier ; le dossier est trop lacunaire sur le plan environnemental ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, en particulier il ne précise pas les voies de passage des véhicules de secours ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 1.3.4.5 du règlement du plan local d'urbanisme de la zone UP14, il n'est pas conçu de manière à réduire le bruit au sein de la construction et des espaces extérieurs de l'opération ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.3.5 du règlement du plan local d'urbanisme, le projet ne démontre pas qu'il met en valeur les espaces boisés classés et il ne mentionne pas ce qu'il préconise pour veiller à ne pas compromettre l'état sanitaire de ces arbres ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles 2.4.1.2 et 2.4.1.3 du règlement du plan local d'urbanisme, par son importante volumétrie, le projet dénature l'urbanisme M, son identité, ses caractéristique et son originalité, qualités qui lui ont valu deux reconnaissances officielles ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles 1.3.5.3 et 2.4.4.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la zone relatives aux espaces boisés classés, il ne précise pas ce qu'il préconise pour mettre en valeur et protéger l'espace sanitaire des arbres.
Par des mémoires en défense enregistrés le 26 février 2024 et le 30 septembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société par actions simplifiée (SAS) BNP Paribas Immobilier Promotion, représentée par Me Vaz, conclut, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le juge fasse usage de l'article L. 600-5 ou de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, elle est dirigée contre l'arrêté du 13 juillet 2024 qui a été retiré de l'ordonnancement juridique par la commune, il n'y a donc plus lieu de statuer ; elle est tardive ; les requérants n'ont pas d'intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 avril 2024, la commune de Bordeaux, représentée par Me Tanon-Lopes, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et en tout état de cause à ce que les requérants lui versent une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre l'arrêté du 13 juillet 2023 qui a été retiré, il n'y a plus lieu de statuer ; la requête est tardive ; le recours administratif n'a pas été notifié conformément à l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ; la requête de M. E et Mme G qui n'ont pas produit les justificatifs exigés par l'article R. 600-4 du code de l'urbanisme est irrecevable ; Mme D n'a pas de qualité pour agir ; aucun des requérants ne justifie de son intérêt à agir ;
- les moyens ne sont pas fondés.
Par deux lettres enregistrées le 15 mai 2024, Mme D et Mme G ont respectivement informé le tribunal de leur intention de se désister de leur requête.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère,
- les conclusions de M. Frézet, rapporteur public,
- les observations de Me Coussy, représentant les requérants,
- et les observations de Me Vaz, représentant la SAS BNP Paribas Immobilier Promotion et de Me Tanon Lopes représentant la commune de Bordeaux.
Considérant ce qui suit :
1. Le 30 novembre 2022, la société par actions simplifiée (SAS) BNP Paribas Immobilier Promotion a déposé une demande de permis de construire sur un terrain sis rue Louis Gendreau situé au sein du quartier dit M " à Bordeaux (Gironde), en vue de la réalisation d'un programme immobilier emportant la démolition des constructions existantes (centre commercial place de l'Europe à Grand Par cet dix logements) et l'édification de huit bâtiments en R+6 - dont cinq bâtis sur un socle commun - accueillant 277 logements collectifs (104 logements en accession sociale et 173 logements libres), un parc de stationnement en " silo" de 348 places, un socle de commerces (6105 m²) et une maison de santé (589 m²). Par un arrêté du 13 juillet 2023, le maire de la commune de Bordeaux a délivré ce permis de construire. Le 4 août 2023, le maire de la commune de Bordeaux a procédé au retrait de cet arrêté et a délivré concomitamment un nouvel arrêté de permis de construire à la société BNP Paribas Immobilier Promotion pour le même projet. Par courrier daté du 26 septembre 2023 reçu par les services de la commune de Bordeaux le 2 octobre 2023, Mme I, représentant le collectif " urbanité Grand Parc " a demandé au maire de Bordeaux le retrait de l'arrêté de permis de construire délivré le 13 juillet 2023. Par courrier daté du 13 novembre 2023, reçu le 17 novembre 2023, le maire de Bordeaux a refusé de faire droit à cette demande. Mme C G, M. L F, M. B E et Mme A D, qui indiquent avoir initialement mandaté le collectif " urbanité Grand Parc " en leurs noms propres, sollicitent en dernier lieu l'annulation de l'arrêté de permis de construire n° PC 033 063 22 Z0676 délivré le 4 août 2023 qui s'est substitué à l'arrêté du 13 juillet 2023, ensemble le rejet du recours gracieux reçu le 17 novembre 2023.
Sur les désistements :
2. Les désistements de Mme G et de Mme D sont purs et simples. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur les conclusions en annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
S'agissant de la compétence du signataire de l'arrêté du 4 août 2023 :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et à des membres du conseil municipal. () ".
4. Par un arrêté du 24 novembre 2022, reçu à la préfecture de la Gironde le 12 décembre 2022 et mis en ligne le 14 décembre 2022, le maire de la commune de Bordeaux a donné délégation de signature à M. J H, adjoint au maire en charge de l'urbanisme résilient, du service public de l'habitat et de l'économie sociale et solidaire, pour se prononcer sur les demandes de permis de construire. Par suite, le moyen tenant à ce que le signataire de l'acte en litige n'aurait pas reçu de délégation pour ce faire manque en fait et doit être écarté.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 213-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. H a apposé sa signature sur l'acte par l'usage d'un procédé de signature électronique qualifiée, valide du 28 novembre 2022 au 26 novembre 2025. Ce procédé de signature doit donc être regardé comme bénéficiant de la présomption de fiabilité conforme aux dispositions de l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 citée au point précédent. En outre, les requérants ne produisent aucun élément de nature à faire douter de ce que l'arrêté, dont les mentions font foi jusqu'à preuve du contraire, a bien été signé par M. H. Par suite, le moyen soulevé en ce sens par les requérants ne peut qu'être écarté.
S'agissant de l'exactitude matérielle de l'arrêté du 4 août 2023 :
7. Un permis de construire, sous réserve des prescriptions dont il peut être assorti, n'a pour effet que d'autoriser une construction conforme aux plans déposés et aux caractéristiques indiquées dans le dossier de demande de permis. D'éventuelles erreurs susceptibles d'affecter les mentions, prévues par l'article A. 424-9 du code de l'urbanisme, devant figurer sur l'arrêté délivrant le permis ne sauraient donner aucun droit à construire dans des conditions différentes de celles résultant de la demande. Par suite, la seule circonstance que l'arrêté délivrant un permis de construire comporte des inexactitudes ou des omissions en ce qui concerne la ou les destinations de la construction qu'il autorise, ou la surface de plancher créée, est sans incidence sur la portée et sur la légalité du permis.
8. Par ailleurs, et contrairement à ce qui est soutenu, il ressort du plan de masse PC2 que la parcelle PX65 ne fait pas partie du périmètre du projet. Elle n'avait donc pas à être mentionnée sur l'arrêté délivrant le permis de construire. Les parcelles 63PX1 et 63 PX2, qui sont en revanche mentionnées, sont des parcelles temporaires issues de l'extraction du domaine public de la métropole, la collectivité ayant approuvé, par une délibération n°2021/590 du 25 novembre 2021, le principe du déclassement de la voie publique Louis Gendreau et l'autorisation de BNP Paribas Immobilier Promotion à déposer une demande de permis de construire sur cette emprise. Enfin, le formulaire Cerfa 13409*10 complété par la société pétitionnaire mentionne l'ensemble des parcelles cadastrales constituant le terrain d'assiette du projet. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que l'arrêté comporterait des inexactitudes matérielles quant aux parcelles qu'il concerne doit en tout état de cause être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
S'agissant de la complétude du dossier :
9. Aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain (). ".
10. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la règlementation applicable.
11. En premier lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, il ressort du dossier de permis de construire que celui comportait le formulaire Cerfa 13409*10 complété.
12. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier de permis de construire que le projet, dont le périmètre est clairement identifié sur les plans, n'empiète pas sur l'espace boisé classé adjacent. La notice architecturale précise également que l'espace boisé classé n'est pas concerné par le projet. En outre, si les requérants soutiennent que le style rédactionnel de la notice architecturale " alambiqué mais pauvre de sens " n'a pas permis au service instructeur d'apprécier la réalité du projet, ils n'assortissent cette allégation d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, si la notice indique que le quartier Grand Parc compte 8 000 habitants alors que les requérants soutiennent qu'ils seraient plus de 11 000, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est au demeurant démontré, que cette sous-évaluation, à la supposer avérée, aurait été de nature à induire le service instructeur en erreur.
13. En troisième lieu, si deux photographies anciennes sont incluses dans le dossier, sans rapport avec l'état existant à la date du dépôt de la demande, celui-ci contient également des photographies des constructions existantes (PC27.A2), une photographie aérienne du terrain d'assiette (PC1), une photographie aérienne du quartier (PC4) et des photographies de l'environnement proche et lointain du projet (PC7 et PC8). Cet ensemble a permis au service instructeur de se représenter l'environnement proche et lointain du projet. En outre, contrairement à ce que soutiennent les requérants, les pièces du dossier permettent d'apprécier son volet paysager. Enfin, si les requérants décèlent des contradictions dans le dossier, par exemple l'ambition que le parking silo soit " un véritable signal dans le Grand Parc " et la volonté d'" effacer la présence de la voiture (parking silo) ", ces assertions, à les supposer contradictoires, ne sont pas de nature à avoir trompé le service instructeur dans son appréciation du projet.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés nécessitent la démolition de bâtiments soumis au régime du permis de démolir, la demande de permis de construire ou d'aménager doit : a) Soit être accompagnée de la justification du dépôt de la demande de permis de démolir ; b) Soit porter à la fois sur la démolition et sur la construction ou l'aménagement. ". Aux termes de l'article R. 451-1 du même code : " La demande de permis de démolir précise : () b) En cas de démolition partielle, les constructions qui subsisteront sur le terrain et, le cas échéant, les travaux qui seront exécutés sur cette construction ; c) La date approximative à laquelle le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée ont été construits ; () ". Enfin, aux termes de l'article R. 451-2 de ce code : " Le dossier joint à la demande comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; b) Un plan de masse des constructions à démolir ou, s'il y a lieu, à conserver ; c) Un document photographique faisant apparaître le ou les bâtiments dont la démolition est envisagée et leur insertion dans les lieux environnants. ".
15. Il ressort des pièces du dossier que le dossier du projet indique clairement que celui-ci comporte la démolition du centre commercial place de l'Europe et que dix logements seront également démolis. En outre, le dossier comporte un plan de masse des constructions à démolir (A1) ainsi que des photographies des bâtiments à démolir (PC27.A2) complétées par quatre photographies proches et quatre photographies lointaines (PC8).
16. En cinquième lieu, les requérants soutiennent que le dossier est insuffisant au regard des exigences de l'article R. 111-2 au motif que le projet ne prend pas en compte l'existence d'un risque d'inondation et des diligences accomplies pour pallier ce risque. Cependant, ils ne précisent pas quelle disposition des articles régissant la complétude du dossier, aurait été méconnue. En tout état de cause, il est constant que le terrain d'assiette du projet est situé en zone UP14-2A35 IP, soit en dehors du zonage réglementaire du plan de prévention des risques inondation en vigueur, approuvé par arrêté préfectoral du 7 juillet 2005. Si ce plan est en cours de révision, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet demeure en dehors des zones identifiées comme soumises au risque d'inondation. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.
17. En sixième lieu, les requérants soutiennent que le projet serait lacunaire sur un plan environnemental et ne prendrait pas suffisamment en compte le risque pollution. Cependant, d'une part, ils ne précisent pas quelle disposition réglementaire régissant la complétude du dossier aurait été ici méconnue. D'autre part et en tout état de cause, alors que la société pétitionnaire a fait procéder aux diagnostics initiaux de pollution, à une campagne de prélèvement des gaz des sols, à une analyse des enrobés ainsi qu'à une étude de l'amiante et du plomb du centre commercial, qu'en outre, elle s'est engagée à évacuer les terres excavées vers " des installations de stockage adaptées sans possibilité de réutiliser ces terres sur site ou toute autre technique de traitement in situ, sur site ou hors site " et à faire réaliser une évaluation quantitative des risques sanitaires ainsi qu'un diagnostic complémentaire de pollution des sols, les requérants n'explicitent pas en quoi les actions menées par la société pétitionnaire seraient insuffisantes, les diagnostics ou études manquants et les risques encourus. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. En septième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".
19. D'une part, contrairement à ce que les requérants indiquent, le dossier précise les modalités d'accès des véhicules de secours. Ainsi, le mail sera accessible par la place de l'Europe au moyen d'accès dédiés, fermés à la circulation du public par le biais de bornes rétractables. D'autre part, le Service départemental d'incendie et de secours (SDIS) de la Gironde a émis un avis favorable au projet le 7 mars 2023, assorti de prescriptions, qui ont été reprises au sein de l'arrêté de permis de construire et s'imposeront à la société pétitionnaire. Par suite, le moyen tenant à la méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
S'agissant du respect des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme :
20. En premier lieu, aux termes de l'article 1.3.4.5 relatif au bruit des infrastructures, du règlement du plan local d'urbanisme de la zone : " Dans les secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestres (routes, rail), les constructions neuves à destination d'habitation doivent être préservées contre le bruit. Est ainsi concerné tout nouveau projet de construction situé dans un des "périmètres d'isolement acoustique des secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestres", faisant l'objet d'un arrêté préfectoral, repérés ou non dans le plan des périmètres divers figurant en annexes informatives du PLU. / Il doit être conçu de manière à réduire le bruit au sein de la construction et des espaces extérieurs de l'opération. Il doit également limiter le nombre de façades habitées exposées au bruit en privilégiant, à titre d'exemple, des destinations autorisées autre que l'habitation le long de l'axe bruyant. Les conditions permettant le respect de ces dispositions sont fixées au "2.3.6. Règles particulières relatives au bruit des infrastructures" du présent règlement./ La présente règle ne s'applique pas dès lors que le projet est situé dans une "séquence concernée par des dispositions particulières d'entrée de ville" repérée au plan de zonage./ Dans les secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestres (routes, rail), les constructions neuves à destination d'habitation doivent être préservées contre le bruit./ Est ainsi concerné tout nouveau projet de construction situé dans un des "périmètres d'isolement acoustique des secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestres", faisant l'objet d'un arrêté préfectoral, repérés ou non dans le plan des périmètres divers figurant en annexes informatives du PLU./ Il doit être conçu de manière à réduire le bruit au sein de la construction et des espaces extérieurs de l'opération. Il doit également limiter le nombre de façades habitées exposées au bruit en privilégiant, à titre d'exemple, des destinations autorisées autre que l'habitation le long de l'axe bruyant. Les conditions permettant le respect de ces dispositions sont fixées au "2.3.6. Règles particulières relatives au bruit des infrastructures" du présent règlement. ".
21. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, situé à plus de 300 mètres du boulevard, n'est pas situé au sein de l'un des " périmètres d'isolement acoustique des secteurs situés au voisinage des infrastructures de transports terrestres " repéré dans les annexes informatives du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tenant à ce que le projet méconnaîtrait les dispositions précédentes du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté comme inopérant.
22. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone : " 1.3.5.3. Espaces boisés classés existants ou à créer et arbres isolés. Les espaces boisés classés existants ou à créer et les arbres isolés sont repérés au plan de zonage au 1/5000°. Ce classement interdit notamment tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. () " " 2.4.4.3. Aménagement paysager et plantations () - Espaces boisés classés existants ou à créer et arbres isolés : Les espaces boisés classés existants ou à créer et les arbres isolés sont repérés au plan de zonage au 1/5000°. Avant, pendant et après la réalisation du projet, il doit être veillé à ne pas compromettre l'état sanitaire du ou des arbres, de quelque façon que ce soit. La surface minimale de protection à prendre en compte correspond à la projection au sol du houppier. L'enherbement de cette surface doit être maintenu. ". Aux termes de l'article 2.3.5 du règlement du plan local d'urbanisme relatif aux règles particulières relatives aux continuités écologiques, aux zones humides, à la mise en valeur du patrimoine naturel, bâti et paysager : " () Le projet doit être conçu de manière à s'intégrer dans les perspectives urbaines et paysagères, à mettre en valeur les éléments protégés, à conserver ou à renforcer les continuités écologiques repérée et/ou la zone humide. L'implantation des constructions et installations devra ainsi s'appuyer sur les composantes du site préexistant en tenant compte notamment de l'implantation des constructions avoisinantes, de la topographie, des masses végétales et en particulier des bosquets arborés et des arbres qui participent à la qualité de ce paysage remarquable, et à la morphologie urbaine plus précisément. Par ailleurs, l'organisation du bâti devra permettre de préserver les vues sur les espaces naturels perceptibles depuis la voie. ".
23. S'il est constant qu'un espace boisé classé est localisé à proximité du terrain d'assiette du projet, au nord, de l'autre côté de la rue Louis Gendreau, il ne ressort d'aucun des plans du dossier que le projet aurait une incidence sur les arbres concernés, d'autant que cet espace se trouve en dehors de l'opération. Les constructions ne seront pas à proximité immédiate de celui-ci et la voie projetée au nord du terrain du projet est située à près de 9 mètres du tronc des arbres les plus proches. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le projet remettrait en cause la continuité écologique de la zone. Par suite, le moyen doit être écarté en toutes ses branches.
24. En troisième lieu, aux termes de l'article 2.4.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme : " La situation des constructions, leur architecture, leurs dimensions et leur aspect extérieur doivent être adaptés au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales./ Toutes les constructions implantées sur un même terrain doivent être réalisées avec soin et en tenant compte de la construction principale. ".
25. Les requérants soutiennent que le projet méconnaît les dispositions de l'article 2.4.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme en ce qu'il dénature, par son importante volumétrie, l'urbanisme M, son identité, ses caractéristiques et les qualités qui lui ont valu des reconnaissances officielles. Toutefois, si la volumétrie du projet est importante, elle n'est pas disproportionnée au regard des constructions avoisinantes et de l'environnement du quartier. En outre, le choix des matériaux et des couleurs, essentiellement en enduit blanc qui rappellent les constructions voisines, concourt à la constitution d'un ensemble sobre. Enfin, le projet qui comporte la construction d'un socle de commerces, d'une maison de santé, d'un parking silo et de huit plots de logement de six étages dont les rez-de-chaussée sont occupés par des commerces pour trois d'entre eux est conforme aux objectifs généraux définis dans le rapport de présentation pour le quartier M qui prévoit que celui-ci s'organise en trois strates de hauteurs spécifiques, une strate haute, composée de tours de vingt étages et de barres de huit à quinze étages, une strate intermédiaire (strate végétale, plots) et une strate basse (équipements R+1 ou équivalent) et à l'orientation d'aménagement et de programmation pour ce quartier. Dans ces conditions, le moyen tenant à ce que le projet méconnaîtrait les dispositions de l'article 2.4.1.2 du règlement du plan local d'urbanisme doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E et M. F doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir et l'exception de non-lieu opposées en défense.
Sur les frais liés au litige :
27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bordeaux et de la SAS BNP Paribas Immobilier Promotion, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de ces mêmes dispositions de mettre à la charge de M. F et de M. E solidairement une somme de 1 000 euros à verser à la commune de Bordeaux et une somme de 1 000 euros à verser à la SAS BNP Paribas immobilier promotion au titre des frais exposés dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte des désistements de Mme G et de Mme D.
Article 2 : La requête de M. F et de M. E est rejetée.
Article 3 : M. F et M. E verseront solidairement 1 000 euros à la commune de Bordeaux et une somme de 1 000 euros à la SAS BNP Paribas Promotion.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, à Mme A D, M. L F, à M. B E, à la commune de Bordeaux et à la société par actions simplifiée (SAS) BNP Paribas Promotion.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M K et Mme Fazi-Leblanc, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.
La rapporteure,
S. FAZI-LEBLANC
La présidente,
C. CABANNELa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026