vendredi 2 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400528 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, M. E B, représenté par Me Poudampa, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 janvier 2024 par lequel le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités croates ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la signataire de l'arrêté n'est pas compétente ;
- l'arrêté a été édicté au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucune lettre d'information ne lui a été envoyée ;
- il a été édicté en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il ait reçu les brochures d'information dans une langue qu'il comprend ;
- il a été édicté en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " ;
- il a été édicté en méconnaissance de l'article 22 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " dès lors qu'il n'est pas justifié de la responsabilité de la Croatie.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dit " D A " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bongrain pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 2 février 2024 à 15h :
- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;
- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant afghan né le 1er janvier 1999, est entré en France le 18 septembre 2023. Il s'est présenté à la préfecture de police de Paris le 29 septembre 2023 afin de formuler une demande d'asile. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait déjà déposé une demande d'asile en Croatie. Par un arrêté du 5 janvier 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités croates.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, en se bornant à énoncer que " la décision valant transfert aux autorités allemandes est signée de M. ou Mme H : il n'est pas justifié d'une délégation de signature valide ", M. B ne conteste pas sérieusement la compétence de la signataire de l'arrêté en litige. En tout état de cause, par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a donné délégation de signature à Mme C G, cheffe du pôle régional D, en l'absence de Mme F, à l'effet de signer les décisions de la nature de celle en litige.
3. En deuxième lieu, si M. B soutient qu'il n'a pas reçu " une lettre d'information explicitant la procédure susceptible d'être mise en œuvre " et qu'elle " devra parallèlement d'avoir été prise au crible d'une délégation conforme " il ne se prévaut d'aucun texte. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. /3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune () Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement n°603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. L'arrêté en litige précise que M. B s'est vu remettre les brochures prévues par les dispositions précitées lorsqu'il s'est présenté, le 29 septembre 2023, à la préfecture de police. Si M. B soutient qu'il n'est pas justifié que ces brochures lui ont été remises dans une langue qu'il comprend, celui-ci ne prend pas la peine de préciser dans quelle langue ces brochures auraient dû lui être notifiées. Il ressort des pièces du dossier que les brochures ont été remises en langue pachtou, qui est généralement comprise par les ressortissants afghans.
7. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
8. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 22 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D A " qui sont seulement applicables aux demandes de prise en charge.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 janvier 2024 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ne peuvent être accueillies.
Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
11. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement () ".
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 que la requête présentée par M. B est manifestement dépourvue de fondement. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.
Le magistrat désigné,
A. BONGRAINLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à
tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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