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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400594

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400594

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de Mme B et M. C A, ressortissants turcs, qui contestaient le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de leur accorder les conditions matérielles d'accueil suite à leur demande de réexamen d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et avait pris en compte leur vulnérabilité, conformément aux articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a également estimé que le moyen tiré du défaut d'information dans une langue comprise par les requérants n'était pas fondé. En conséquence, la demande d'annulation et les conclusions accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 janvier 2024, Mme B et M. C A, représentés par Me Duten, demandent au tribunal :

1°) de leur accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil rétroactivement depuis la date d'enregistrement de leur demande de réexamen, dans un délai de 48 heures et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de leur droit à bénéficier des conditions matérielles d'accueil, dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision n'a pas été précédée d'une information, dans une langue qu'ils comprennent, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pouvait leur être refusé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne leur vulnérabilité, en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, et des pièces complémentaires produites le 19 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 16 avril 2024. Le demande d'aide juridictionnelle déposée par M. A a été rejetée par une décision du même jour au motif qu'elle portait sur le même litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B et M. C A, ressortissants turcs, déclarent être entrés en France le 1er octobre 2022, afin de solliciter l'asile. Leur demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 7 juin 2023. Ils en ont sollicité le réexamen le 8 décembre 2023. Par une décision du même jour, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de leur accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le recours administratif préalable obligatoire formé le 15 décembre 2023 par les deux intéressés a été rejeté par une décision du directeur territorial de l'office du 11 janvier 2024 dont, par la présente requête, ils demandent l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 avril 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

3. La demande d'aide juridictionnelle de M. A ayant été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du même jour, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la signature de la décision : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

5. Pour refuser à M. et Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur la circonstance que les intéressés ont présenté une demande de réexamen de leur demande d'asile, en application du 3° de l'article L. 551-15 cité au point précédent, après avoir pris en compte leur vulnérabilité.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la signature de la décision attaquée, le 11 janvier 2024, Mme B A était enceinte de sept mois et avait la charge, aux côtés de son époux M. C A, de leurs deux enfants en bas âge, l'un âgé de 3 ans et l'autre de 1 an. Il ressort également des pièces du dossier que M. A bénéficie d'un suivi psychologique depuis le 19 octobre 2023 délivré par l'équipe de psychiatrie mobile et précarité du centre hospitalier Charles Perrens. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, en n'estimant pas que les membres de cette famille étaient vulnérables au sens de l'article L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 janvier 2024 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ". Aux termes de l'article L. 551-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ".

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que la directrice territoriale de l'OFII octroie à M. et Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive depuis l'enregistrement de leur demande d'asile et jusqu'à ce qu'il soit statué sur cette demande. Dans ces conditions, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de verser à M. et Mme A cette allocation à compter du 11 janvier 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État le versement à Me Duten d'une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de Mme A tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 11 janvier 2024 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'octroyer à M. et Mme A le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile de manière rétroactive à compter du 11 janvier 2024, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Duten, conseil de M. et Mme A, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de sa part à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme C et B A, à Me Duten et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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