jeudi 25 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400726 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 janvier 2024 et des pièces complémentaires enregistrées les 8 et 20 février 2024, M. A F, représenté par Me Reix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont entachées d'un défaut de motivation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- ces décisions méconnaissent l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- ces décisions portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ces décisions méconnaissance les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance du 29 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 février 2024.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F, ressortissant ivoirien né le 22 janvier 1997, déclare être entré irrégulièrement en France en 2019. Le 5 novembre 2021, une obligation de quitter le territoire français a été édictée à son encontre. Le 18 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 17 juillet 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision implicite de rejet de cette demande et a enjoint au préfet de procéder au réexamen de sa situation. Par un arrêté du 20 décembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. F demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que M. F est père de deux enfants mineurs, B et C, nés respectivement en France le 1er septembre 2019 et le 12 octobre 2022. L'intéressé justifie de sa vie commune en France depuis 2019 avec la mère de ses enfants, Mme E, qui dispose d'une carte de résident en produisant notamment à l'instance des avis d'imposition qui leur ont été adressés à leur adresse commune au titre des années 2021, 2022 et 2023 et des factures d'électricité et de téléphone à leurs deux noms au titre de l'année 2023. Le requérant justifie également entretenir des liens affectifs avec la fille mineure de Mme E, Maeva, qui est de nationalité française et née d'une précédente union, comme en atteste notamment ses cahiers de textes pour les années scolaires 2021/2022 et 2022/2023 qui font figurer l'intéressé parmi les contacts d'urgence et personnes autorisées à venir la chercher à la sortie de l'école. En outre, l'intéressé établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants en produisant de nombreux virements bancaires adressés à la mère de ses enfants entre 2022 et 2023 ainsi que des attestations datées de 2021 et de 2022 par lesquelles un voisin et une assistante maternelle témoignent de sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et de l'enfant Maeva, ce que le père de cette dernière confirme par ailleurs. Cependant, l'arrêté litigieux ne fait pas mention de la présence en France de ses deux enfants mineurs et de la circonstance selon laquelle il entretient des liens affectifs avec la fille mineure de sa concubine. Dès lors, M. F est fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.
3. Il résulte de ce qui précèdeque l'arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
4. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde délivre au requérant une autorisation provisoire de séjour et procède au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 20 décembre 2023 du préfet de la Gironde est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. F dans un délai d'un mois à compter du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. F la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Stéphanie Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 avril 2024.
Le président-rapporteur
D. D
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlschlegel
Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026