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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400740

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400740

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400740
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier et 7 mars 2024, M. A B, représenté par Me Dufraisse, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de supprimer toute inscription au système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, notamment en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ;

- il méconnait l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est marié à une ressortissante française avec qui la communauté de vie n'a pas cessé depuis la célébration du mariage ;

- il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il s'est rendu coupable d'une seule infraction et non de deux infractions, commise d'octobre à décembre 2022, et que les faits de recel n'ont jamais été constitués puisque la totalité des colis a été retrouvée à son domicile ;

- qu'au regard de la nature des faits de vol reprochés, le préfet de la Gironde ne pouvait retenir contre lui une menace grave, réelle et actuelle à l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 20 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 19988 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Dufraisse, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 21 mars 2001, est entré en France le 14 juin 2022 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour obtenu en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française valable du 8 juin 2022 au 8 juin 2023. Le 5 avril 2023, M. B a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 10 1° de l'accord franco-tunisien. Après consultation de la commission du titre de séjour qui a rendu un avis favorable le 15 novembre 2023 et motif pris de la menace à l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 28 décembre 2023, refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français :/ a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état-civil français ; () ". Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

3. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien, le préfet de la Gironde, qui reconnait que l'intéressé remplit les conditions de délivrance d'un tel titre en qualité de conjoint de Français, s'est fondé sur le motif tiré de ce que la présence en France de M. B, connu défavorablement des services de police pour des faits de vol le 1er octobre 2022, de recel de bien provenant d'un vol le 21 février 2023 et de vol le 24 décembre 2022, est constitutive d'une menace à l'ordre public. Toutefois, d'une part aucun fait de recel n'est établi. D'autre part, s'il est constant que M. B a été condamné par le tribunal correctionnel de Bordeaux le 30 octobre 2023 à soixante-dix heures de travaux d'intérêt général pour des faits de vol commis du 1er octobre 2022 au 21 février 2023, il ressort des pièces du dossier que ces faits sont isolés, le requérant établissant qu'il n'a fait l'objet d'aucune autre condamnation, y compris en Tunisie avant son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, et eu égard à la nature des faits commis, cette unique condamnation ne suffit pas à établir qu'il représente une menace réelle et actuelle à l'ordre public au sens des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour, alors en outre que la commission du titre de séjour a rendu un avis favorable le 15 novembre 2023. Le requérant est par suite fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Il est constant que M. B remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de Français. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Gironde renouvelle le titre de séjour mention vie privée et familiale de M. B et lui remette, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler en France. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. B obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dufraisse, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dufraisse d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 28 décembre 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Dufraisse une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme de Gélas, première conseillère,

M. Vaquero, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La première assesseure,

C. DE GÉLAS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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