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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400744

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400744

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAUTEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 janvier 2024, et des pièces complémentaires enregistrées le 27 février 2024, M. A D, représenté par Me Autef, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel la préfète de la Gironde lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne le pays de destination :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de nationalité marocaine né le 1er janvier 1983, déclare être entré irrégulièrement en France le 17 juillet 2021. Le 16 novembre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la suite de son mariage avec une ressortissante de nationalité française, célébré le 12 mars 2022. Par l'arrêté contesté du 27 janvier 2023, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Mme B C, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, bénéficiait, par arrêté du 5 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2022-196 du même jour et librement accessible sur le site internet de la préfecture, d'une délégation lui permettant de signer toutes les décisions que comporte l'arrêté attaqué au nom de la préfète de la Gironde. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de sa signataire manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté que la préfète de la Gironde a procédé à l'examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. D avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Ce dernier ne saurait à cet égard reprocher à cette autorité de ne pas avoir pris en compte la circonstance qu'il s'occupe des enfants nés de la précédente union de son épouse, dont il n'établit pas avoir fait état lors de la présentation de sa demande, ni de la promesse d'embauche qui lui a été consentie postérieurement à cet arrêté.

4. En deuxième lieu, M. D, qui n'a pas présenté de demande d'admission exceptionnelle au séjour, ne peut utilement soutenir que la décision en litige aurait été édictée en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. Si M. D soutient que le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situe en France auprès de son épouse et des enfants de cette dernière, il ressort toutefois des pièces du dossier que son entrée en France et son mariage sont récents et que son séjour dans son pays d'origine se limitera à la durée nécessaire à l'obtention du visa de long séjour que requiert sa situation de conjoint d'une ressortissante de nationalité française. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde doit être écarté.

8. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

En ce qui concerne le pays de destination :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français qui la fonde doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme F et Mme E, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

E. F

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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