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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400772

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400772

mercredi 16 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de M. A, ressortissant marocain, contestant le refus implicite de titre de séjour, auquel s'est substitué un arrêté préfectoral explicite de refus du 15 mars 2024. Le tribunal a jugé que la décision explicite se substituant à la décision implicite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision implicite est inopérant. Il a également rejeté les autres moyens soulevés par le requérant, estimant que la décision de refus de titre de séjour n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, le tribunal a rejeté la demande d'annulation de M. A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Landète, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer un récépissé de cette demande dans l'attente de ce nouvel examen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un défaut de motivation en l'absence de réponse donnée par l'administration à la demande qui lui a été faite en ce sens ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui a produit, le 23 avril 2024, l'arrêté du 15 mars 2024 par lequel il a expressément refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 30 avril 2024, M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pinturault ;

- et les observations de Me Guérin, substituant Me Landète, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 29 mars1976, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 24 novembre 2016. Le 4 août 2023, il a formé une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par l'administration sur cette demande pendant une durée de quatre mois après son dépôt a fait naître une décision implicite de rejet. Par un arrêté du 15 mars 2024, le préfet de la Gironde a expressément rejeté cette demande, a fait obligation à M. A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée de deux ans. M. A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. M. A n'a pas été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par décision du 30 avril 2024. Il n'y a plus lieu, par suite, de se prononcer sur ses conclusions d'admission à titre provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde. Dans ces conditions, la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde lui a refusé un titre de séjour doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 15 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a confirmé ce refus en l'assortissant d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

5. Dans la mesure où la décision explicite s'est substituée à la décision implicite et que les conclusions dirigées contre la première doivent être regardées comme étant dirigées vers la seconde, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu les dispositions de l'article L. 232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en l'absence de communication des motifs qui ont fondé la décision doit être écarté comme inopérant.

6. L'arrêté du 15 mars 2024 a été pris aux visas, notamment, des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il expose que l'intéressé ne démontre pas sa présence effective et continue sur le territoire français depuis la date déclarée de son arrivée, qu'il ne justifie pas, au regard de sa situation personnelle et familiale, avoir fixé en France le centre de ses attaches privées avoir en France, et qu'il ne fait état d'aucun motif exceptionnel ou considération humanitaire. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. "

8. M. A expose qu'il est présent en France depuis novembre 2016, que de nombreux membres de sa famille y résident, dont sa mère et deux de ses frères, tous titulaires d'un titre de séjour ou d'une carte de résident, qu'il n'a plus d'attache familiale au Maroc et qu'il s'est vu proposer un emploi dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, les pièces produites par l'intéressé ne sont pas suffisantes pour démontrer le caractère continu de sa présence en France depuis 2016. En outre, la présence régulière sur le territoire national de sa mère et de ses frères, avec lesquels il ne produit au demeurant aucun élément quant à la qualité des liens qu'il entretient avec eux, n'est pas en elle-même de nature à établir qu'il a établi en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Le fait qu'il a conclu un contrat de travail à durée indéterminée le 5 décembre 2022 pour un emploi d'électricien et qu'une demande d'autorisation de travail a été faite en ce sens ne suffit pas davantage à l'établir. Dans ces conditions, en prenant la décision contestée, le préfet de la Gironde n'a pas porté au respect dû à la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 doit être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

10. En l'espèce, l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance humanitaire au sens des dispositions précitées. L'ancienneté de sa présence en France, à la supposer établie, la présence de membres de sa famille sur le territoire français et le fait qu'il travaille dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, ne constituent pas des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour sur le fondement de ces dispositions. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste qu'aurait commise le préfet de la Gironde dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Landète.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. PINTURAULT

La présidente,

C. CABANNE La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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