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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400837

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400837

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400837
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAYMARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. A C, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation, et le munir pendant le temps de ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité qui ne justifie pas de sa compétence.

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation particulière, dès lors notamment qu'il ne ressort pas des termes de l'arrêté que sa demande ait été examinée au regard de la maladie grave dont est atteinte son épouse et de la nécessité de rester à ses côtés ;

- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation : il est justifié de sa relation maritale ancienne, et de la situation médicale de son épouse ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour les mêmes raisons que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il ne ressortait pas des pièces du dossier de circonstance humanitaire justifiant de ne pas édicter d'interdiction de retour sur le territoire alors que la situation de Mme C souffrant d'une pathologie grave à un stade avancé justifiait à tout le moins de ne pas prononcer d'interdiction de retour.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fazi-Leblanc, première conseillère été entendus au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant albanais, né le 14 juin 1984, déclare être entré en France le 26 septembre 2018. Il a sollicité l'asile le 27 septembre 2018. L'Office français de protection des réfugiés et apatride (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 27 novembre 2019, décision confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) daté du 5 juin 2020. Par un arrêté du 31 janvier 2020, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pendant une durée d'un an. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 17 février 2020, confirmé par la cour administrative d'appel de Bordeaux du 30 août 2020. Le 21 janvier 2021 il a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile qui a été jugée irrecevable par l'OFPRA et le 19 avril 2021, le préfet de la Gironde a pris à son encontre un nouvel arrêté portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jour, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire dans un délai de deux ans. Par un jugement du 16 juin 2021 le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cet arrêté et enjoint à la préfète de la Gironde de réexaminer sa situation. A la suite de ce jugement, la préfète de la Gironde a, par un arrêté du 7 octobre 2021 refusé la délivrance d'un titre de séjour à M. C, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C n'a ni contesté ni exécuté cet arrêté et, le 9 janvier 2023, il a déposé un dossier de demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 août 2023 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que M. C est marié avec Mme B épouse C depuis le 27 juillet 2009 et qu'ils ont deux enfants, nés en 2010 et 2012, qui sont scolarisés. Il ressort explicitement de la demande de titre de séjour de M. C datée du 9 janvier 2023 qu'elle est fondée sur la situation particulière de Mme C, à qui un cancer bronchique de stade 4 a été diagnostiqué, avec un traitement spécifique prévu au long cours, le certificat médical en attestant, joint au courrier de demande de titre de séjour, étant versé au dossier. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C possède un titre de séjour pour soins, versé à l'instance. L'arrêté du 8 août 2023 ne mentionne pas cette situation particulière. Ainsi, dans les conditions très particulières de l'espèce et nonobstant les circonstances que M. C a déjà fait l'objet de trois décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire qu'il n'a pas exécutées, qu'il n'a obtenu aucun titre de séjour sur le territoire depuis son arrivée en France et ne s'est maintenu en France en situation régulière que durant les périodes d'examen de ses demandes d'asile et de titre de séjour, le préfet de la Gironde, en ne mentionnant pas la situation particulière de Mme C, épouse de M. C, malade et munie d'un titre de séjour " étranger malade " a entaché son arrêté d'un défaut d'examen de la situation particulière de M. C.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde 8 août 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ()".

5. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de l'arrêté du 8 août 2023 implique seulement eu égard au motif d'annulation retenu ci-dessus que le préfet de la Gironde réexamine la situation de M. C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

6. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Aymard, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Aymard.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Gironde du 8 août 2023 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Aymard la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Aymard renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme Fazi-Leblanc, premières conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La rapporteure,

S. FAZI-LEBLANC

Le président,

D. FERRARI

La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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