mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2400863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 et 7 février 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable délivré par le maire de la commune de Périgueux le 26 décembre 2023 au profit du département de la Dordogne afin que celui-ci installe des panneaux photovoltaïques sur le toit d'un immeuble situé au 23 rue de la Boétie à Périgueux.
Il soutient que :
- le projet entraine des nuisances visuelles ;
- aucun affichage n'a été apposé ;
- les travaux ont débuté le 2 décembre 2023 soit avant que la demande de non-opposition ne soit formulée et avant la déclaration de non-opposition ;
- l'administration a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'environnement du projet qui comprend des monuments classés et compte tenu des caractéristiques des bâtiments situés à proximité ;
- le bâtiment a été construit sans autorisation.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 avril 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 août 2024, la commune de Périgueux conclut :
- au rejet de la requête ;
- et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt pour agir du requérant ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le département de la Dordogne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir du requérant d'une part, et défaut de moyens d'autre part ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourdarie,
- et les conclusions de Mme Patard, rapporteure publique.
Une note en délibéré a été enregistrée le 25 novembre 2024 pour le préfet de la région Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
1. Le 26 décembre 2023 le maire de la commune de Périgueux a délivré au département de la Dordogne un arrêté de non-opposition à déclaration préalable afin d'installer des panneaux photovoltaïques sur le toit d'un immeuble situé au 23 rue de la Boétie à Périgueux en Dordogne. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / () ". Aux termes de l'article R. 600-2 du même code : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ".
3. Les nuisances visuelles dont M. B se plaint relèvent des conditions de jouissance de son bien qui servent à apprécier l'intérêt pour agir du requérant. Elles n'ont pas d'incidence sur la légalité de la décision en litige qui s'apprécie au regard des règles d'urbanisme et du patrimoine applicables. Par ailleurs, la circonstance que l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 26 décembre 2023 n'aurait pas été affiché sur le lieu des travaux est sans incidence sur la légalité de l'arrêté dès lors que cette formalité ne sert qu'à déclencher le délai de recours contentieux.
4. En deuxième lieu, à la supposer établie, la circonstance que les travaux auraient démarré avant la délivrance de l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable est sans incidence sur la légalité de ce dernier.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / () / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du site patrimonial remarquable ". Aux termes de l'article L. 631-2 de ce code dans sa version applicable à l'espèce : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. () ".
6. Le projet est situé dans un périmètre de protection de monuments historiques et dans un périmètre de site patrimonial remarquable. Il ressort des pièces du dossier que l'architecte des bâtiments de France a donné son accord au projet d'installation de panneaux photovoltaïques sur le toit-terrasse de l'immeuble situé au 23 rue de La Boétie le 5 décembre 2023. Le projet a été ensuite complété par la pose de garde-corps sur le toit du bâtiment, autorisé par arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 15 avril 2024, pris après accord de l'architecte des bâtiments de France. Le bâtiment qui supporte les panneaux photovoltaïques est situé à l'arrière d'un autre bâtiment aligné sur la rue de La Boétie. Les panneaux photovoltaïques et les garde-corps installés en toit-terrasse ne sont pas visibles depuis l'espace public. Il ne ressort pas des photographies produites par M. B que le projet porterait atteinte à l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Par suite, ni l'architecte des bâtiments de France en donnant son accord au projet dont il a été saisi, ni le maire de la commune de Périgueux en délivrant l'arrêté de non-opposition à déclaration préalable, n'ont commis d'erreur d'appréciation.
7. En quatrième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que le bâtiment accueillant les panneaux photovoltaïques sur son toit-terrasse a fait l'objet d'une autorisation d'urbanisme en 1969. Le moyen tiré de l'illégalité de la construction du bâtiment, qui manque en fait, doit être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
10. La commune de Périgueux ne justifie pas avoir engagé des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Périgueux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la commune de Périgueux, au département de la Dordogne et au préfet de région Nouvelle-Aquitaine (DRAC).
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le rapporteur,
H. BOURDARIE
La présidente,
C. BROUARD-LUCASLa greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026