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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400932

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400932

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. C E, représenté par Me Pierre Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné à défaut de se conformer à cette mesure et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- le signataire n'est pas compétent en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée à son bénéfice ; à supposer qu'une telle délégation existe, celle-ci n'est pas suffisamment précise ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a fait une inexacte application des dispositions des articles L. 221-1 et L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la durée de son séjour en France n'excède pas quatre-vingt-dix jours et qu'il était en possession d'une carte d'identité portugaise ;

En ce qui concerne le refus de lui accorder un délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction de circulation :

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, tant sur le principe que sur la durée de l'interdiction.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 février 2024, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mars 2024, le rapport de Mme Jaouën, magistrate désignée et les observations de Me Lanne, représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Le préfet de Lot-et-Garonne n'était ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant portugais né le 1er décembre 1974, a été condamné le 14 février 2020 par le tribunal judiciaire d'Agen à trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour violation de domicile et violences sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. Par un arrêté du 12 juin 2023 devenu définitif, le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. M. E a été interpellé par les services de gendarmerie le 2 février 2024. Par un nouvel arrêté du 3 février 2024, le préfet de Lot-et-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. E, écroué le 8 février 2024, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 février 2024.

Sur l'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 19-1 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : " La commission ou la désignation d'office ne préjuge pas de l'application des règles d'attribution de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat. Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office a droit à une rétribution, y compris si la personne assistée ne remplit pas les conditions pour bénéficier de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat, s'il intervient dans les procédures suivantes, en première instance ou en appel : () 10° Procédures devant le tribunal administratif relatives à l'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure restrictive de liberté ; () ". L'article 39 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020, modifié par l'article 3 du décret n° 2021-810 du 24 juin 2021 dispose que : " Par exception, l'avocat commis ou désigné d'office en matière d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat dans le cadre d'une procédure mentionnée à l'article 19-1 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est dispensé de déposer une demande d'aide. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la rétribution d'un avocat désigné d'office pour représenter devant le tribunal un étranger détenu dans une instance relative à sa procédure d'éloignement n'est pas subordonnée au dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle. En l'espèce, Me Lanne a été désignée d'office pour représenter M. E. Par suite, les conclusions présentées par le requérant tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

4. Par un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 47-2023-147 le même jour, le préfet de Lot-et-Garonne a donné, en des termes suffisamment précis, délégation de signature à M. Florent Farge, secrétaire général, à l'effet de signer les décisions de la nature de celle en litige.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société (). / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ".

6. Pour obliger M. E à quitter le territoire français, le préfet de Lot-et-Garonne, qui a estimé que son comportement constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, s'est fondé sur le deuxième alinéa de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur le premier. Par suite, M. E ne peut utilement se prévaloir de la régularité de son séjour.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ". Aux termes de l'article L. 253-1 de ce même code : " Outre les dispositions du présent titre, sont également applicables aux étrangers dont la situation est régie par le présent livre les dispositions () du second alinéa de l'article L. 613-3 () ". Aux termes du second alinéa de l'article L. 613-3 : " Lorsque le délai de départ volontaire n'a pas été accordé, l'étranger est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix ".

8. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées qu'en cas d'urgence, le préfet peut réduire, jusqu'à néant, le délai de départ volontaire normalement accordé à l'étranger. Par suite, le moyen tiré de ce le préfet ne pourrait, sans entacher sa décision d'erreur de droit, refuser l'octroi d'un tel délai doit être écarté.

9. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E a été condamné le 14 février 2020 à trois ans d'emprisonnement pour violation de domicile et violence sur une personne ayant été sa conjointe. Il était également interdit à M. E d'entrer en relation avec son ancienne compagne Mme A D. De plus, M. E a fait l'objet d'une interdiction de circulation d'une durée d'un an le 21 juin 2023, qu'il n'a pas respectée en entrant de nouveau sur le territoire national. En dépit de ces différentes mesures, M. B est de nouveau entré en France et s'est installé au domicile de Mme A D. En raison de son comportement violent, sa famille a prévenu les services de gendarmerie qui l'ont interpellé le 2 février 2024. Dans ces conditions, en estimant que l'urgence justifiait qu'il ne soit pas accordé de délai de départ volontaire au requérant, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de circulation d'une durée de trois ans :

10. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

11. Il ressort des pièces du dossier qu'outre la condamnation mentionnée au point 9, M. E a fait l'objet de 15 condamnations en 2004, 2005, 2006, 2007, 2008, 2010, 2015 et 2021 pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité à deux reprises, vol, violence par conjoint ou concubin à deux reprises, violation de domicile, soustraction d'enfant des mains de ceux chargés de sa garde et rétention hors de France, conduite d'un véhicule sans permis à deux reprises, violence aggravée par deux circonstances à trois reprises, conduite d'un véhicule sans assurance, violence en réunion, vol en réunion, recel de bien à deux reprises, obtention frauduleuse de document administratif et usage de faux document administratif, qu'il a fait l'objet de signalisations au fichier de traitement des antécédents judiciaires à 14 reprises entre 2000 et 2018 et qu'il a été interpellé le 2 février 2024 pour des faits de violences aggravées, tentative d'évasion, pénétration non autorisée sur le territoire national après une interdiction administrative du territoire et infraction à la législation des étrangers. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 9, M. E n'a respecté ni la mesure d'éloignement, ni l'interdiction de circulation sur le territoire français prononcées à son encontre le 21 juin 2023. Enfin, M. E, qui a interdiction d'entrer en contact avec la mère de son dernier enfant, ne produit aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait des liens avec ses enfants résidant sur le territoire français. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait, en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions contenues dans l'arrêté du 3 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. E.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Lanne et au préfet de Lot-et-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La magistrate désignée,

S. JAOUËNLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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