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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400945

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400945

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. F, ressortissant marocain, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation étant régulière. Il a également jugé que l'erreur de droit invoquée concernant les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas fondée, ces dispositions ne dispensant pas l'auteur d'une reconnaissance de paternité de prouver sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes de M. F.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, M. B F, représenté par Me Wurtz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de le recevoir pour examiner sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;

- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit dans l'application des dispositions combinées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'étant l'auteur de la reconnaissance de paternité de sa fille, il n'a pas à justifier de sa contribution effective à son entretien et son éducation ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve de l'existence de manœuvres frauduleuses ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés et familiaux en France ;

- l'arrêté attaqué a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le paragraphe 1 de l'article 3 et l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que l'article 4 de la convention européenne sur les relations personnelles concernant les enfants du 15 mai 2003 ;

- l'arrêté en litige est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2024.

Par ordonnance du 2 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale de New York relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention européenne sur les relations personnelles concernant les enfants du 15 mai 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant marocain né le 14 juin 1986, a présenté le 29 juin 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 novembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. F demande au tribunal d'annuler les décisions précitées.

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à M. C D, chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer les décisions de la nature de celles contestées dans le cadre de la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

4. D'une part, il ne résulte pas des dispositions précitées de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui portent sur la preuve que doit apporter le demandeur de la contribution de l'autre parent à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, que l'auteur d'une reconnaissance de paternité à l'égard d'un enfant français qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement soit dispensé d'établir sa contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, comme l'exigent les dispositions de l'article L. 423-7 du même code. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait entaché l'arrêté litigieux d'une erreur de droit en exigeant la preuve de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille ne saurait être accueilli.

5. D'autre part, à supposer même que la reconnaissance de paternité de l'enfant Fanny ne soit pas frauduleuse, il ressort des pièces du dossier que l'enfant était placée depuis plusieurs années auprès de l'aide sociale à l'enfance à la date de cette reconnaissance et le jugement du 10 septembre 2021 par lequel le tribunal pour enfants du tribunal judiciaire de Libourne a renouvelé ce placement ne fait aucune mention du requérant ou de sa relation avec l'enfant. Ensuite, par un jugement du 26 septembre 2023 renouvelant le placement de l'enfant, ce même tribunal a dit que les deux parents devront contribuer à l'entretien de l'enfant et a accordé un droit d'accueil à domicile au requérant, deux fois par mois, en présence d'un tiers. Toutefois, d'une part, M. F, qui se borne à produire des factures d'achats alimentaires, de vêtements et d'appareils électroniques et électroménagers sans établir que ces achats seraient destinés à l'enfant et une attestation de paiement d'une somme de 55 euros pour les photos de classe de l'enfant, ne peut être regardé comme contribuant effectivement à son entretien depuis au moins deux ans. D'autre part, si le requérant justifie de sa présence au bilan psychomoteur de l'enfant le 6 septembre 2022 et aux visites sans tiers avec l'enfant de 18h à 19h30 les 14 juillet, 11 août et 8 septembre 2023, ces seuls éléments, qui ne font état que d'une relation récente et sporadique à la date de la décision litigieuse, ne suffisent pas à établir qu'il contribuerait effectivement à l'éducation de l'enfant depuis au moins deux ans. Dans ces circonstances, M. F n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions auxquelles les dispositions précitées des articles L. 423-7 et L. 423-8 subordonnent la délivrance un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. En outre, à supposer même que le requérant n'ait pas commis de manœuvres frauduleuses, il résulte de l'instruction que le préfet de la Gironde aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur le motif tiré de l'absence de contribution à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt de l'enfant () ". Enfin, aux termes de l'article 4 de la convention européenne sur les relations personnelles concernant les enfants : " 1. A enfant et ses parents ont le droit d'obtenir et d'entretenir des relations personnelles régulières. / 2. De telles relations personnelles ne peuvent être restreintes ou exclues que lorsque cela est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant () ".

7. D'une part, M. F se prévaut de sa vie commune avec la mère de l'enfant Fanny, ressortissante française. Toutefois, le requérant, qui se borne à produire une attestation de son fournisseur d'électricité, datée du 2 octobre 2023, une facture d'électricité du 10 mai 2023 et une attestation de la Caisse d'allocations familiales du 6 septembre 2023 portant sur les prestations perçues par le couple de mars à août 2023, n'établit pas que la vie commune aurait débuté avant mars 2023, soit huit mois seulement avant l'édiction de la décision attaquée. En outre, s'il fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2016 et qu'un neveu et un cousin y résident de manière régulière, ces seules circonstances ne suffisent pas à le faire regarder comme ayant établi en France le centre de ses attaches privées et familiales, alors que l'intéressé ne justifie d'aucune insertion professionnelle et ne soutient pas être dépourvu d'attaches privées et familiales au Maroc, où résident ses parents et toute sa fratrie.

8. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que si le jugement précité du 26 septembre 2023 indique que " la présence du " nouveau " père vient sécuriser la jeune sur son identité " et que " Fanny manifeste beaucoup d'envie à l'égard de M. F ", le tribunal précise que la reconnaissance de paternité par M. F l'a, dans un premier temps, insécurisée et ne mentionne aucun élément de nature à établir que l'éloignement de l'intéressé serait contraire à l'intérêt supérieur de l'enfant alors qu'ainsi qu'il a été dit au point 6, leurs relations sont récentes et sporadiques et que M. F ne peut être regardé comme contribuant à son entretien et à son éducation.

9. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du paragraphe 1 de l'article 3 et de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'article 4 de la convention européenne sur les relations personnelles concernant les enfants du 15 mai 2003.

10. En dernier lieu, eu égard aux éléments mentionnés aux points 5, 7 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions en litige sur la situation personnelle de M. F doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 17 novembre 2023 par lesquelles le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Les conclusions qu'il présente aux fins d'injonction et d'astreinte doivent, par voie de conséquence, être rejetées, ainsi que ses conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN

Le président,

M. BOURGEOIS La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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