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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2400962

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2400962

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2400962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-5ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 février et le 11 mars 2024, M. B A, représenté par Me Hasan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel le préfet de la Gironde a retiré son attestation de demande d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et l'a interdit de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- le préfet n'a pas examiné l'éventuelle possibilité de régulariser sa situation administrative en dehors de la procédure d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'obligation de quitter le territoire et la décision fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- l'interdiction de retour est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 4 février 2002 à Besni, soutient être entré en France le 31 mai 2023 irrégulièrement. Il a déposé une demande d'asile le 5 juin suivant. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande par décision du 24 octobre 2023. Par arrêté du 22 janvier 2024, le préfet de la Gironde a retiré son attestation de demande d'asile, a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de réfugié ou bénéficiaire de la protection subsidiaire, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et l'a interdit de retour pour une durée d'un an. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme C D, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté attaqué, disposait par arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture n° 33-2023-164, d'une délégation de signature du préfet de la Gironde à l'effet de signer les décisions de la nature de celles en litige prises sur le fondement des dispositions législatives ou réglementaires du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise par ailleurs que l'intéressé a fait l'objet d'un refus de sa demande d'asile notifié par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 30 octobre 2023, qu'il n'a pas contesté devant la cour nationale du droit d'asile, et qu'ainsi, son droit au maintien sur le territoire a pris fin. L'arrêté indique les principaux éléments caractérisant sa vie privée et familiale, à savoir sa situation matrimoniale, ses liens avec son pays d'origine, et son intégration dans la société française, avant d'en déduire qu'il n'y est pas porté une atteinte disproportionnée. Il relève que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Si M. A reproche à l'arrêté de ne pas mentionner l'avis de recherche le concernant ni la présence en France de son oncle, ni son état de santé, il n'établit pas avoir transmis ces informations au préfet. Enfin, il cite les quatre critères visés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de fixer le principe et la durée de l'interdiction de retour. Ainsi, la motivation de l'arrêté, suffisante, atteste d'un examen sérieux et complet de sa situation.

4. En troisième lieu, il est constant que le requérant n'a pas demandé de titre de séjour en dehors de la procédure de demande d'asile. Le préfet, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, n'était pas tenu d'examiner la possibilité de lui délivrer un titre de séjour sur un autre fondement. Le moyen tiré de ce qu'il n'a pas procédé à cet examen doit donc être écarté.

5. En quatrième lieu, selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. "

6. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations est inopérant en tant qu'il est dirigé contre l'obligation de quitter le territoire, qui n'a pas, par elle-même, pour objet de déterminer le pays de destination. A supposer le moyen soulevé contre la décision fixant le pays de renvoi, si M. A indique avoir fui la Turquie par crainte de persécution de la part des autorités turques en raison de son refus d'effectuer son service militaire, ces éléments, non circonstanciés, ne permettent pas d'établir la réalité des risques allégués, le requérant ne produisant que deux documents qu'il intitule " avis de recherche " et " mandat d'arrestation ", non régulièrement traduits. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En cinquième lieu, l'illégalité du refus de titre de séjour n'a pas été démontrée. Aussi le requérant n'est-il pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'éloignement et celle fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

9. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

10. Si l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il est constant qu'il est entré récemment sur le territoire et n'y a aucun lien personnel ou familial. Ainsi, les critères de l'article L. 612-10 n'étant pas cumulatifs, le préfet a fait une exacte application de ces dispositions en décidant de lui interdire tout retour sur le territoire pour un an, tant dans le principe que dans la durée de l'interdiction.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2024, les conclusions aux fins d'injonction et aux frais de l'instance doivent également être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La magistrate désignée,

M. E La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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