mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, M. D B, représenté par Me Le Guédard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans cette attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisante motivation et d'un défaut d'examen sérieux dès lors qu'il ne prend pas en compte sa situation professionnelle ;
- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Gironde ne justifie pas de la saisine des services compétents pour complément d'information ou du procureur de la République de demandes d'information sur les suites judiciaires, conformément aux dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ainsi que dans l'appréciation des conséquences de la décision sur celle-ci.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 9 janvier 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle avec un taux fixé à 25%.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgeois, président-rapporteur ;
- et les observations de Me Autef, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. D B, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1979, déclare être entré en France le 19 juin 2019 pour y demander l'asile. Il a sollicité, le 27 juin 2023, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 10 août 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de faire droit à cette demande, a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit.
2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-060 du même jour, donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, toutes décisions, documents et correspondances pour toutes les matières relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration, et notamment, en matière d'éloignement, toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci mentionne, d'une part les textes sur lesquels il est fondé, notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales, et d'autre part les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de M. B sur le territoire français et dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé a été mis à même, à la seule lecture de la motivation de l'arrêté, d'en comprendre le fondement. Par ailleurs, si le préfet de la Gironde n'a pas pris en considération l'emploi qu'il a exercé d'octobre 2020 à juin 2022 en qualité de chauffeur, cette circonstance ne permet pas, à elle seule de considérer que l'arrêté attaqué n'aurait pas été précédé d'un examen de sa situation personnelle dès lors qu'il est constant que l'intéressé n'exerce aucune activité professionnelle depuis plus d'un an et ce, indépendamment des démarches qu'il justifie avoir entrepris auprès du conseil des prud'hommes. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et du défaut d'examen de la situation de l'intéressé doivent être écartés.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. B, qui est présent sur le territoire français depuis juin 2019, fait valoir qu'il a exercé une activité de chauffeur d'octobre 2020 à juin 2022, qu'il a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) en novembre 2022 avec une ressortissante française et qu'ils sont colocataires d'un appartement depuis avril 2022. Toutefois, d'une part, il ne fait état d'aucune activité professionnelle depuis le mois de juin 2022 et ne justifie pas d'une particulière insertion dans la société française. D'autre part, le PACS et la cohabitation avec une ressortissante française dont il se prévaut présentent un caractère récent et ne sont corroborés par aucun autre élément permettant d'apprécier l'intensité, la stabilité et l'ancienneté de leurs liens affectifs. Enfin, M. B ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore ses enfants. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas, en prenant l'arrêté litigieux, porté au respect de la vie privée et familiale de M. B une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cet arrêté lui a été opposé, et n'a, par suite, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En quatrième lieu et pour les mêmes motifs que ceux développés au point précédent, le préfet de la Gironde n'a pas davantage entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de M. B et n'a, en particulier, pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni, en tout état de cause, les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012.
7. En cinquième et dernier lieu, si M. B soutient, sans être contesté, que le préfet de la Gironde a relevé, au vu des mentions figurant au nom de l'intéressé dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), qu'il était défavorablement connu des services de police sans avoir saisi les services de police ou de gendarmerie compétents aux fins d'information des suites judiciaires ou de complément d'information ou le procureur de la République compétent aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, il ressort de qui a été dit précédemment que le préfet, qui n'a pas considéré que M. B représentait une menace pour l'ordre public pour lui refuser le séjour, aurait pris la même décision s'il n'avait pas tenu compte de ces mentions. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière le privant d'une garantie doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Le Guédard et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le président-rapporteur
M. BOURGEOIS L'assesseure la plus ancienne
S. JAOUËN La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2401025 1
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