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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401213

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401213
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CAROLINE LAVEISSIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 février 2024, l’Union syndicale des magistrats et M. P... N..., représentés par Me Lemasson de Nercy, demandent au tribunal :

1°) d’annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature sur la demande « de prendre en charge les frais inhérents à l’achat des ouvrages nécessaires pour la présentation des épreuves de fin d’étude des auditeurs de justice ainsi que les frais supplémentaires générés par l’achat de leur costume d’audience » qui lui a été adressée le 18 octobre 2023 ;

2°) d’enjoindre à la directrice de l'Ecole nationale de la magistrature de « régulariser la situation à l’égard des promotions d’auditeurs de justice ayant exposés de tels frais sur la période non prescrite ou à tout le moins de porter cette décision à leur connaissance » ;

3°) de mettre à la charge de l'Ecole nationale de la magistrature une somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d’un défaut de motivation ;
- la décision a méconnu le principe général du droit tiré de ce que les frais qu'un salarié expose pour les besoins de son activité professionnelle et dans l'intérêt de son employeur doivent, dès lors qu'ils résultent d'une sujétion particulière, être supportés par ce dernier ;
- la décision a méconnu le décret n° 98-814 du 11 septembre 1998 et l’arrêté du même jour fixant les taux des indemnités de costume d'audience attribuées aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers ;
- elle est illégale du fait de l’illégalité de l’arrêté du 11 septembre 1998 fixant les taux des indemnités de costume d'audience attribuées aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2025, et une pièce complémentaire enregistrée le 14 septembre 2026, l'Ecole nationale de la magistrature, représentée par Me Laveissière conclut au rejet de la requête et à ce que l’Union syndicale des magistrats et M. N... lui versent une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable et que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 janvier 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’organisation judiciaire ;
- l’ordonnance n° 58-1270 du 22 décembre 1958 portant loi organique relative au statut de la magistrature ;
- la loi n° 2009-1673 du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 ;
- le décret n°72-355 du 4 mai 1972 relatif à l'Ecole nationale de la magistrature ;
- le décret n° 98-814 du 11 septembre 1998 portant attribution d'indemnités de costume d'audience aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers et portant mise à disposition de costumes d'audience pour les magistrats exerçant à titre temporaire et certains personnels des services judiciaires ;
- l’arrêté du 11 septembre 1998 fixant les taux des indemnités de costume d'audience attribuées aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de ,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Laveissière, représentant l’Ecole nationale de la magistrature.


Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 19 octobre 2023, l’Union syndicale des magistrats a demandé à la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature la prise en charge, par l’Ecole, des coûts financiers exposés par les auditeurs de justice au titre de l’acquisition de leurs codes juridiques à hauteur de 191 euros, et au titre de l’acquisition de leur robe d’audience à hauteur de 362,16 euros correspondant au supplément moyen acquitté par les auditeurs de justice par rapport à l’indemnité allouée par l’Etat à hauteur de 487,40 en vertu du décret du 11 septembre 1998 portant attribution d'indemnités de costume d'audience aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers et portant mise à disposition de costumes d'audience pour les magistrats exerçant à titre temporaire et certains personnels des services judiciaires. L’Union syndicale des magistrats et M. Severe, magistrat, demandent l’annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature sur cette demande.


Sur les conclusions d’annulation :


Sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité de la requête ;

En ce qui concerne le refus de la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature de prendre en charge les frais de costume des auditeurs de justice :

2. La décision de la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature, qui a été sollicitée en dehors de tout cadre légal ou règlementaire, ne fait pas partie des décisions devant être motivées au sens des dispositions de l’article L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l’administration. Au surplus, aucun des requérants n’a demandé la communication des motifs de la décision implicite de refus de la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature. Il s’ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme inopérant.


3. Aux termes de l’article R. 111-6 du code de l’organisation judiciaire dans sa version alors applicable : « Les costumes des magistrats (…) des auditeurs de justice, (…) sont fixés par décret conformément au tableau I annexé au présent code ». Le tableau I annexé à ce code prévoit un costume d’audience spécifique pour les auditeurs de justice, de couleur noire à grandes manches, de soie noire, sans épitoge, muni d’une ceinture de soie bleue-claire avec franges, une toque de laine noire avec un galon d’argent et une cravate de couleur blanche, plissée.

4. Aux termes de l’article 13 du décret du 4 mai 1972 relatif à l'Ecole nationale de la magistrature : « Les dépenses de l'école comprennent notamment : (…) / 2° Les traitements et indemnités des auditeurs de justice (…) ». Toutefois, il résulte de la loi du 30 décembre 2009 de finances pour 2010 que la rémunération des auditeurs de justice, en ce compris le traitement de base et les indemnités, a été extraite du budget de l’Ecole nationale de la magistrature pour être intégrée au budget global de l’Etat. L’article 1er du décret du 11 septembre 1998 susmentionné prévoit que « Une indemnité de première mise de costume d'audience peut être allouée aux magistrats, greffiers en chef et greffiers de la Cour de cassation et des juridictions d'appel et de première instance lors de leur première nomination à des fonctions nécessitant le port du costume d'audience prévu par le code de l'organisation judiciaire » et l’article 5 de ce décret précise que « Les montants des indemnités prévues aux articles 1er à 4, dont le versement est effectué au vu des pièces justifiant la dépense exposée, sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés du budget et de la fonction publique ».

5. Il résulte de ces dispositions que la prise en charge des frais de costume des auditeurs de justice relève de la compétence de l’Etat et non de l’Ecole nationale de la magistrature, qui n’est pas l’employeur des auditeurs de justice et dont le budget n’inclut plus leurs traitements et indemnités. Il s’ensuit que les requérants ne sauraient utilement soutenir que la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature aurait, en refusant d’accepter de prendre en charge le différentiel entre l’indemnité forfaitaire allouée par l’Etat au titre des articles 1 et 5 précités du décret du 11 septembre 1998 et le coût effectivement supporté par les auditeurs de justice pour l’acquisition de leur costume d’audience, méconnu le principe général du droit tiré de ce que les frais qu'un salarié expose pour les besoins de son activité professionnelle et dans l'intérêt de son employeur doivent, dès lors qu'ils résultent d'une sujétion particulière, être supportés par ce dernier.

6. La décision de la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature n’ayant été prise ni en application du décret précité du 11 septembre 1998 ni en application de l’arrêté du même jour fixant les taux des indemnités de costume d'audience attribuées aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers, le moyen tiré de l’illégalité de cette décision au regard de ces textes doit être écarté comme inopérant.

7. Pour le même motif, le moyen tiré de l’exception d’illégalité de l’arrêté du 11 septembre 1998 fixant les taux des indemnités de costume d'audience attribuées aux magistrats de l'ordre judiciaire, aux greffiers en chef et aux greffiers, ne peut qu’être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne le refus de la directrice de l’Ecole nationale de la magistrature de prendre en charge les frais de documentation des auditeurs de justice lors des examens de fin d’études :

8. L’Ecole nationale de la magistrature n’étant pas l’employeur des auditeurs de justice, le moyen tiré de ce que l’acquisition des codes juridiques par les auditeurs de justice pour passer leurs épreuves de fin de formation méconnaîtrait le principe général du droit selon lequel les frais qu'un salarié expose pour les besoins de son activité professionnelle et dans l'intérêt de son employeur doivent être supportés par ce dernier dès lors qu'ils résultent d'une sujétion particulière, doit être écarté comme inopérant.

9. Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que les conclusions d’annulation présentées doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que celles aux fins d’injonction ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de l’Union syndicale des magistrats et de M. N... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié .


Délibéré après l'audience du 13 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,
M. Béroujon, premier conseiller,
M. Riou, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.


Le rapporteur,











Le président,





M. F...
La greffière,





M. J...





La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière