mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401322 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 22 février 2024 et 5 avril 2024, M. A B, représenté par Me Raji, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 février 2024 par laquelle le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a porté signalement aux fins de non admission au fichier Système d'Information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation, d'une incompétence de l'auteur de l'acte, et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de destination est entachée d'insuffisance de motivation, d'une incompétence de l'auteur de l'acte, d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour au Liberia et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'insuffisance de motivation, d'une incompétence de l'auteur de l'acte, d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques en cas de retour au Liberia et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision le signalant au fichier Schengen doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Zuccarello pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité libérienne, déclare être entré en France en septembre 2021 et a sollicité le bénéfice de l'asile. Il a été destinataire de plusieurs décisions de refus ou d'irrecevabilité de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile, en dernier lieu le 13 octobre 2023. Le préfet de la Gironde a pris à son encontre le 7 février 2024 une décision d'obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a porté signalement aux fins de non admission au fichier Système d'Information Schengen. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-8 du code précité : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
3. D'une part, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n°33-2023-164, a donné délégation à Mme C E, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer, "toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. D'autre part, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionnent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en visant d'une part, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et d'autre part les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant, notamment l'ensemble de la procédure relative à sa demande d'asile et la circonstance qu'il ne fait état d'aucun lien privé ou familial en France. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement M. B en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, sans constituer une motivation stéréotypée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté.
Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :
5. M. B qui déclare avoir sa compagne de même nationalité sur le territoire français, alors qu'il s'est présenté comme étant célibataire sans charge de famille, est entrée récemment en France, soit en septembre 2021. Il ne démontre pas, en tout état de cause, avoir des liens privés et familiaux forts sur le territoire faisant obstacle à son éloignement. En outre, il ne soutient pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a résidé jusqu'en 2021, soit environ 31 ans. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, le préfet n'a pas porté atteinte au droit à la vie privée et familiale du requérant. Enfin, s'il soutient qu'il encourt des risques dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément au soutien de son allégation, alors que l'asile lui a été refusé à plusieurs reprises. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.
Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
6. Il ressort de ce qui a été dit ci-dessus que M. B est entré récemment en France et ne justifie pas de l'ancienneté et de la nature de ses liens sur le territoire français. La circonstance que l'intéressé ne constitue pas une menace à l'ordre public et n'a pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement ne s'oppose pas à l'édiction de l'interdiction de retour litigieuse, les critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étant pas cumulatifs. Par suite, le préfet de la Gironde, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant, n'a pas méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas pris une décision manifestement disproportionnée.
Sur la décision d'inscription au fichier SIS :
7. Eu égard à ce qui précède, la décision de signalement aux fins de non admission au fichier Système d'Information Schengen n'est pas illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.
D E C I D E:
Article 1er: La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Raji et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
La magistrate désignée,
F. ZUCCARELLOLa greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026