mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401324 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. A C, représenté par Me Pitel-Marie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 3 décembre 2023 ;
2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que le directeur territorial de l'OFII a méconnu les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entré sur le territoire le 12 août 2023, il a déposé sa demande le 22 août suivant et remplit les conditions d'octroi prévues par cet article.
Par un mémoire enregistré le 17 mai 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire s'est substituée à la décision du 22 août 2023 dont il est demandé l'annulation, or, d'une part, la requête est dépourvue d'objet car une décision de refus lui avait déjà été notifiée après exercice du recours administratif préalable obligatoire et, d'autre part, la requête est tardive ;
- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 13 février 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C déclare être entré en France le 12 août 2023 afin de solliciter le bénéfice de l'asile. Le 22 août 2023, sa demande d'asile a été enregistrée par les services de la préfecture de la Gironde et le 18 septembre 2023, une attestation de demande d'asile lui a été remise. Par une décision du 22 août 2023, le directeur territorial de l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur la décision attaquée :
2. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y a invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
3. Par décision du 22 août 2023, le directeur territorial de l'OFII a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C. Si le requérant justifie avoir exercé un recours contre cette décision le 3 octobre 2023, le directeur général de l'OFII verse au dossier un courriel de M. C daté du 24 août 2023 attestant qu'il avait déjà formé un recours administratif préalable obligatoire et qu'une décision de rejet du directeur général de l'OFII était intervenue le 30 août 2023. Par suite, en vertu des principes énoncés au point 2, la requête de M. C doit être regardée comme dirigée contre la décision du 30 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 531-27 de ce même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".
5. Pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C, le directeur général de l'OFII a considéré que M. C avait déposé sa demande plus de quatre mois après son entrée en France, soit un délai supérieur au délai de quatre-vingt-dix jours requis par les dispositions citées au point 4, qu'il ne formulait pas de motif légitime pour l'expliquer et qu'il ne présentait pas de vulnérabilité particulière. Pour contester la décision de l'OFII, M. C soutient qu'il est entré en France le 13 août 2023, et qu'il remplissait, le 22 août 2023, les conditions lui permettant de bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Toutefois, le directeur général de l'OFII verse au dossier le résumé de l'entretien individuel de demande d'asile de M. C avec les services de la préfecture de la Gironde le 22 août 2023, signé par l'intéressé, qui mentionne qu'il a déclaré être entré en France le 18 avril 2023. En outre, si M. C fournit une copie d'un billet d'autobus pour le trajet de San Sébastien à Bordeaux le 12 août 2023, étant relevé que celui-ci est au nom de " A Naunf ", l'OFII fait valoir sans être contredit que le numéro de commande indiqué sur le billet produit par M. C correspond à une commande pour un trajet du 16 août 2023. Dans ces conditions, la seule copie du billet produite par le requérant qui comporte des invraisemblances ne contredit pas sérieusement les propos que celui-ci a tenus lors de l'entretien de sa demande d'asile, reportés dans le compte rendu de l'entretien individuel qu'il a signé, d'une entrée en France le 18 avril 2023. Il s'ensuit que le directeur général de l'OFII n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. C le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. B et Mme D, premiers conseillers,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La rapporteure,
S. D
La présidente,
C. CABANNE
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026