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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401425

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401425

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme C, ressortissante congolaise, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde du 6 février 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière, et a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes de Mme C, incluant l'annulation, l'injonction et les frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 février 2024, des pièces complémentaires enregistrées le 10 mars suivant et un mémoire enregistré le 7 octobre 2024 qui n'a pas été communiqué, Mme F C, représentée par Me Loubaki Mbon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer une carte de séjour en qualité d'étranger malade dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État les dépens ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979, du 4° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article et L. 211-5 du même code ;

- il a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du 9° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu le 7° de l'article L. 313-11 et l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu l'article 11 de la convention entre la France et la république du Congo du 31 juillet 1993 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses liens familiaux, de son intégration et de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le décret n° 96-996 du 13 novembre 1996 portant publication de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- et les observations de Me Loubaki Mbon, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F C, ressortissante congolaise, est entrée en France le 6 juin 2017 munie d'un visa valable jusqu'au 25 juillet 2017. La préfète de la Gironde a rejeté la demande de titre de séjour qu'elle a présentée le 18 décembre 2017. Une seconde demande de titre de séjour a également été rejetée par une décision implicite née le 28 mai 2020. Enfin, le 24 juillet 2023, elle a sollicité le séjour, sur le fondement des articles L. 426-20, L. 423-11 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 février 2024 dont, par la présente requête, Mme C demande l'annulation, le préfet de la Gironde a, à nouveau, refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs n° 33-2023-08-31-00002, le préfet de la Gironde a consenti à Mme D B, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E A, cheffe de ce bureau, une délégation de signature à l'effet de signer toutes décisions prises en application des livres II, IV, VI et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article 3). Il ne ressort d'aucunes pièces du dossier que Mme A n'aurait pas été absente ou empêchée le jour de la signature de l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, qui remplacement depuis 2016 les dispositions de la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation de l'intéressée, sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour. Ces circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement cette dernière en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision, qui est ainsi suffisamment motivée pour l'application des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il en va de même, au demeurant, de la motivation de l'obligation de quitter le territoire français, au regard des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, reprises à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes desquelles : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ".

6. Mme C soutient que sa vie privée et familiale s'est ancrée en France où résident ses deux filles, l'une de nationalité française, l'autre en situation régulière et mère d'un enfant français, et ses trois petits-enfants, alors que, divorcée depuis 1999, elle est dépourvue de liens au Congo, son pays d'origine. Elle se prévaut également de sa durée de présence sur le territoire de sept ans, de son implication dans la paroisse Sainte-Marie de la Bastide et de l'intérêt qui s'attache à ce qu'elle suive un traitement médical en France. Il ressort toutefois des pièces du dossier du dossier que la requérante, qui se maintient irrégulièrement en France après l'expiration de son visa alors que le séjour lui a été refusé à deux reprises les 17 octobre 2018 et 28 mai 2020 et n'y justifie pas d'une particulière intégration, n'est pas isolée dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à ses 28 ans et où résident encore ses deux autres filles. En outre, comme dit ci-dessous au point 9, Mme C, qui n'avait pas sollicité le séjour en tant qu'étranger malade à la date de la décision attaquée, ne justifie pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à sa maladie dans son pays d'origine. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Gironde aurait, en lui refusant le séjour et en ordonnant son éloignement, porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles il a pris sa décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle.

7. En quatrième lieu, l'article L. 511-4 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été abrogé par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et, si ses dispositions ont été reprises à l'article L. 611-3 du même code, le point 9° de cet article relatif aux étrangers malades a été abrogé par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024. Le moyen tiré de sa méconnaissance doit par suite être écarté comme inopérant.

8. En cinquième lieu, les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été abrogées par l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020, remplacées par les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

9. Mme C, qui n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent, soutient que son état de santé nécessite une prise en charge continue en France, qui ne peut pas être interrompue ni être effectuée au Congo. Il ressort des pièces du dossier que, atteinte d'un cancer du sein, elle a fait l'objet d'une mastectomie et d'un curage auxiliaire dispensés par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux le 24 juin 2019 puis, après rechute, d'une tumorectomie le 22 décembre 2023. Il ressort également des pièces du dossier, notamment de certificats médicaux établis les 20 et 21 février 2024 qu'elle a fait l'objet jusqu'au 13 mars 2024 d'un traitement de radiothérapie à l'hôpital Haut-Lévêque auquel doit succéder une surveillance trimestrielle pendant un an puis semestrielle pendant 5 ans. Il ressort ainsi des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté litigieux, l'état de santé de Mme C nécessitait encore une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Toutefois, s'il ressort du certificat médical du 20 février 2024 que le médecin a indiqué que l'état de santé de Mme C " ne lui permet pas de quitter le territoire français en raison du traitement par radiothérapie qu'elle ne peut réaliser qu'en France ainsi qu'un suivi spécialisé pour la suite de sa prise en charge ", cette affirmation n'est étayée par aucun élément probant ou circonstancié, alors qu'il ressort, au contraire, des pièces du dossier qu'elle a précédemment été traitée par radiothérapie et chimiothérapie au Congo où elle était prise en charge pour son affection de 2014 à 2017. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que, eu égard à l'offre de soins dans son pays d'origine, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, le moyen tiré de son état de santé, doit, en tout état de cause, être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de longue durée, dans les conditions prévues par la législation de l'État d'accueil. Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit ". Dès lors que la requérante ne justifie pas avoir séjourné régulièrement en France, elle ne saurait bénéficier d'un titre de séjour délivré sur le fondement de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 11 de l'accord franco-congolais doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête, de même que les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à F C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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