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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401478

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401478

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de M. B, ressortissant tunisien, contestant la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour par le préfet de la Gironde. Le tribunal a annulé cette décision, estimant que le préfet n'avait pas respecté son obligation de communiquer les motifs de la décision implicite dans le mois suivant la demande de l'intéressé, en méconnaissance de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Cette annulation a été prononcée sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés par le requérant. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois et a mis à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 février 2024, M. A B, représenté par Me Babou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur sa demande de titre de séjour déposée le 18 août 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'aucune condition de délai n'est applicable ;

- la décision attaquée étant une décision implicite de rejet, il est impossible de savoir si son auteur avait compétence pour la prendre ;

- cette décision est entachée de défaut de motivation, le préfet n'ayant pas répondu à sa demande de communication de ses motifs reçue le 11 janvier 2024 dans le délai prescrit par les dispositions de l'article L. 232-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- son droit d'être entendu a été méconnu ;

- la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas pris en compte la demande d'autorisation de travail qu'il a présentée ;

- cette décision a méconnu les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a méconnu l'article 3 de l'accord franco-tunisien et l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision a méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par ordonnance du 4 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Jaouën a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 4 juin 1983, est titulaire d'une carte de résident de longue durée-UE délivrée par les autorités italiennes. Il a présenté une demande d'autorisation de travail le 26 mai 2023 puis une demande de titre de séjour, reçue le 21 août 2023, sur le fondement des articles L. 421-1 et L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence gardé par le préfet de la Gironde pendant un délai de quatre mois sur cette demande est née, le 18 décembre 2023, une décision implicite de rejet, que M. B demande au tribunal d'annuler.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. Dans le second cas, il mentionne la possibilité offerte au demandeur de se voir délivrer l'attestation prévue à l'article L. 232-3 ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande de titre de séjour de M. B a été reçue par les services de la préfecture le 18 août 2023. En application des dispositions citées au point 2, une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la préfète de la Gironde sur cette demande pendant un délai de quatre mois. En l'absence d'accusé de réception de la demande formée par M. B et de connaissance par ce dernier d'intervention de cette décision implicite de rejet, la demande de communication de ses motifs, adressée par courrier de son conseil du 8 janvier 2024 reçu le 11 janvier suivant en préfecture, a été formée avant que le délai de recours contentieux ait commencé à courir. Faute d'avoir répondu à cette demande dans le délai d'un mois prévu par les dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet de la Gironde a méconnu l'obligation de motiver la décision en litige prévue par l'article L. 211-2 du même code. La décision implicite attaquée doit, dès lors, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait présenté une demande d'aide juridictionnelle. Dès lors, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser au requérant.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet de la Gironde sur la demande de titre de séjour présentée par M. B le 18 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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