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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401482

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401482

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401482
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre
Avocat requérantFOUCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2024, M. C D A, représenté par Me Foucard, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'ordonner la suppression des informations dans le système de traitement informatisé de données à caractère personnel relatives aux étrangers faisant l'objet d'une mesure d'éloignement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision refusant son admission au séjour au titre de l'asile est illégale dès lors que le préfet de la Gironde ne justifie pas de ce qu'il aurait reçu notification du rejet de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de retour méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zuccarello pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité libyenne, déclare être entré en France le 13 novembre 2022. L'intéressé a sollicité le bénéfice de l'asile le 9 décembre 2022, laquelle demande a été rejetée par une décision du 4 août 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), notifiée le 8 août 2023, confirmée par une décision du 4 janvier 2024 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 26 janvier 2024, le préfet de la Gironde l'a obligé de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an et a porté signalement aux fins de non admission au fichier Système d'Information Schengen. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des extraits de la base TelemOfpra produit en défense, que, par une décision du 4 janvier 2024 lue en audience publique, la CNDA a rejeté le recours de M. A contre le refus d'asile opposé par l'OFPRA. En tout état de cause, il ressort également de ces mentions que la décision a été notifiée à l'intéressé le 10 janvier 2024, soit avant la date de la décision attaquée. M. A ne verse aucun élément de nature à remettre en cause l'exactitude de ces mentions, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Dans ces conditions, et alors que le droit au séjour de l'intéressé avait pris fin, le préfet de la Gironde pouvait légalement en tirer les conséquences sur l'admission au séjour du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision refusant d'admettre M. A au séjour au titre de l'asile n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'a ni pour effet ni pour objet de déterminer le pays à destination duquel son destinatoire doit être reconduit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de cette décision.

9. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire serait illégale par voie de conséquence.

10. En cinquième lieu, si M. A soutient qu'il encourt des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison d'une situation de violence généralisée, il ne verse aucun élément justifiant des risques effectivement encourus. En outre, il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée par l'autorité et le juge compétent en la matière. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles liées aux frais d'instance.

D E C I D E:

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, à Me Foucard et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La magistrate désignée,

F. ZUCCARELLOLa greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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