mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401512 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 février 2024, M. B C, représenté par Me Reix, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler la décision du 28 décembre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté son recours gracieux ;
3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation et en le munissant d'une autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- sa requête est recevable.
En ce qui concerne le refus de séjour :
- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, en méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du même code.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990.
En ce qui concerne la décision de renvoi :
- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision rejetant son recours gracieux et sa demande d'abrogation :
- elle méconnaît les dispositions du deuxième alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, le préfet étant tenu d'abroger son arrêté illégal ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que tardive.
- aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 novembre 2023.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Josserand a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant tunisien, est entré en France en dernier lieu le 13 juillet 2018 muni d'un visa de court séjour. Le 26 mai 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 29 août 2023, le préfet de la Gironde a rejeté cette demande et lui a enjoint de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours gracieux formé par M. C a été rejeté par une décision implicite née le 28 décembre 2023. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 29 août 2023 et de la décision du 28 décembre 2023.
Sur la recevabilité :
2. Aux termes de l'article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " () lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 4° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 () ". L'article 69 de ce décret dispose que : " Le délai de recours prévu au deuxième alinéa de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée est de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision à l'intéressé ".
3. M. C a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle par un date du 26 septembre 2023, qui lui a été accordée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 14 novembre 2023, ouvrant le délai prévu par les dispositions rappelées au point précédent. Toutefois, cette décision lui a été notifiée par un courrier simple dont la date de réception n'est pas précisée et le préfet n'établit pas la date à laquelle l'intéressé ou son conseil en auraient reçu notification. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père de deux enfants nés en France, Assil et A, qui ont acquis la nationalité française le 17 novembre 2022. Ces enfants vivent en France au côté de leur mère dont M. C est divorcé depuis 21 février 2017 aux termes d'un jugement du tribunal de première instance de Sousse (Tunisie) qui lui accorde un droit de visite, d'accompagnement et de logement, et met à sa charge une pension alimentaire au profit de son fils A d'un montant mensuel de 100 dirhams. En outre, le requérant justifie, par les pièces qu'il produit, accueillir ses deux enfants chaque année durant leurs vacances scolaires, et verser au profit de son fils une pension mensuelle de 30 euros, matérialisée par un virement unique annuel de 320 euros, outre des cadeaux. Dans ces conditions, M. C doit être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants de nationalité française depuis leur naissance ou, au moins, depuis plus de deux années. Par suite, en refusant le séjour du requérant et en ordonnant son éloignement, le préfet de la Gironde a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 29 août 2023 doit être annulé, ainsi par conséquent que la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à M. C une carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en l'état, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
8. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale en application des dispositions de l'article L. 761 1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État le versement à Me Reix d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Gironde du 29 août 2023 et sa décision implicite née le 28 décembre 2023 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à M. C un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Reix, conseil de M. C, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation de sa part à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Reix et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Bourgeois, président,
Mme Jaouen, première conseillère,
M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
Le rapporteur,
L. JOSSERANDLe président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
I. MONTANGON
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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