mercredi 4 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401514 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 février 2024 et un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Diompy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée n'est pas motivée en l'absence de réponse donnée à la demande de communication des motifs qui a été adressée à l'autorité administrative ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais de 2006.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- il n'y a plus lieu de statuer sur cette requête dès lors qu'il a pris un arrêté portant refus de séjour le 27 janvier 2023, l'objet du litige est devenu inexistant ;
- les moyens ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes du 1er août 1995 ;
- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant sénégalais, né le 17 juin 1976, déclare être entré en France au mois de janvier 2021. Le 21 octobre 2022, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention franco-sénégalaise. Par un arrêté du 27 janvier 2023, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les décisions de refus de séjour, qui constituent des mesures de police, doivent être motivées en application du 1° de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.
3. L'arrêté du 27 janvier 2023 vise la convention du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal modifiée et l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires du 23 septembre 2006 modifié, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il mentionne que M. A, qui déclare être entré en France au mois de janvier 2021, a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L. 426-11 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il énonce les motifs pour lesquels l'intéressé n'entre pas dans le cadre des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il précise que M. A ne démontre aucunement l'intensité et la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France, que sa situation ne répond pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels et il expose les raisons pour lesquelles la préfète a décidé de ne pas faire usage de son pouvoir discrétionnaire de régularisation à son profit. Dans ces conditions, la décision portant refus de séjour du 27 janvier 2023 est suffisamment motivée et cette motivation révèle que la préfète de la Gironde a procédé à un examen sérieux de la situation particulière de M. A. Les moyens tenant à l'insuffisance de motivation et au défaut d'examen sérieux doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à ''article L. 412-1 () ".
5. Les stipulations du paragraphe 42 précité renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code.
6. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A se prévaut de l'importance de son activité professionnelle depuis son entrée sur le territoire, en janvier 2021. Ainsi, il justifie de son travail en qualité de manutentionnaire pour deux mois auprès d'un premier employeur, puis de treize mois de mai 2021 à juin 2022 en tant qu'agent d'entretien dans une société de propreté avec un contrat de travail à durée indéterminée que l'employeur atteste avoir suspendu dans l'attente de la régularisation de son droit au séjour. Toutefois, au regard du caractère relativement récent de cette activité, et peu qualifié de cet emploi, qui ne fait pas partie des métiers en tension, M. A qui est par ailleurs célibataire et sans charge de famille, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait méconnu les stipulations de l'article 42 de la convention franco-sénégalaise, ni les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'exception de non-lieu opposée en défense par le préfet de la Gironde.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2023 n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au bénéfice de son conseil au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. C et Mme D, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.
La rapporteure,
S. D
La présidente,
C. CABANNE
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026