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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401642

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401642

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401642
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux annule l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, ressortissante marocaine, et l'a obligée à quitter le territoire français. Le tribunal estime que le préfet a fait une inexacte application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car Mme B justifiait d'une entrée régulière en France avec un visa valide et d'une vie commune avec son époux français depuis plus de six mois. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" dans un délai de deux mois, et condamne l'État à lui verser 1 500 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Le Guédard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et sous astreinte de 80 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer dans le même délai et sous la même astreinte une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'erreurs de faits, en ce qu'il indique que sa fratrie réside au Maroc et qu'elle ne justifie pas d'une ancienneté de résidence significative ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- et les observations de Me Le Guédard, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, est entrée en France le 7 juin 2019 munie d'un visa délivré par les autorités espagnoles. Le 3 octobre 2023, elle a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 8 février 2024 dont, par la présente requête, Mme B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. En l'espèce, il est constant que Mme B s'est mariée le 4 mars 2023 à la mairie d'Eynesse (33) avec M. C, ressortissant français. Il est également constant qu'elle était titulaire d'un visa délivré par les autorités espagnoles valable du 11 avril au 31 juillet 2019. Si, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité à l'intéressée, le préfet a estimé qu'elle ne justifiait pas de son entrée en France par un billet nominatif, il ressort au contraire des pièces du dossier que Mme B a produit un billet de bus nominatif de Madrid à Bordeaux correspondant à une entrée en France le 7 juin 2019, soit durant la validité de son visa. Dans ces conditions, et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle partageait une vie commune avec son époux depuis plus de six mois à la date de signature de l'arrêté contesté, le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point précédent.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de la Gironde du 8 février 2024 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Gironde du 8 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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