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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401677

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401677

mercredi 13 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 et 11 mars 2024, M. D C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel ce préfet l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois suivant notification du jugement, de le mettre en possession d'un récépissé dans cette attente et de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

- les décisions litigieuses ont été signées par une autorité incompétente ;

Sur la décision portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile :

- cette décision méconnaît l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la possibilité pour le préfet de refuser la délivrance de l'attestation de demande d'asile ne constitue qu'une faculté pour le préfet, à qui il appartient d'apprécier la réalité de la demande de réexamen, son caractère dilatoire et les chances du requérant d'obtenir satisfaction et qu'il présente des éléments récents, nouveaux et sérieux d'une importance fondamentale dans l'examen des craintes dont il se prévaut ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

- ces décisions méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il existe un risque qu'il soit soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

Sur la décision portant interdiction de retour pendant une durée de deux ans :

- cette décision méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il justifie de ses liens avec la France en raison de la nécessité de voir sa demande de réexamen de sa demande d'asile examinée, que dans l'hypothèse d'un retour dans son pays d'origine et de la survenance, dans ce pays, de faits nouveaux de nature à ce qu'il soit contraint de revenir en France pour y déposer une nouvelle demande d'asile, cette interdiction de retour constituerait un obstacle injustifié et que l'autorité administrative aurait pu s'abstenir d'imposer une telle interdiction pour des raisons humanitaires tenant à son statut de demandeur de protection internationale.

Sur la décision portant assignation à résidence pendant une durée de 45 jours :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté portant refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour pour une durée de deux ans et fixation du pays de destination.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, notamment son article 41 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du magistrat désigné sur le fondement de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision du 5 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile,

- et les observations de Me Lanne, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre, premièrement, que son droit d'être entendu, garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu dès lors qu'il n'a été mis en mesure de faire valoir ni les éléments nouveaux qu'il présente au soutien de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, ni son état de santé, deuxièmement, que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que sa pathologie ne peut être prise en charge en Azerbaïdjan et, troisièmement, qu'il n'a pas commis les infractions que le préfet de la Gironde a retenues à son encontre.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant azerbaïdjanais né le 11 janvier 1992, a sollicité le 5 mars 2024 le réexamen de sa demande d'asile. Par un arrêté du 5 mars 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, ce préfet a assigné M. C à résidence pour une durée de 45 jours. Dans le cadre de la présente instance, M. C demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur l'étendue du litige :

2. M. C demande notamment l'annulation de la décision du 5 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile. Toutefois, le magistrat statuant dans le délai de quatre-vingt-seize heures prévu à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est compétent que s'agissant des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le pays de destination, l'interdiction de retour sur le territoire français et la décision portant assignation à résidence. Il appartiendra donc au tribunal statuant en formation collégiale de se prononcer, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, sur les conclusions de la requête dirigées contre le refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction afférentes.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

5. Il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n°33-2023-164, a donné délégation à Mme A B, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3°(). ".

7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.

8. Toutefois, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision le plaçant en rétention dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

9. M. C soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de faire utilement valoir ses observations avant l'édiction de l'arrêté litigieux. Toutefois, alors qu'il était loisible à l'intéressé, dans le cadre du dépôt de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, de faire valoir auprès du préfet tout élément pertinent relatif à sa situation personnelle, le cas échéant en complétant son dossier de demande, le requérant n'établit ni même n'allègue avoir été empêché de le faire ou qu'il aurait, en vain, sollicité un entretien avec les services préfectoraux. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ". L'article L. 721-3 du même code dispose que : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". En vertu de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. C soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il existe un risque qu'il soit soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, l'Azerbaïdjan, et que sa pathologie ne pourrait y être prise en charge. Toutefois, un tel moyen est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'une telle mesure d'éloignement n'a ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné du territoire français. En tout état de cause, la demande d'asile de M. C a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2022, contre laquelle il a formé un recours rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 janvier 2023, et sa première demande de réexamen de sa demande d'asile a également été rejetée par l'OFPRA le 29 mars 2023 et par la CNDA le 29 février 2024, soit quelques jours avant l'édiction de l'arrêté en litige. Si M. C a déposé le 5 mars 2024 une deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile, d'une part, les éléments qu'il produit sont, dans leur grande majorité, antérieurs à la décision prise par la CNDA sur sa première demande de réexamen de sa demande d'asile, de sorte que l'intéressé a été en mesure de s'en prévaloir au soutien de cette demande et qu'ils ne sauraient être regardés comme des éléments nouveaux et, d'autre part, les éléments nouveaux dont il se prévaut, soit un article d'un média en ligne intitulé " EDNews " daté du 5 mars 2024 faisant essentiellement état de ses propres déclarations ainsi qu'un article du 6 mars 2024 faisant état de l'arrestation, à la suite de perquisitions, de personnes dont aucun élément ne permet d'établir un lien quelconque avec le requérant, ne sont pas de nature à faire regarder comme établi le risque que l'intéressé soit soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Azerbaïdjan. Enfin, si M. C établit souffrir d'une pathologie chronique, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait bénéficier d'un suivi adapté hors de la France, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son traitement prescrit le 30 juin 2023 au centre hospitalier universitaires de Nantes devait prendre fin après douze semaines et que le suivi de sa pathologie à la suite de ce traitement implique seulement des analyses sanguines. Par suite, ce moyen ne saurait être accueilli.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigne d'office méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans :

13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

14. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France en 2021, soit environ trois ans avant l'édiction de l'arrêté attaqué et qu'il s'est soustrait à l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 8 juin 2023 par le préfet de la Loire-Atlantique. La seule circonstance que l'intéressé souhaiterait rester en France pendant l'examen de sa deuxième demande de réexamen de sa demande d'asile ne saurait, par elle-même, ni être regardée comme une circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour, ni le faire regarder comme possédant des liens avec la France, alors qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant et ne se prévaut d'aucune attache privée ou familiale, ni d'aucune activité professionnelle sur le territoire français. Enfin, et à supposer même que M. C ne se soit pas rendu coupable des infractions mentionnées par le préfet de la Gironde dans l'arrêté litigieux et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, compte tenu de l'absence de liens en France, de la faible ancienneté de séjour qu'il fait valoir et de sa soustraction à une précédente mesure d'éloignement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans méconnaît les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

15. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour pour une durée de deux ans et fixation du pays de destination n'est pas établie. Ainsi, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision assignant M. C à résidence pour une durée de 45 jours serait illégale du fait de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 5 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Les conclusions présentées par M. C à fin d'annulation des décisions du 5 mars 2024 par lesquelles le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées à titre accessoire à ces conclusions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision du 5 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, ainsi que les conclusions à fin d'injonction afférentes, sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

La magistrate désignée,

S. JAOUËN La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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