mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401744 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 11 mars 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 mai 2024, sous le n°2401744, M. D A, représenté par Me Niga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Des pièces complémentaires, non communiquées, ont été reçues le 16 septembre 2024 pour M. A.
II. Par une requête enregistrée le 11 mars 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 26 mai 2024, sous le n°2402898, Mme E B épouse A, représentée par Me Niga, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne,
- et les observations de Me Niga, représentant de M. et Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B épouse A, ressortissants chinois respectivement nés le 9 novembre 1992 et le 5 juin 1994, sont entrés régulièrement en France le 1er avril 2016 en possession d'un visa court séjour valable jusqu'au 23 avril 2016. Mme A a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, par un arrêté du 19 avril 2019 du préfet des Hauts-de-Seine, assortie d'une interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. Les 1er juillet 2022 et 20 novembre 2023, M. et Mme A ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 14 février 2024, le préfet de la Gironde a refusé de les admettre au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur égard une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. A et Mme B épouse A demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2401744 et n° 2402898, présentées respectivement pour M. A et Mme B épouse A, concernent la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
4. Les époux A sont entrés sur le territoire national en 2016 et font état du séjour régulier de la mère et du frère de M. A. S'ils ne sont pas dénués de liens familiaux en France, il ressort toutefois des pièces du dossier que les requérants ne sont pas isolés dans leur pays d'origine où ils ont respectivement vécu jusqu'à l'âge de 21 et 23 ans et où résident le père de M. A ainsi que les parents de Mme A. La circonstance que leur enfant mineur C, né en France le 3 février 2020, soit scolarisé à l'école maternelle de Cenon ne leur confère pas de droit particulier au séjour alors qu'il n'est pas établi ni même allégué que sa scolarisation ne pourrait se poursuivre en Chine ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Par ailleurs, si M. A bénéficie d'une promesse d'embauche datée de 2023 en qualité de cuisinier avec la société Planet Grill Marsan, cette seule circonstance récente ne suffit pas à établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts professionnels en France. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les arrêtés en litige, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les arrêtés litigieux ne sont pas non plus entachés d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation personnelle.
5. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. Les requérants soutiennent que les arrêtés querellés méconnaîtraient l'intérêt supérieur de leur enfant en raison de son état de santé et de sa scolarisation sur le territoire national. Il ressort, en effet, des pièces du dossier que leur enfant mineur est suivi depuis 2023 par le centre hospitalier universitaire de Bordeaux pour une épilepsie débutante et bénéficie, à ce titre, d'un traitement médicamenteux par Micropakine. Toutefois, il n'est pas établi ni même allégué que cet enfant ne pourrait pas faire l'objet d'un suivi médical en Chine ni bénéficier de ce traitement, le cas échéant dans une commercialisation de la même molécule par un laboratoire différent. Il ne ressort pas non plus des dossiers que la scolarité du jeune C en école maternelle ne pourrait se poursuivre dans le pays d'origine de ses parents ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Ainsi, dans la mesure où les arrêtés en litige n'ont pas pour effet de contraindre les requérants à se séparer de leur enfant, les époux A ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués méconnaîtraient les stipulations précitées de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 14 février 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
8. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. et Mme A, leurs conclusions aux fins d'injonction et celles relatives au frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2401744 et 2402898 présentées par M. et Mme A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B épouse A, à M. D A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024 où siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La présidente rapporteure,
C. CABANNE
L'assesseur le plus ancien,
M. PINTURAULT
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2401744, 2402898
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
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