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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401748

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401748

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B, ressortissant malien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire, la délégation de signature étant régulière. Il a également jugé que le préfet n'avait pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, en estimant que l'intéressé ne justifiait pas d'une insertion sociale et professionnelle suffisante. La décision s'appuie sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le code civil et la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, M. D B, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir d'un récépissé l'autorisant à travailler dans cette attente, et à titre subsidiaire, de le munir dans le même délai d'un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;

- cet arrêté a méconnu les dispositions de l'article 47 du code civil dès lors que les documents d'état-civil qu'il a présentés sont authentiques ;

- il a méconnu les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens qu'elle contient n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 23 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Josserand,

- et les observations de Me Chevallier-Chiron, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant malien, est entré en France en 2019, où il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Gironde par un jugement du tribunal judiciaire de Bordeaux du 15 mai 2019 avant de bénéficier à sa majorité de contrats jeunes majeurs conclus avec cette collectivité. Le 16 février 2023, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 octobre 2023 dont, par la présente requête, M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti à M. A C une délégation à l'effet de signer toutes décisions en matière d'éloignement prises en applications des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

4. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour établir son état-civil, M. B a présenté, à l'appui de sa demande de titre, le volet n° 3 d'un acte de naissance n° 415, un extrait de l'acte de naissance n° 415 et une carte consulaire. Pour écarter ces documents considérés comme non probants, le préfet de la Gironde s'est fondé sur un rapport de la police aux frontières du 4 avril 2023, qui a émis un avis défavorable sur ces documents. Il ressort de ce rapport que le volet n° 3 de l'acte de naissance ne comporte pas la mention relative à l'imprimeur et que la découpe réalisée de façon artisanale et non pas en pointillés, mais surtout qu'il est daté du 21 novembre 2017 pour une naissance indiquée le 7 mars 2004 et enregistrée le 14 mars suivant, soit un acte de naissance établi, pour la première fois, plus de treize ans après la naissance de M. B. Ce rapport relève également que l'extrait d'acte de naissance a été établi sur le fondement de cet acte de naissance frauduleux, de même que la carte consulaire, qui ne saurait en tout état de cause être regardée comme un document d'état-civil permettant de justifier l'identité de l'intéressé. Eu égard à ces anomalies, et dès lors que M. B n'apporte aucun élément de nature à établir autrement son identité, il ne peut être regardé comme justifiant de cette identité. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait fait une inexacte application des dispositions du code civil et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées en estimant qu'il ne justifiait pas remplir la condition relative à l'âge fixée par les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il remplit les autres conditions pour se voir délivrer le titre de séjour prévue par les dispositions de cet article L. 423-22, ni de ce que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en ce qui concerne le caractère réel et sérieux de sa formation et de la nature de ses liens en France et dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code civil doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B fait valoir son intégration en France depuis 2019 et son inscription en CAP Maçon, métier sous tension, dont il passera l'examen final à la fin de l'année scolaire 2023-2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée le 26 octobre 2023, le requérant avait été ajourné à son diplôme de CAP au titre de l'année scolaire 2022-2023. En outre, célibataire et sans enfant, il ne justifie pas d'une quelconque insertion familiale ou amicale en France. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquelles il a pris cette décision.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

L. JOSSERANDLe président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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