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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2401749

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2401749

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2401749
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A B, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde refusant le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment l'incompétence du signataire, un défaut de motivation et une méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Le tribunal a écarté ces moyens, jugeant la décision suffisamment motivée et fondée sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, qui estimait qu'un traitement approprié était disponible au Sénégal. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Grenier, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée au regard de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa pathologie ne peut être prise en charge dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 18 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et la motivation ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. H a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B née le 26 mars 1981 à Pikine au Sénégal est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 1er janvier 2020, selon ses déclarations. Elle a été admise au séjour en qualité d'étranger malade par un titre valable du 12 septembre 2022 au 11 septembre 2023. Elle a sollicité le 7 juillet 2023 le renouvellement de son titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 425- 9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un avis du 6 novembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a considéré que si l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Par un arrêté du 23 janvier 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office.

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme G D, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. C F. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressée, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B, la convention du 1er août 1995 relative à la circulation et au séjour des personnes entre le gouvernement de la République Française et le gouvernement de la République du Sénégal modifiée et l'accord franco- sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires du 23 septembre 2006 modifié. Le préfet de la Gironde précise notamment ses dates et conditions d'entrée en France et le précédent titre de séjour dont elle a bénéficié. L'arrêté mentionne l'avis négatif rendu le 6 novembre 2023 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Ensuite, il examine les principaux éléments objectifs et concrets de la vie privée et familiale de l'intéressée avant d'en déduire qu'elle ne satisfait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'elle fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. A cet effet, il mentionne notamment l'absence de ressources propres et d'attache privée ou familiale proche et stable en France, tandis qu'elle ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans et où résident ses deux enfants mineurs ainsi que sa mère et ses deux sœurs. Enfin, si la requérante soutient que le préfet n'a pas sérieusement examiné sa situation dès lors qu'il n'a pas pris en compte sa situation familiale et professionnelle, cette seule circonstance n'est pas de nature à entacher la décision de refus de séjour d'illégalité alors que les circonstances de droit et de fait développées, qui permettent de vérifier que le préfet de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, sont suffisamment développées pour avoir mis utilement Mme B en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Ainsi, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. Il ressort des pièces du dossier que par son avis du 6 novembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que, si l'état de santé de Mme B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle pouvait bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays, et que son état pouvait lui permettre de voyager sans risque vers celui-ci. Si Mme B fait valoir que sa pathologie ne saurait être prise en charge dans son pays d'origine, elle ne produit aucun élément au soutien de ses allégations ni aucune précision complémentaire permettant de remettre en cause l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 6 novembre 2023. Dans ces conditions, le préfet en édictant la décision contestée, n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B, entrée en France le 1er janvier 2020 selon ses déclarations, justifiait d'une présence en France d'une durée supérieure à trois ans. Toutefois, si elle soutient qu'elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade et dispose d'attaches familiales sur le territoire français, elle ne l'établit pas alors que le préfet soutient sans être contredit qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans dans son pays d'origine où résident ses deux enfants mineurs ainsi que sa mère et ses deux sœurs. Dans ces circonstances, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits ou d'erreur manifeste d'appréciation. Ces moyens doivent, par suite, être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. David Katz, président,

M. Damien Fernandez, premier conseiller,

M. Clément Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. H

Le président,

D. KatzLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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