mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401794 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2024 complétée par un mémoire enregistré le 30 avril 2024, M. C B, représenté par Me Landète, demande au tribunal :
1°) de l'admette provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant tel que garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'arrêté contesté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de consultation pour avis de la commission du titre de séjour en dépit de sa présence sur le territoire français depuis au moins dix ans, en méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne le refus de séjour :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistrés le 9 avril 2024 le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. B a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 juin 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne, présidente,
- et les observations de Me Guerin substituant Me Landète, pour M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais né le 14 septembre 1986, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2012. Par trois arrêtés du 19 juin 2013, du 9 février 2015 et du 21 août 2019, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français. Le 27 juin 2022, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision implicite de rejet née du silence gardé sur cette demande a été annulée par jugement du tribunal administratif de Bordeaux du 24 mai 2023. En exécution de l'injonction prononcée par le tribunal, le préfet a procédé au réexamen de cette demande et par un arrêté du 14 février 2024 a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision rendue le 26 mars 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
3. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme H G, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A F et de Mme I E. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 7 février 2024 doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. M. B se prévaut de la présence sur le territoire français de son enfant, M né le 1er septembre 2016 de sa relation avec Mme D, qui réside également sur le territoire français et de laquelle il est séparé. Si, par les pièces produites, le requérant, détenteur de l'autorité parentale conjointe, justifie que son ex-compagne fait obstacle à l'exercice de son droit de visite, il ressort des pièces du dossier que cette dernière, de même nationalité, réside également irrégulièrement sur le territoire français En conséquence, la présence du jeune J ne lui confère aucun droit particulier à demeurer en France. S'il fait valoir également qu'il a engagé une procédure juridictionnelle en vue de faire respecter ses droits parentaux, l'intéressé ne démontre pas ne pas disposer de la faculté de se faire représenter. Il n'établit pas également disposer d'autre liens personnels anciens et stables en France. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, l'arrêté attaqué ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour () " Aux termes de l'article L. 432-13 de ce code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. "
9. En l'espèce, et d'une part, les éléments produits par M. B ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait, comme il le prétend, été présent sur le territoire français de manière habituelle pendant une période de dix années au moins à la date à laquelle la décision contestée a été prise, de sorte qu'il n'est pas fondé à soutenir que cette décision, en tant qu'elle refuse sa demande formée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour. D'autre part, dès lors que M. B ne démontre pas, pour les raisons exposées ci-après, qu'il remplit effectivement les conditions définies par l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir une carte de séjour au titre du maintien de ses liens privés et familiaux, il n'est pas davantage fondé à soutenir que l'administration aurait dû saisir la commission du titre de séjour avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour sur ce fondement.
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour :
10. En premier lieu, pour refuser d'admettre le requérant au séjour, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la durée et les conditions de son séjour sur le territoire français et notamment, la circonstance que M. B s'y maintient en situation irrégulière en dépit de précédentes mesures d'éloignement. Il a également pris en considération la présence en France de son fils mineur, mais a conclu que dès lors que la mère de cet enfant, également de nationalité congolaise, ne dispose d'aucun droit au séjour en France, leurs présences ne lui conféraient aucun droit particulier à obtenir un titre de séjour. Enfin, le préfet de la Gironde a considéré qu'il n'était pas établi que M. B réside en France de manière continue depuis dix ans, et qu'il ne dispose d'aucunes ressources financières propres. Si, ainsi que le requérant le soutient, le préfet a commis une erreur dans l'identification du sexe de son enfant, ce seul élément n'est pas de nature à révéler un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".
14. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, l'autorité administrative doit d'abord vérifier si des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifient la délivrance d'une carte portant la mention "vie privée et familiale", ensuite, en cas de motifs exceptionnels, si la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" est envisageable. Un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
15. La situation personnelle de M. B, telle qu'exposée au point 5, ne constitue pas un motif exceptionnel ou des considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation. Ce moyen doit donc être écarté.
Sur les autres conclusions de la requête :
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 2 octobre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. K et M. L, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
C. CABANNE
L'assesseur le plus ancien,
M. K
La greffière,
M-A. PRADAL
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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