vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2401796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu les procédures suivantes :
Par une requête, enregistrée le 13 mars 2024, M. H B, représenté par Me Landete, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler en toutes ses dispositions l'arrêté pris par la préfecture de la Gironde le 21 février 2024 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour ;
2°) d'en tirer toutes les conséquences de droit ;
3°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de la Gironde de lui délivrer, une carte de séjour temporaire portant la mention " étranger malade " ;
4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation administrative ;
5°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, avec application du bénéfice des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'une incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que la préfecture ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée et complète ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.
Par une ordonnance du 18 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mounic, rapporteure ;
- et les observations de Me Guérin, substituant Me Landete, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. H B, né le 1er septembre 1989, de nationalité algérienne, est entré en France selon ses déclarations, le 31 octobre 2019. Le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire, par arrêté du 23 juin 2021, confirmé par le tribunal administratif de Bordeaux dans son jugement n° 2204650 du 15 mars 2023 puis la cour administrative d'appel dans son ordonnance n° 23BX01222 du 17 août 2023. Il a fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire par arrêté du 7 janvier 2022 suite à une interpellation. Le 16 octobre 2023, il a sollicité la délivrance d'un premier titre dans le cadre des dispositions de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de deux ans.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire
2. Par une décision du 21 mai 2024, M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire de l'intéressé.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164 le même jour, donné délégation à Mme F E, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D et de Mme G C. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : / ( ) 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale ".
5. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un algérien qui en fait la demande au titre des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale en Algérie. Lorsque le défaut de prise en charge médicale risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le certificat de résidence algérien sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause en Algérie. Si de telles possibilités existent mais que l'algérien fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie.
6. Il ressort des termes de l'avis émis le 26 décembre 2023 par le collège des médecins de l'OFII, repris dans l'arrêté attaqué, que les médecins ont considéré que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé algérien, bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine et voyager sans risque vers l'Algérie. Il résulte des certificats médicaux produits que le requérant souffre d'épilepsie, probablement myoclonique juvénile pour laquelle il suit un traitement à base de Keppra 500mg. Si le requérant produit des certificats rédigés par quatre pharmaciens exerçant en Algérie indiquant que le produit Keppra n'est pas disponible dans ce pays, la nomenclature nationale des produits pharmaceutiques disponibles en Algérie en 2023, versée au dossier par le préfet, recense l'existence du Keppra. Ainsi, les seuls certificats pharmaceutiques produit par le requérant ne suffisent pas à contredire l'appréciation portée par le collège de médecins de l'OFII. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien, le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Gironde du 21 février 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, leurs conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais qu'il a exposé et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Delvolvé, président-rapporteur,
M. Naud, premier conseiller,
Mme Mounic, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.
La rapporteure,
S. MOUNIC Le président,
Ph. DELVOLVÉ
Le greffier,
A. PONTACQ
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Nos 2306288
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