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Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402053

mercredi 4 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVIGREUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2024, Mme S... C..., représentée par Me Vigreux, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 20 février 2024 par lequel le président de la communauté de communes du Sud Gironde lui a infligé une sanction d’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de trois mois, assortie d’un sursis partiel d’un mois ;

2°) d’enjoindre à la communauté de communes du Sud Gironde d’effacer toute mention de cette sanction dans son dossier administratif, y compris les actes pris au titre de sa suspension de fonctions, qui sont en lien direct avec la procédure disciplinaire diligentée à son encontre ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Sud Gironde la somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision en litige est entachée d’un vice de procédure, en méconnaissance des dispositions de l’article 30 du décret du 17 avril 1989 relatif aux commissions administratives paritaires des collectivités territoriales et de leurs établissements publics ;

- elle est fondée sur des faits matériellement inexacts et qui ne présentent pas de caractère fautif ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation en tant qu’elle lui impute à tort la responsabilité de la situation de souffrance au travail vécue par certains agents placés sous son encadrement ;
- à titre subsidiaire, la sanction qui lui a été infligée est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2024, la communauté de communes du Sud Gironde, représentée par Me Saint-Martin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros (3 600 euros TTC) soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme C... dès lors que la sanction d’exclusion temporaire de fonctions prononcée à son encontre a été entièrement exécutée ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par Mme C... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lucas, rapporteure,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- et les observations de Me Choplin, représentant la communauté de communes du Sud Gironde.


Considérant ce qui suit :

1. Mme S... C..., infirmière de classe normale, exerçait les fonctions de directrice du multi-accueil collectif et familial (MACFA) de Saint-Pierre-de-Mons (Gironde) depuis 2017. Par un arrêté du 20 février 2024, le président de la communauté de communes du Sud Gironde lui a infligé une sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de trois mois, assortie d’un sursis partiel d’un mois, sanction disciplinaire du troisième groupe.

Sur l’exception de non-lieu opposée par la communauté de communes du Sud Gironde :

2. Si la communauté de communes du Sud Gironde fait valoir que la sanction disciplinaire infligée à Mme C... a été entièrement exécutée entre le 1er mars et le 30 avril 2024, cette circonstance n’est pas de nature à priver d’objet les conclusions à fin d’annulation présentées par la requérante contre cette décision, qui n’a pas été retirée ni abrogée et a produit des effets, notamment en la privant de sa rémunération pendant deux mois. Par suite, l’exception de non-lieu opposée doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. / (…) ». Aux termes de l’article L. 533-1 du même code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / (…) / 3° Troisième groupe : / (…) / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans / (…) ».

4. Il incombe à l’autorité investie du pouvoir disciplinaire d’établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Pour infliger à Mme C... une sanction d’exclusion temporaire de fonctions d’une durée de trois mois, assortie d’un sursis partiel d’un mois, le président de la communauté de communes du Sud Gironde s’est fondé sur les motifs tirés, d’une part, d’une « utilisation de son autorité à des fins autres que celles pour lesquelles ces pouvoirs lui ont été confiés (décisions arbitraires, différences de traitement, communication intempestive pendant les arrêts maladie et ingérence dans la vie privée des agents) » et, d’autre part, d’ « agissements répétés de vexations, actes de violence verbales, agressivité ayant entraîné une altération de la santé physique et mentale de certains agents ».

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C..., en sa qualité de directrice du MACFA de Saint-Pierre-de-Mons, encadrait un total de vingt agents, parmi lesquels deux adjointes, neuf agents faisant fonction d’auxiliaires de puériculture, deux agents d’entretien, une cuisinière et six assistantes maternelles. Il lui incombait notamment, en tant que directrice, de se prononcer sur les demandes de congé formulées par les agents placés sous son autorité. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle aurait, dans l’exercice de cette mission, traité différemment les demandes émanant de certains agents. A cet égard, s’il ressort d’un témoignage de Mme I..., agente placée sous sa direction, que Mme C... a d’abord refusé de lui accorder un jour de congé sollicité pour se rendre à un rendez-vous médical, la requérante soutient sans être contredite que ce refus était motivé par des raisons de service et que le congé sollicité lui a finalement été accordé. En outre, si Mme I... fait grief à la requérante de ne pas lui avoir permis de quitter le service dix minutes plus tôt afin de se rendre à un rendez-vous médical, ce refus n’excède pas les limites de l’exercice normal du pouvoir hiérarchique, alors au demeurant que Mme C... a finalement fait droit à la demande de l’agente. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que Mme C... aurait, dans l’exercice de ses fonctions, pris des décisions arbitraires. Les ordres émis en vue d’assurer le bien-être et la sécurité des enfants confiés relèvent ainsi notamment de l’exercice normal de ses fonctions. Par ailleurs, s’il est reproché à la requérante de contacter de manière intempestive certains agents placés en congé de maladie, cette circonstance ne ressort que du témoignage de Mme N..., assistante maternelle exerçant au sein du MACFA. Il n’est au demeurant pas contesté que la pratique consistant à contacter les agents placés en arrêt de maladie pour s’enquérir de leur date de retour dans le service est justifiée par les nécessités de l’organisation du service et ne saurait ainsi à elle seule constituer une faute. Enfin, les ingérences alléguées de Mme C... dans la vie privée des agents placés sous son autorité ne sont pas établies par les pièces du dossier.

7. En outre, si l’arrêté en litige fait état d’agissements répétés de vexations, d’actes de violence verbale et d’agressivité ayant entraîné une altération de la santé physique et mentale de certains agents, cette appréciation repose sur des faits qui ont été énoncés en termes généraux dans le rapport d’audit d’une psychologue du travail, sans pouvoir être rattachés à un ou plusieurs évènements ou éléments précis évoqués dans les témoignages recueillis au cours de cette enquête ou communiqués dans la présente instance. Même s’il apparaît au vu des pièces du dossier que le management de Mme C... était inadapté, en raison notamment d’un comportement particulièrement lunatique, les pièces produites ne sont pas suffisantes pour établir que cette défaillance se serait traduite par des agissements répétés de vexations, d’actes de violence verbales et d’agressivité ayant entraîné une altération de la santé physique et mentale de certains agents. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que les faits qui lui sont reprochés et qui fondent la sanction disciplinaire en litige ne sont pas suffisamment établis.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que Mme C... est fondée à demander l’annulation de la décision du 20 février 2024 lui infligeant une sanction disciplinaire.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

9. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement que la communauté de communes du Sud Gironde procède à l’effacement de la mention de la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions infligée à Mme C... dans son dossier administratif dans un délai d’un mois à compter de la notification de ce jugement. En revanche, elle n’implique pas l’effacement de la décision de suspension prise à l’encontre de la requérante le 11 juillet 2023, qui n’a pas été contestée et est ainsi devenue définitive.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la communauté de communes du Sud Gironde soit mise à la charge de Mme C..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes du Sud Gironde la somme de 1 500 euros à verser à Mme C... sur le fondement de ces dispositions.


D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 20 février 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la communauté de communes du Sud Gironde de procéder à l’effacement de la mention de la sanction infligée à Mme C... dans son dossier administratif, dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La communauté de communes du Sud Gironde versera à Mme C... la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme S... C... et à la communauté de communes du Sud Gironde.


Délibéré après l'audience du 14 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,
Mme Lahitte, première conseillère,
Mme Lucas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2026.


La rapporteure,





E. LUCAS




La présidente,





C. CABANNE

La greffière,




H. MALO


La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,