mardi 29 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402123 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 mars 2024, M. A B, représenté par Me Chrétien, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer dans un délai de huit jours et sous la même astreinte, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le signataire de l'arrêté attaqué ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il est disproportionné au regard des conditions prévues par les articles 8-5° et 15-11° de la directive 2014-36/UE du Parlement européen et du conseil du 26 février 2014
La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas produit d'observation en défense.
Par une ordonnance du 29 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Josserand a été entendu au cours de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain, est entré en France le 24 octobre 2021 muni d'un visa long séjour. Il a obtenu le 22 février 2022 une carte de séjour pluriannuelle en qualité de travailleur saisonnier valable jusqu'au 21 avril 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 21 septembre 2023. Par un arrêté du 13 mars 2024 dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ".
3. Pour refuser le renouvellement de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " saisonnier " de M. B, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que celui-ci est demeuré sur le territoire français durant une période cumulée supérieure à six mois par an et qu'il y a établi sa résidence habituelle en méconnaissance des engagements qu'il avait pris conformément aux dispositions précitées de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. M. B soutient qu'il n'avait pas compris les conditions prévues par les dispositions précitées. Il fait également valoir qu'il bénéficie d'une autorisation de travail dans un secteur sous tension et qu'il n'est jamais resté plus de six mois consécutifs en France. Toutefois, il ne conteste pas sérieusement être seulement retourné au Maroc du 22 avril au 15 mai 2022, du 5 octobre au 20 novembre 2022 puis du 2 au 13 avril 2023, soit pour des périodes respectives de 23, 46 et 11 jours, en dehors desquelles il s'est maintenu en France. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de procéder au renouvellement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
5. En second lieu, si le requérant entend se prévaloir des dispositions de la directive 2014/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 février 2014 établissant les conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers aux fins d'un emploi en tant que travailleur saisonnier, ladite directive a en tout état de cause été transposée en droit interne par la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels (article 86), la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France, le décret n° 2016-1456 du 28 octobre 2016 pris pour l'application de la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016 et portant diverses dispositions relatives à l'entrée, au séjour et au travail des étrangers en France ainsi que par l'arrêté du 28 octobre 2016 fixant la liste des pièces à fournir pour l'exercice, par un ressortissant étranger, d'une activité professionnelle salariée. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette directive par la décision attaquée doit donc être écarté comme inopérant.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chrétien et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Bourgeois, président,
- Mme Jaouën, première conseillère,
- M. Josserand, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.
Le rapporteur,
L. JOSSERAND Le président,
M. BOURGEOIS
La greffière,
L. SIXDENIERS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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