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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402220

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402220

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402220
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 et 11 avril 2024, M. C A, représenté par Me Atger, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités suédoises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à lui verser en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où la demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme uniquement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé et il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ; en particulier, la lecture de l'arrêté ne permet pas d'identifier le critère en application duquel la Suède a été désignée comme Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 faute pour le préfet d'établir que les informations prévues lui ont été délivrées dans une langue qu'il comprend ;

- il n'est pas établi qu'il a bénéficié de l'entretien prévu par l'article 5 du règlement précité ; il n'est pas non plus établi, à supposer que cet entretien ait eu lieu, que M. A a été entendu par une personne ayant les qualifications nécessaires au sens de l'article 4 de la directive 2013/32/UE dite Procédure ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions des articles 23 et 26 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors que le préfet n'établit pas avoir saisi les autorités suédoises de sa reprise en charge, ni ne prouve l'acceptation de cette dernière ;

- le préfet a commis une erreur de fait en désignant la Suède comme Etat membre responsable et, par suite, une erreur de droit au regard de l'article 7 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 car il a déposé sa première demande d'asile en Hongrie qui était l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile ; l'acceptation de sa responsabilité par la Suède, désignée à tort, est sans incidence sur la détermination de l'Etat membre responsable ; l'article 18 du règlement ne peut fonder une telle responsabilité ;

- plusieurs questions préjudicielles pourraient être posées à la Cour de justice de l'Union européenne ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 en raison des risques auxquels il est exposé en cas de retour en Afghanistan ;

- l'article 17 du règlement n'a pas été mis en œuvre, que ce soit par les autorités françaises ou suédoises ;

- l'absence de saisine des autorités hongroises implique que la France est responsable de l'examen de sa demande d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les règlements (UE) n° 603/2013 et n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Atger, représentant M. A, absent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, né le 29 juillet 1993 à Kaboul (Afghanistan), déclare être entré en France le 10 janvier 2024. Le 18 janvier suivant il a sollicité le bénéfice de l'asile en se présentant à la préfecture de Seine-et-Marne. Ce même jour, la consultation du fichier Eurodac effectuée à partir du relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait auparavant déposé des demandes d'asile en Hongrie puis en Suède. Saisies le 4 mars 2024 d'une demande de reprise en charge fondée sur l'article 18.1.b du règlement (UE) n° 604/2013, les autorités suédoises ont répondu positivement le 6 mars 2024 sur le fondement de l'article 18.1.d de ce règlement. Le préfet de la Gironde, estimant que la Suède était l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A, a pris à son encontre un arrêté en date du 18 mars 2024 portant transfert aux autorités suédoises dont le requérant demande l'annulation.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du second alinéa de l'article L. 742-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / () ".

4. L'arrêté contesté vise les textes pertinents dont il est fait application, dont le règlement (UE) n° 604/2013. Le préfet a indiqué que les autorités suédoises ont été désignées responsables de l'examen de la demande d'asile de M. A en raison des précédentes demandes d'asile qu'il a déposées en Suède et révélées par la consultation du fichier Eurodac. Par ailleurs, la situation privée et familiale de M. A a été précisée. Dans ces conditions, l'arrêté est suffisamment motivé en droit et en fait. Il ne s'évince pas de cette motivation que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : /a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; /b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; /c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; /d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / (). /2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle il décide le transfert de l'intéressé dans l'État membre responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a attesté avoir reçu le 18 janvier 2024, lors de son entretien en préfecture de Seine-et-Marne intervenu dès le début de la procédure, les brochures A " J'ai demandé l'asile dans l'Union Européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " en version dari, langue qu'il a déclaré comprendre. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article 4 précitées du règlement (UE) n° 604/2013.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / 5. L'entretien a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'Etat membre qui mène l'entretien rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. () ". L'article 35 de ce règlement dispose que : " 3. Les autorités visées au paragraphe 1 reçoivent la formation nécessaire en ce qui concerne l'application du présent règlement ". L'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ". Aux termes de l'article 4 de la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " () 2. Les États membres peuvent prévoir qu'une autorité autre que celle mentionnée au paragraphe 1 est responsable lorsqu'il s'agit : / a) de traiter les cas en vertu du règlement (UE) no 604/2013 () / 4. Lorsqu'une autorité est désignée conformément au paragraphe 2, les États membres veillent à ce que le personnel de cette autorité dispose des connaissances appropriées ou reçoive la formation nécessaire pour remplir ses obligations lors de la mise en œuvre de la présente directive. ". Aux termes du point 53 du préambule de cette même directive : " La présente directive ne s'applique pas aux procédures entre États membres régies par le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride. ".

9. D'une part, s'il ne résulte ni des dispositions citées au point 8 ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été " mené par une personne qualifiée en vertu du droit national " M. A a bénéficié d'un entretien individuel en préfecture de Seine-et-Marne le 18 janvier 2024 réalisé par un agent de la préfecture, personne qualifiée en vertu du droit national, avec le concours téléphonique d'un interprète en dari salarié d'ISM Interprétariat, organisme agréé. Cet entretien s'est déroulé " dans un endroit confidentiel et privé à l'écart de tout public ". Par suite, cet entretien a été mené dans des conditions respectant les exigences citées au point précédent.

10. D'autre part, la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 a pour objet d'établir des procédures communes d'octroi et de retrait de la protection internationale en vertu de la directive 2011/95/UE et non de définir la procédure de détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande de protection internationale, laquelle est régie par les stipulations du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ainsi, l'entretien personnel visé par la directive précitée, relatif au fond de la demande de protection internationale, n'a pas un objet identique à celui mené au titre de l'article 5 du règlement susvisé, lequel, s'inscrivant dans le processus de détermination de l'État responsable de ladite demande, prévoit bien qu'il est mené par une personne qualifiée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 4 précité de la directive n° 2013/32/UE est inopérant et doit être écarté.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 inséré au sein du chapitre III relatif aux critères de détermination de l'Etat membre responsable : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou pas un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux (). La demande est examinée par un seul Etat membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen ". Selon le 2 de l'article 7 de ce règlement : " La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre ". Aux termes du 1 de l'article 18 du même règlement : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () / b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; / () / d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ". Aux termes du 1 de l'article 23 du même règlement : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne () ". Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé en grande chambre dans l'arrêt du 2 avril 2019, Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie c/ H. et a., C-582/17 et C-583/17, dans les cas visés à l'article 23, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013, les autorités compétentes concernées ne sont pas tenues, avant de présenter une requête aux fins de reprise en charge à un autre État membre, de déterminer, sur la base des critères de responsabilité établis par ce règlement, si ce dernier État membre est responsable de l'examen de la demande. Toutefois, un État membre ne saurait, conformément au principe de coopération loyale, valablement formuler une requête aux fins de reprise en charge, dans une situation couverte par l'article 20, paragraphe 5, du même règlement, lorsque la personne concernée a transmis à l'autorité compétente des éléments établissant de manière manifeste que cet État doit être considéré comme étant l'État membre responsable de l'examen de la demande en application de ces critères de responsabilité. Par ailleurs, les dispositions de l'article 3 impliquent ont seulement pour objet de fixer l'économie générale des mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la demande d'asile dans le cadre d'une prise en charge.

12. En l'espèce, il ressort du résultat de consultation de la base Eurodac que M. A a déposé une première demande d'asile en Hongrie le 11 juillet 2015. Le 28 juillet 2015, il présentait une deuxième demande d'asile en Suède, puis une troisième le 25 avril 2022. Si M. A soutient que la Hongrie devait être destinataire de la demande de reprise en charge en lieu et place de la Suède au motif que c'est dans cet Etat qu'il a déposé sa première demande d'asile, les dispositions de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 impliquent seulement qu'il incombait à la Hongrie de mener à son terme le processus de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen de la première demande d'asile.

13. Le 4 mars 2024, les autorités françaises ont saisi leurs homologues suédoises d'une demande de reprise en charge de M. A sur le fondement de l'article 18.1.b du règlement (UE) n° 604/2013 au motif qu'il avait introduit une demande d'asile en Suède le 26 avril 2022. Les autorités suédoises ont explicitement accepté la reprise en charge le 6 mars 2024 sur le fondement de l'article 18.1.d. Dès lors que cette reprise en charge n'était pas couverte par l'article 20 paragraphe 5 du même règlement, les autorités françaises n'avaient pas à prendre en compte les critères de responsabilité établis par le chapitre III de ce règlement et le requérant ne saurait ainsi utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 7, paragraphe 2 du même règlement. Par suite, en prenant l'arrêté attaqué, le préfet n'a commis ni erreur de fait, ni erreur de droit en prenant l'arrêté de transfert vers la Suède.

14. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

15. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations.

16. M. A se prévaut de son appartenance à la communauté hazara pour soutenir que son transfert en Suède l'exposerait, par ricochet, à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de renvoi en Afghanistan par ce dernier Etat. Toutefois, la Suède étant un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces conventions. En l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe en Suède des défaillances systémiques dans le traitement des demandeurs d'asile et alors que l'intéressé ne fait état d'aucun élément particulier susceptible d'établir qu'il serait soumis dans ce pays à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le préfet n'a ni méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 en décidant de son transfert vers la Suède.

17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de saisir la Cour de justice de l'Union européenne de questions préjudicielles, que les conclusions en annulation de l'arrêté du 18 mars 2024 ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction, d'astreinte et relatives au frais d'instance :

18. Le présent jugement rejetant les conclusions en annulation de l'arrêté du 18 mars 2024, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et relatives aux frais d'instance doivent être rejetées par voie conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 avril 2024.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

H. B H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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