lundi 15 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402352 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 5 et 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lanne, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde, l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour dans son ensemble :
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avoir saisi pour complément d'information les services de la police nationale ou les unités de la gendarmerie nationale compétents, ainsi que le procureur de la république aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires données aux mentions figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), conformément à l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ; cette circonstance est de nature à le priver d'une garantie ;
- les mentions aux TAJ ne sauraient suffire à caractériser la menace à l'ordre public ; par ailleurs il conteste avoir commis les faits évoqués par le préfet.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée dès lors que la motivation est stéréotypée et lacunaire ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne ressort pas des mentions de l'arrêté que le préfet aurait étudié son droit au séjour, alors qu'il est père d'un enfant français dont il justifie contribuer à l'entretien et à l'éducation ; il ne justifie pas avoir vérifié s'il exerce l'autorité parentale ;
- le préfet ne pouvait pas prononcer d'obligation de quitter le territoire français car les stipulations de l'article 6. 4° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 lui ouvrent droit à un titre de plein droit.
En ce qui concernent les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il est présent en France depuis six ans, justifie d'une activité professionnelle, justifie d'exercer l'autorité parentale sur son enfant.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence
- il méconnait les dispositions de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne comporte aucune motivation sur les éléments qui démontrent l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'établit pas que l'éloignement demeure une perspective raisonnable.
Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Mounic, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 avril 2024 :
- le rapport de Mme Mounic,
- les observations de Me Lanne, représentant M. A, qui verse au dossier la pièce d'identité du fils de M. A en réponse au mémoire de la préfecture qui soutient que les photographies jointes au dossier représentent un enfant de sexe féminin.
En l'absence du préfet de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, de nationalité algérienne est entré en France en 2018. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour pendant une durée de trois ans. Par un arrêté du même jour, le préfet l'a assigné à résidence dans le département de la Gironde. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 5 avril 2024.
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ".
3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il est constant que M. A est parent d'un enfant français né le 18 novembre 2020 et qu'il a reconnu par anticipation le 8 juillet 2020, fruit de son union avec une ressortissante française. S'il est constant que le couple s'est séparé peu après sa naissance, il ressort toutefois des pièces du dossier, que le requérant a lui-même sollicité le 27 septembre 2022, le juge aux affaires familiale de Marmande, afin de fixer les règles de résidence de l'enfant et que par un jugement en date du 27 mars 2023, la résidence de l'enfant a été fixée au domicile de la mère et qu'un droit de visite lui a été octroyé à raison d'un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires, et qu'une pension alimentaire a été fixée à 150 euros. Or contrairement à ce que soutient la préfecture, le requérant qui fournit une dizaine de photographie avec son fils à différents âges et non pas avec un enfant de sexe féminin comme en atteste la pièce d'identité de son fils versée au dossier, ainsi qu'une attestation de présence lors d'un rendez-vous chez un orthoptiste en septembre 2023, et une attestation de la mère de l'enfant qui confirme qu'il a versé une pension alimentaire au moins jusqu'en septembre 2023, avant son incarcération suite à une peine de quatre mois pour vol avec violence sans incapacité, au cours de laquelle le versement a été interrompu faute de ressources, ainsi que quelques factures, établit ainsi exercer, au moins partiellement, l'autorité parentale à l'égard de son fils et contribuer à son entretien. Il s'ensuit que les liens familiaux en France de M. A sont tels que l'obligation de quitter le territoire qui aurait pour effet de l'éloigner de son fils français, qui a vocation à rester en France, en porterait à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu regard aux motifs de la décision. Par suite, en l'obligeant à quitter le territoire, le préfet de la Gironde a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée et, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans ainsi que de l'arrêté du 5 avril 2024 portant assignation à résidence.
Sur les frais liés au litige :
7. Ainsi qu'il a été dit au point 3, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Lanne, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lanne de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée au requérant.
DÉCIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les arrêtés du préfet de la Gironde du 5 avril 2024 sont annulés.
Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lanne renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, l'Etat versera à Me Lanne, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2024.
La magistrate désignée,
S. MOUNIC La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026