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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402518

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402518

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de Mme C, ressortissante étrangère, contestant l'arrêté préfectoral du 29 mars 2024 lui refusant un titre de séjour pour raisons de santé, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. La requérante invoquait notamment une procédure irrégulière devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens, estimant que la procédure était régulière et que la décision n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, la requête a été rejetée, y compris les conclusions accessoires et celles fondées sur l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 avril 2024 et 24 juin 2024, Mme A C, représentée par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente un récépissé de demande de titre de séjour ou l'autorisation provisoire de séjour prévue par l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) d'ordonner avant dire droit la communication par l'Office français de l'immigration et de l'intégration de l'entier dossier la concernant, comprenant le rapport médical et les éléments sur lesquels s'est basé le collège de médecins pour estimer qu'elle peut être traitée et prise en charge médicalement dans son pays d'origine et notamment les fiches " MEDCOI " ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que ce médecin a transmis le rapport médical au collège de médecins et que le préfet a été informé de cette transmission, en application de l'article R. 425-12 du même code ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le collège de médecins ayant émis un avis sur son état de santé était composé de trois médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège, en application de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins comporte l'ensemble des éléments prévus par l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée ;

- elle est insuffisamment motivée en droit ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 611-1 4° et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas démontré que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait rejeté sa demande d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le pays de destination :

- la décision portant obligation de quitter le territoire étant illégale, la décision fixant le pays de retour doit être annulée.

Par des observations en réponse et des pièces enregistrées le 22 mai 2024 et le 28 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que la requérante n'encoure aucun risque d'une exceptionnelle gravité en cas d'absence de soins et que les soins nécessités par son état de santé sont disponibles dans le pays d'origine de l'intéressée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 27 juin 2024.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Katz a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante arménienne née en 1957, est entrée en France le 16 juillet 2023 munie de son passeport revêtu d'un visa court séjour délivré par la Grèce et valable jusqu'au 8 août 2023. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile le 18 août 2023, qui lui a été refusé par une décision du 15 novembre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée. Mme C a par ailleurs sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le 31 octobre 2023, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 mars 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être renvoyée.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision, dont la motivation n'a pas à être exhaustive, mentionne les textes applicables à la situation de Mme C ainsi que les éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée, notamment la circonstance que si le défaut de prise en charge médicale de la requérante est susceptible d'entraîner des conséquences exceptionnelles sur son état de santé, elle peut effectivement accéder à un traitement approprié dans son pays d'origine, qu'elle est démunie de ressources personnelles et ne justifie pas d'une ancienneté significative en France, que son époux fait l'objet d'une mesure d'éloignement sur le territoire, que son fils majeur y réside légalement et que d'autres membres de sa fratrie résident à l'étranger. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ". L'article R. 425-12 du même code dispose que : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins " et son article R. 425-13 prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical (), un collège de médecins désigné pour chaque dossier () émet un avis (). / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical, établi le 31 janvier 2024 par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), a été transmis au collège de médecins le 15 février 2024 et que l'avis qui en est issu a été transmis au préfet de la Gironde par bordereau de transmission du directeur général de l'OFII du 20 février 2024, mentionnant la date de transmission du rapport médical au collège de médecins de l'office. Le collège de médecins de l'office ayant examiné la situation de la requérante était composé de trois médecins du service médical de l'OFII et ce collège ne comprenait pas le médecin rapporteur. En outre, il ne résulte pas de l'avis du collège de médecins qu'il ne serait pas conforme au modèle mentionné à l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 et figurant à l'annexe C de cet arrêté. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. En troisième lieu, pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, le préfet de la Gironde s'est notamment fondé sur l'avis émis le 20 février 2024 par le collège de médecins de l'OFII qui précisait que si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressée peut effectivement bénéficier, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Arménie, d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport médical transmis à l'OFII ainsi que des comptes-rendus médicaux qui l'accompagnent que Mme C a déclaré d'une part être porteuse d'un méningiome d'allure calcifié de la convexité frontale gauche et d'autre part d'une thrombose des membres inférieurs. S'agissant du méningiome, il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de la requérante ne nécessite pas d'intervention chirurgicale mais un simple suivi radiologique annuel avec éventuelle consultation d'un neurochirurgien en cas de complication, éléments qui sont par ailleurs confirmés par une attestation médicale du 6 mars 2024, établie par un neurochirurgien postérieurement à l'avis de l'OFII, qui ne note aucune aggravation de l'état de santé de l'intéressée. Si Mme C soutient que les établissements susceptibles de la prendre en charge sont éloignés de son domicile, elle ne justifie pas, par la production d'une capture d'écran indiquant un temps de trajet de deux heures entre son village d'origine et la ville de Yerevan où se situent des services en imagerie et neurochirurgie, qu'elle serait dans l'impossibilité d'accéder effectivement à ses soins dans son pays d'origine. Par ailleurs, si Mme C se prévaut de ce que son traitement comprend un médicament non disponible en Arménie, le Kardégic, ce qui est confirmé par une attestation du ministre de la santé de son pays d'origine, il n'est pas utilement contesté par la requérante, d'une part de ce que ce médicament n'est pas nécessaire à la prise en charge de sa pathologie et constitue un simple traitement préventif de la survenance d'accidents vasculaires, d'autre part de ce qu'il existe dans son pays d'origine des médicaments génériques qui seraient substituables à celui-ci ainsi qu'il ressort de la fiche extraite de la base de données MedCOI (Medical Country of Origin Information), système d'information financé par l'Union européenne, produite au soutien de la défense. S'agissant de la thrombose, l'OFII soutient que le défaut de prise en charge de cette pathologie n'entraînerait pas de conséquences d'une particulière gravité sur l'état de santé de l'intéressée et que, en tout état de cause, un traitement est effectivement disponible dans son pays d'origine. Il ressort en effet de l'attestation médicale du 26 mars 2024, établie postérieurement à l'avis de l'OFII, que Mme C ne présente en réalité aucun signe de thrombose veineuse profonde superficielle actuellement évolutive ou séquellaire aux membres inférieurs mais est porteuse de calibres variqueux conséquents pour lesquels " il y aurait indication à une prise en charge chirurgicale par technique thermique endoveineuse des troncs curaux incontinents ". La seule circonstance que Mme C a effectivement pris rendez-vous pour réaliser cette intervention, planifiée au 23 mai 2024, ne suffit pas à démontrer la gravité d'un défaut de prise en charge. En tout état de cause, l'intéressée ne démontre pas, ainsi qu'il a été dit plus haut, qu'elle ne disposerait pas d'un accès effectif à l'un des praticiens spécialisés dont celui indiqué par l'OFII dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, sans qu'il soit nécessaire d'ordonner avant dire droit une mesure d'instruction.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C est entrée récemment sur le territoire français. L'intéressée n'a pas d'enfant à charge et son conjoint, présent également sur le territoire français, fait l'objet d'une mesure d'éloignement. La seule circonstance que son fils majeur réside en France avec sa compagne et ses enfants sous couvert d'une carte de résident ne suffit pas à lui ouvrir un droit au séjour alors qu'elle ne verse par ailleurs aucune pièce de nature à démontrer l'intensité de ses liens avec ceux-ci. En outre, Mme C ne démontre pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où elle a vécu soixante-six ans et où réside l'une de ses sœurs, ou encore avec la Russie et la Bulgarie où résident d'autres membres de sa fratrie. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 6, si Mme C justifie de ce qu'elle va subir une opération chirurgicale en mai 2024 ne suffit pas à lui ouvrir un droit au séjour. Dans ces conditions, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à en exciper l'illégalité pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

11. Il ressort des termes de la décision litigieuse, dont la motivation n'a pas à être distincte de celle portant refus de séjour, que celle-ci comporte les éléments relatifs à la situation de l'intéressée, ainsi qu'il a été développé au point 3. Par ailleurs, la décision mentionne en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable, notamment les articles L. 611-1 3° et L. 612-1, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

12. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". En revanche, aux termes de l'article L. 542- 2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : /1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531- 25 () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de Mme C, le préfet de la Gironde s'est fondé, non pas sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile citées au point précédent mais sur celles du 3°. En tout état de cause, il ressort de la fiche Telemofpra produite en défense que la demande d'asile de Mme C a été rejetée par l'OFPRA le 15 novembre 2023, décision notifiée le 23 novembre 2023, qui a statué en procédure accélérée en application des dispositions de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il est en effet constant que l'Arménie figure sur la liste des pays d'origine sûrs mentionnée par l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie dans les conditions fixées par l'article L. 531-25 de ce code. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer que Mme C n'avait plus droit au séjour en application des dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 611-1 4° et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, et alors qu'il ressort de ce qui a été dit au point 6 qu'il n'est pas démontré que l'opération chirurgicale programmée pour mai 2023 serait indispensable à l'état de santé de l'intéressée, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation de la requérante.

Sur la décision fixant le pays de retour :

16. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à en exciper l'illégalité pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de retour.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Pather et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

D. Katz L'assesseur le plus ancien,

D. Fernandez La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2402518

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