lundi 29 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | CESSO |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, M. F C, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 tel que rectifié le 3 avril 2024, par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités tchèques, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre en charge sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la signataire de l'arrêté n'est pas compétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- l'arrêté a été édicté en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il ait reçu, dans une langue qu'il comprend, l'ensemble des informations concernant la procédure dite D ;
- il n'est pas justifié que l'entretien individuel aurait été mené dans les conditions prévues par les stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " ;
- il n'est pas justifié que le requérant relève de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le préfet de la Gironde ne justifie pas de la saisine des autorités thèques dans le délai de validité du visa, ni de l'acceptation de la prise en charge par la Tchéquie ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 dès lors que l'accord des autorités tchèques est fondé sur une erreur de fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors qu'il n'est fait qu'une mention stéréotypée de sa situation ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " I aurait dû prendre en charge l'examen de sa demande d'asile compte-tenu de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 12 avril 2024, Mme A H C, représentée par Me Cesso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 tel que rectifié le 3 avril 2024, par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités tchèques, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de prendre en charge sa demande d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la signataire de l'arrêté n'est pas compétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- l'arrêté a été édicté en méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " dès lors qu'il n'est pas justifié qu'elle ait reçu, dans une langue qu'elle comprend, l'ensemble des informations concernant la procédure dite D ;
- il n'est pas justifié que l'entretien individuel aurait été mené dans les conditions prévues par les stipulations de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " ;
- il n'est pas justifié que la requérante relève de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le préfet de la Gironde ne justifie pas de la saisine des autorités thèques dans le délai de validité du visa, ni de l'acceptation de la prise en charge par la Tchéquie ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 dès lors que l'accord des autorités tchèques est fondé sur une erreur de fait ;
- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle dès lors qu'il n'est fait qu'une mention stéréotypée de sa situation ;
- il méconnait les stipulations de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " D B " I aurait dû prendre en charge l'examen de sa demande d'asile compte-tenu de sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dit " D B " ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bongrain pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue par l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 26 avril 2024 à 10h :
- le rapport de M. Bongrain, magistrat désigné ;
- les observations de Me Esseul, représentant M. et Mme C ;
- le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
L'instruction a été close à l'issue de l'audience en vertu de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F C et Mme A nur C, ressortissants turcs nés respectivement les 17 septembre 1996 et 10 juillet 1997, déclarent être entrés régulièrement en France le 24 décembre 2023, avec leur fille mineure, en provenance d'un autre État membre. Ils se sont présentés à la préfecture de la Gironde le 11 janvier 2024 afin de formuler des demandes d'asile. Les relevés de leurs empreintes décadactylaires ont révélé qu'ils étaient titulaires de visas délivrés par les autorités tchèques. Les autorités tchèques ont été saisies le 5 février 2024 d'une demande de prise en charge en application de l'article 12-2 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'elles ont acceptée par un accord explicite du 28 février 2024. Par des arrêtés du 19 mars 2024, et des arrêtés du 3 avril 2024 portant rectification d'erreurs matérielles, le préfet de la Gironde a prononcé leur remise aux autorités tchèques. M. et Mme C demandent l'annulation de ces arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2402526 et n° 2402527, présentées par M. et Mme C présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle :
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. et Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spéciaux n° 33-2023-164, a donné délégation à Mme E G, cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté en litige, à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les arrêtés attaqués.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les États membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / () ".
6. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C se sont vu remettre, le 11 janvier 2024, jour du dépôt de leurs demandes d'asile à la préfecture de la Gironde, l'ensemble des informations prévues à l'article susvisé, par l'intermédiaire des brochures d'information A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " Je suis sous procédure D - qu'est-ce que cela signifie ' ", en langue turque, langue déclarée comprise dans le recueil de demande d'asile.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. / () 3. L'entretien individuel a lieu en temps utile et, en tout cas, avant qu'une décision de transfert du demandeur vers l'État membre responsable soit prise conformément à l'article 26, paragraphe 1. / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C ont effectivement bénéficié d'un entretien individuel à la préfecture de la Gironde le 11 janvier 2024, que les entretiens ont été réalisés par un agent qualifié de la préfecture de la Gironde, en turc, langue que les intéressés ont déclaré comprendre, par le biais d'un interprète de la société ISM interprétariat. Il ne ressort par ailleurs d'aucune pièce du dossier que ces entretiens n'auraient pas été tenus dans les conditions prévues par les dispositions précitées de l'article 5 du règlement du 24 juin 2023.
10. En quatrième lieu, le paragraphe 2 de l'article 7 du règlement (CE) n° 604/2013 du Conseil du 26 juin 2013 prévoit que : " La détermination de l'Etat membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre ". Aux termes de l'article 12-2 de ce règlement : " 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, sauf si ce visa a été délivré au nom d'un autre État membre en vertu d'un accord de représentation prévu à l'article 8 du règlement (CE) no 810/2009 du Parlement européen et du Conseil du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas. Dans ce cas, l'État membre représenté est responsable de l'examen de la demande de protection internationale ". Il résulte des stipulations des articles 7 et 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 que la détermination de l'Etat membre en principe responsable de l'examen de la demande de protection internationale s'effectue une fois pour toutes à l'occasion de la première demande d'asile, au vu de la situation prévalant à cette date.
11. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des données VISABIO qu'à la date à laquelle M. et Mme C ont présenté, auprès des autorités françaises, leurs demandes d'asile, le 11 janvier 2024, ils étaient munis de visas court séjour délivrés par les autorités tchèques le 12 décembre 2023 et valable jusqu'au 12 janvier 2024. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 12-2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. () ". Aux termes de l'article 22 du même règlement : " L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête (). ". Le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 a notamment créé un réseau de transmissions électroniques entre les États membres de l'Union européenne dénommé " Dublinet ", afin de faciliter les échanges d'information entre les États, en particulier pour le traitement des requêtes de prise en charge ou de reprise en charge des demandeurs d'asile. Selon l'article 19 de ce règlement, chaque État dispose d'un unique " point d'accès national ", responsable pour ce pays du traitement des données entrantes et de la transmission des données sortantes et qui délivre un accusé de réception à l'émetteur pour toute transmission entrante. Aux termes de l'article 15 de ce règlement : " Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement (). / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national () est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ".
13. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a saisi dès le 5 février 2024, soit dans le délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande d'asile prévu par les dispositions précitées de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités tchèques d'une requête aux fins de prise en charge de M. et Mme C. Il ressort enfin des pièces du dossier que les autorités tchèques ont explicitement accepté la prise en charge de la demande d'asile de M. et Mme C le 28 février 2024, avant l'expiration du délai prescrit par les dispositions précitées de l'article 22. Par suite, le préfet de la Gironde a pu, sans méconnaitre les stipulations applicables du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, prononcer le transfert de l'intéressé vers la République tchèque.
14. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 6 du règlement du 26 juin 2013 : " L'intérêt supérieur de l'enfant est une considération primordiale pour les États membres dans toutes les procédures prévues par le présent règlement ". Il résulte de ces textes que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
15. Si les intéressés soutiennent que la situation de leur second enfant, né le 23 janvier 2024, n'a pas fait l'objet d'un accord avec les autorités tchèques, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la copie d'un mail du 16 avril 2024, que le préfet de la Gironde a veillé, à la suite de l'édiction de son arrêté portant rectification d'une erreur matérielle, à ce que cet enfant mineur bénéficie d'une prise en charge par les autorités tchèques en même temps que ses parents et sa sœur ainée dont il ne sera ainsi pas séparé. Conformément aux dispositions du paragraphe 3 de l'article 20 du règlement (UE) n°607/2013, aucune nouvelle procédure de prise en charge n'était nécessaire pour ce dernier enfant. L'intérêt supérieur de celui-ci ne peut ainsi être regardé comme ayant été méconnu.
16. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
17. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 15, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. et Mme C au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.
18. En dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II ". Aux termes de l'article L. 571-2 du même code : " Il est procédé à une évaluation de la vulnérabilité des demandeurs mentionnés à l'article L. 571-1, selon les modalités prévues au chapitre II du titre II, afin de déterminer leurs besoins particuliers en matière d'accueil ". La faculté laissée à chaque État membre, par les dispositions précitées, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le même règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
19. D'une part, la circonstance que les arrêtés litigieux considèrent que l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant la situation des intéressés ne relève pas des dérogations prévues par les dispositions précédemment citées, ne traduit pas un défaut d'examen particulier de leur situation, dès lors que le préfet n'était pas tenu de mentionner l'exhaustivité des éléments relatifs aux situation individuelles des intéressés. Au surplus, les arrêtés précisent que le préfet a examiné les observations faites par les requérants lors de leurs entretiens individuels du 11 janvier 2024, dont ils ont signé les résumés. Ainsi, la motivation de l'arrêté ne révèle aucun défaut d'examen sérieux des situations particulières des requérants.
20. D'autre part, les requérants, n'établissent pas être dans l'impossibilité de retourner en République tchèque et ne font valoir aucune circonstance humanitaire particulière qui justifierait que le préfet fasse usage du pouvoir discrétionnaire dont il dispose en application de l'article 17 du règlement précité pour examiner, à titre dérogatoire, leurs demandes d'asile. Par suite, en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire, le préfet de la Gironde, n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.
21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités tchèques, responsables de l'examen de sa demande d'asile, ensemble l'arrêté portant rectification d'erreur matérielle du 3 avril 2024 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. et Mme C sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2402526 et 2402527, présentées par M. et Mme C, est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C, à Mme A H C, à Me Cesso et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2024.
Le magistrat désigné,
A. BONGRAINLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à
tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026