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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402600

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402600

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402600
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU-5ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 16 avril, les 16 et 21 mai 2024, et un mémoire enregistré le 22 mai 2024, Mme E D, représentée par Me Rivière, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour, à défaut de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation, en particulier en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle bénéficiait du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA statue sur son recours formé contre la décision de l'OFPRA du 21 février 2024 ayant rejeté sa demande d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux années est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors que la circonstance qu'elle serait défavorablement connue des services de police pour des faits de recel de bien provenant d'un vol ne permet pas de considérer sa présence comme constituant une menace à l'ordre public au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le président du tribunal a désigné Mme B pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui a produit des pièces enregistrées le 13 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Aurélie Chauvin a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient pas présentes ni représentées et la clôture de l'instruction a été prononcée après appel de leur affaire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E D, ressortissante géorgienne née le 22 avril 1990, a déclaré être entrée en France le 24 septembre 2023. Elle a sollicité le bénéfice de l'asile le 3 octobre 2023. Par une décision du 21 février 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), statuant en procédure accélérée en application du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a rejeté sa demande. Par un arrêté du 27 mars 2024 le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour qu'implique la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi de la protection subsidiaire, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme D demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour contenues à cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que Mme A C, signataire de l'arrêté attaqué, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile et du guichet unique, signataire de l'arrêté attaqué, disposait par arrêté 31 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature du préfet de la Gironde à l'effet de signer " toutes décisions () relevant de l'autorité préfectorale pris[es] en application des livres IV, V, VI et VII (partie législative et réglementaire) du CESEDA", au nombre desquelles figure les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté daté du 27 mars 2024 doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Gironde a visé les textes sur lesquels il s'est fondé, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses articles 3 et 8, et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté mentionne également les circonstances de fait propres à la situation de Mme D. Il énonce notamment que sa demande d'asile a fait l'objet d'un rejet par une décision de l'OFPRA du 21 février 2024, notifiée le 2 mars 2024 et que par conséquent elle ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français. Il précise ensuite la situation de divorcée qu'elle a déclarée, a pris en compte la présence en France de ses enfants mineurs également déboutés du droit d'asile et indique que la requérante ne justifie pas être isolée dans son pays d'origine, ni avoir rompu tout lien avec celui-ci, qu'elle n'établit pas que sa cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer, ni qu'elle serait dans l'impossibilité de s'y réinsérer socialement et professionnellement, et enfin, qu'elle ne fait valoir aucun élément justifiant son intégration dans la société française. Il a ainsi examiné les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant la vie privée et familiale de l'intéressée avant d'en déduire que le refus de lui délivrer un titre de séjour ne porte pas au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, qu'elle n'entre dans aucun cas de délivrance d'un titre de séjour de plein droit et qu'aucune circonstance ne s'oppose à ce qu'elle fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Le préfet ajoute qu'elle est défavorablement connue des services de police pour des faits de recel de bien provenant d'un vol aggravé par trois circonstances. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, sans que la circonstance qu'il a été fait usage d'un imprimé pré-rempli comportant des cases à cocher n'ait d'incidence sur la précision de cette motivation.

5. Il ressort par ailleurs des termes mêmes de l'arrêté en litige, que le préfet de la Gironde a fondé l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans faite à Mme D, prise au visa des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur les motifs que l'intéressée est entrée récemment en France, que sa présence constitue une menace pour l'ordre public et qu'elle ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Elle indique en outre, en ne cochant pas la case relative à cette hypothèse, qu'elle n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement. La décision portant interdiction de retour comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'interdiction de retour doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué décrite ci-dessus que le préfet de la Gironde a procédé à un examen particulier de la situation de M. D. Il a notamment pris en considération les quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressée, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et la circonstance que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit par suite être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 () ". Enfin, l'article L. 531-24 dispose : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme D a été rejetée le 21 février 2024 par l'OFPRA, qui a statué en procédure accélérée en application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la Géorgie faisant partie de la liste des pays d'origine sûrs. Il résulte de la fiche Telemofpra produite par le préfet que cette décision lui a été notifiée le 2 mars 2024. Par suite, à la date de l'arrêté attaqué, la requérante ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des dispositions précitées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de la Gironde pouvait ainsi légalement décider de l'obliger à quitter le territoire français, sans attendre l'issue de son recours formé devant la Cour nationale du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que Mme D est entrée récemment sur le territoire français, le 24 septembre 2023, soit moins d'un an avant l'édiction de l'arrêté attaqué, avec ses deux enfants mineurs lesquels ont également vu leurs demandes d'asile rejetées par une décision de l'OFPRA du 21 février 2024. Elle ne justifie par ailleurs d'aucun lien avec la France, ni d'une insertion particulière dans la société française, alors qu'elle est défavorablement connue des services de police et ne fait état d'aucune circonstance empêchant la reconstitution de la cellule familiale avec ses enfants, de même nationalité, en Géorgie où elle n'allègue pas être dépourvue d'attaches et où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il ne ressort pas davantage des pièces des dossiers que le préfet de la Gironde ait commis une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme D.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

12. Ainsi qu'il a été dit au point 10, Mme D ne justifie d'aucun obstacle à la reconstitution hors de France de sa cellule familiale avec ses enfants, âgés de douze et cinq ans, et qui ne sont scolarisés en France que depuis quelques mois à la date de la décision attaquée. Ainsi, l'arrêté attaqué qui n'a pas pour objet, ni pour effet de séparer ces derniers de leur mère, ne peut être regardé comme ayant méconnu leur intérêt supérieur. Il suit de là que le moyen tiré de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

14. Si la requérante, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, soutient qu'elle craint pour sa sécurité en cas de retour en Géorgie en raison de son ex-époux violent, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de la réalité des craintes alléguées et de l'impossibilité d'obtenir la protection des autorités de son pays. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai déterminé, d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée ne peut dépasser deux ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressé, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

17. Ainsi qu'il a été dit au point 5, il résulte des termes de l'arrêté en litige que pour fixer à deux années la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de Mme D, le préfet de la Gironde s'est fondé sur le caractère récent de son entrée en France, sur l'absence de liens sur le territoire français et sur la menace pour l'ordre public que constituerait sa présence. Toutefois, la circonstance relevée par le préfet dans sa décision, que l'intéressée serait défavorablement connue des services de police pour des faits de recel de bien provenant d'un vol aggravé par trois circonstances, ne suffit pas à faire regarder sa présence comme constituant une menace à l'ordre public, alors que la requérante donne des explications sur les faits en question et soutient sans être contredite par le préfet de la Gironde qui n'a pas produit d'observations en défense, qu'ils n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales. Le préfet, qui n'apporte aucun élément pour justifier de la menace à l'ordre public, a par ailleurs relevé que la requérante n'avait pas fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions, en prononçant à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de la Gironde a fait une inexacte application des dispositions précitées.

18. Il résulte de ce qui précède que seule la décision interdisant à Mme D de retourner sur le territoire français pour une durée de deux années doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette pour l'essentiel les conclusions de Mme D, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est, pour l'essentiel, pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme D demande, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 27 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a prononcé l'interdiction de retour de Mme D sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

La magistrate désignée,

A. B

La greffière,

C. Janin

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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