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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402690

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402690

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A E, ressortissant marocain, contestant l'arrêté du préfet de Lot-et-Garonne du 28 novembre 2023 lui refusant un titre de séjour pour raisons médicales, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, et a jugé que la décision de refus de séjour ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les conclusions à fin d'annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 16 juillet 2024, M. H A E, représenté par Me Lopy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ;

4°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance et aux frais de justice.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- cet arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant refus de séjour ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision doit être annulée par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 19 mars 2024, M. A E a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne,

- et les observations de Me Lopy, représentant M. A E.

Considérant ce qui suit :

1. M. H A E, ressortissant marocain né le 25 mars 1974, est entré régulièrement en France le 1er septembre 2022 en possession d'un visa de court séjour d'une durée autorisée de 92 jours valable jusqu'au 25 novembre 2022. L'intéressé a sollicité, le 2 février 2023, la délivrance d'un titre de séjour portant mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 novembre 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 21 août 2023, le préfet de Lot-et-Garonne a consenti à M. Florent Farge, secrétaire général, une délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, et notamment la délivrance et le refus des titres de séjour et les décisions d'éloignement et décisions accessoires s'y rapportant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. L'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit sur lesquelles il se fonde et, en particulier, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux faits de l'espèce, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, l'arrêté en litige, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, comporte également de manière suffisante et non stéréotypée l'indication des considérations de fait sur lesquelles le préfet de Lot-et-Garonne s'est fondé pour édicter l'arrêté querellé. A cet égard, la circonstance que l'arrêté attaqué ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'expose pas expressément les raisons pour lesquelles les décisions qu'il contient ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants, alors qu'il les mentionne dans l'arrêté attaqué, ne saurait caractériser une insuffisante motivation en droit comme en fait des décisions attaquées. Dans ces conditions, M. A E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litige est entaché d'une insuffisance de motivation, de sorte que ce moyen doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. Il ressort des termes de la décision litigieuse que le préfet a pris en considération la durée et les conditions de séjour en France du requérant. Il a également examiné sa situation personnelle en France en indiquant notamment la présence sur le territoire national de sa conjointe et de ses deux enfants. Le préfet de Lot-et-Garonne fait également état de l'état de santé du requérant et retranscrit notamment l'avis du collège des médecins de l'OFII émis le 24 mars 2023. La circonstance que le préfet de de Lot-et-Garonne n'ait pas mentionné l'ensemble des éléments relatifs à sa vie privée et familiale, notamment l'état de santé de son fils, ne suffit pas à caractériser un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

5. Il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet, s'il a repris à son compte les termes de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, se serait cru lié par cet avis.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

7. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9 du code précité, doit émettre son avis, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

8. Par un avis émis le 24 mars 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. A E, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que M. A E, atteint de diabète de type II, a également été hospitalisé du 26 au 29 août 2022 au sein d'une clinique au Maroc, puis, à deux reprises en septembre 2022 au sein du centre hospitalier intercommunal de Marmande et du centre hospitalier d'Agen en raison de plusieurs accidents vasculaires cérébraux et de séquelles de dysarthrie et ataxie. Pour contredire l'appréciation portée par l'OFII, M. A E produit un certificat médical daté du 22 novembre 2022 par lequel le docteur F, praticien hospitalier, indique que si l'état de santé de l'intéressé s'améliore, un suivi orthophoniste et kinésithérapeutique s'avère nécessaire, qu'un suivi cardiologique et endocrinologique est préconisé et qu'un traitement antidiabétique par Metformine, Kardegic et Atorvastatine doit lui être administré. L'intéressé verse également à l'instance deux certificats médicaux datés du 8 décembre 2023 et du 13 décembre 2023 par lesquels le docteur C, médecin généraliste, et le docteur I, médecin orthophoniste, indiquent que l'état clinique de M. A E nécessite la poursuite de soins de kinésithérapie et de rééducation orthophonique. Toutefois, ces certificats ne font aucunement état d'une éventuelle carence de ces suivis médicaux dans son pays d'origine. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que les médicaments prescrits au requérant seraient indisponibles au Maroc, le cas échéant dans une commercialisation de la même molécule par un laboratoire différent, ou qu'un médicament de la même classe thérapeutique ne pourrait leur être substitué. Si l'intéressé se prévaut de deux articles de presse datés de 2016 et de mars 2023 faisant état de l'insuffisance de moyens au Maroc pour traiter des accidents vasculaires cérébraux, ces articles rédigés en des termes généraux ne suffisent pas à justifier qu'au regard de sa propre pathologie, le requérant ne pourrait y bénéficier d'un traitement approprié. Dans ces conditions, ces éléments ne suffisent pas à remettre en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour pris à l'encontre de M. A E méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

10. M. A E, entré sur le territoire national en septembre 2022, se prévaut de la présence en France de sa conjointe, Mme G A E, et de celle de ses deux enfants mineurs, D A E et B A E respectivement nés au Maroc en 2006 et en 2010. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment des termes de l'arrêté litigieux, que l'épouse de l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire national en méconnaissance d'une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 30 novembre 2023. M. A E et sa conjointe sont démunis de ressources personnelles. Si l'intéressé n'est pas dénué de liens familiaux en France, notamment la sœur de son épouse qu'il les héberge, il n'est pas établi ni même allégué qu'il serait isolé dans le pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 48 ans ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Dans ces conditions, le préfet de Lot-et-Garonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A E une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l'arrêté en litige, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant à l'encontre de la décision obligeant l'intéressé à quitter le territoire français.

13. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

14. M. A E soutient que la décision attaquée méconnaîtrait l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs dès lors qu'ils sont scolarisés en France et qu'ils font l'objet d'un suivi au centre hospitalier universitaire de Bordeaux pour traiter de la dyskinésie ciliaire primitive dont ils sont atteints. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que les jeunes D et B ne pourraient pas bénéficier d'un traitement approprié à leur état de santé dans leur pays d'origine. Le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a d'ailleurs estimé, dans un avis du 28 juin 2023, que si l'état de santé du jeune D nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Maroc, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, dès lors que la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de séparer le requérant de ses deux enfants, ni de les priver de la possibilité de suivre une scolarité ou des soins, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'intérêt supérieur de ses enfants n'aurait pas été suffisamment pris en compte. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Il résulte de ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

16. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

17. M. A E soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourrait pas être pris en charge médicalement pour la pathologie dont il est affecté et qu'il serait par conséquent exposé à des conséquences d'une exceptionnelle gravité, contraires aux stipulations précitées. Toutefois, ainsi qu'il a été précisé au point 8 du présent jugement, les pièces produites à l'instance ne permettent pas d'établir qu'il ne pourrait pas se voir dispenser des soins adéquats dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

19. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A E, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives au frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. H A E et au préfet de Lot-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024 où siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT

La greffière,

M-A. PRADAL

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2402690

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