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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402706

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402706

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en formation de 4ème chambre, a rejeté les requêtes de Mme A H et de M. C G dirigées contre les arrêtés du préfet de la Gironde du 4 août 2023 leur refusant un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi que l'erreur manifeste d'appréciation, mais les a écartés comme non fondés. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions des requérants, confirmant la légalité des décisions préfectorales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, Mme A H, représentée par Me Astié, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que sa requête est recevable.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de retour :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination doit être annulée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée ;

- la décision n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 mars 2024.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 27 juin 2024.

II. Par une requête enregistrée le 22 avril 2024, M. C G, représenté par Me Astié, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que sa requête est recevable.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente.

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision n'est pas motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne le pays de retour :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination doit être annulée.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée ;

- la décision n'est pas motivée et est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle ne prend pas en compte l'ensemble des critères découlant des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 19 mars 2024.

Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Katz ;

- les observations de Mme D, stagiaire de Me Astié, qui a été autorisée par le président à apporter des observations pour Mme H et M. G.

Une note en délibéré présentée par Me Astié a été enregistrée le 8 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A H, ressortissante géorgienne née le 13 juillet 1986, est entrée en France régulièrement munie d'un passeport le 2 octobre 2017. M. C G, son partenaire, ressortissant géorgien né le 16 août 1980, a déclaré être entré en France le 28 septembre 2017. Ils ont sollicité le bénéfice de l'asile qui leur a été refusé par une décision du 19 février 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) qui a statué en procédure accélérée, confirmée par une décision du 22 novembre 2018 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 13 août 2018, Mme H et M. G ont chacun fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Les intéressés ont ensuite sollicité, le 24 février 2023, leur admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 4 août 2023, dont les intéressés demandent l'annulation en ce qu'ils les concernent, le préfet de la Gironde a refusé de délivrer les titres de séjour sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pouvaient être reconduits et a prononcé des interdictions de retour d'une durée de deux ans.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes susvisées n° 2402706 et n° 2402707 présentées pour Mme H et M. G sont relatives à la situation de deux conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. Par un arrêté du 31 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-060 du même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. B F, directeur des migrations et de l'intégration et signataire des arrêtés en litige, à l'effet de signer, dans le cadre de ses attributions et compétences, toutes décisions, documents et correspondances pour toutes les matières relevant des missions de la direction des migrations et de l'intégration, et notamment, en matière de droit au séjour et d'éloignement, toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. Les décisions litigieuses mentionnent d'une part les textes applicables à la situation des requérants, notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. D'autre part, elles précisent les éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale des intéressés, notamment leur date d'entrée sur le territoire, la circonstance qu'ils ont chacun fait l'objet d'une mesure d'éloignement non exécutée, que leur demande d'asile a été rejetée, qu'ils disposent de liens familiaux dans leur pays d'origine, qu'ils participent à des activités associatives depuis 2018 en France, que leurs enfants sont scolarisés sur le territoire, que la mère de Mme H est en attente d'une réponse à son recours devant la CNDA et que M. G justifie de l'exercice d'une activité professionnelle durant six mois, avant de conclure que ces éléments ne suffisent pas à démontrer l'existence de liens privés et familiaux sur le territoire de nature à leur ouvrir un droit au séjour. Dans ces conditions, les décisions sont suffisamment motivées pour mettre à même leurs destinataires d'en comprendre le fondement. En outre, il ne ressort pas des termes de ces décisions que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

7. Les requérants se prévalent de ce qu'ils résident en France depuis fin 2017, que leurs enfants y sont scolarisés et qu'ils justifient d'une bonne insertion professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les intéressés, dont la demande d'asile a été rejetée en février 2018 en procédure accélérée, se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire français malgré les mesures d'éloignement dont ils ont fait l'objet par des arrêtés du 13 août 2018. En outre, la seule circonstance que M. G, qui avait transmis à l'autorité compétente un contrat à durée déterminée en qualité de chauffeur livreur conclu en juin 2022 ainsi que des bulletins de paie courant jusqu'à décembre 2022, justifie à présent de la conclusion d'un deuxième contrat et de bulletins de salaires depuis juin 2023, ne suffit pas à caractériser une insertion particulière de nature à lui ouvrir un droit au séjour eu égard au caractère récent de ces emplois. Il en va de même pour Mme H, qui justifie de l'exercice, depuis mai 2021, d'activités en qualité d'aide familiale à raison de quelques heures seulement par semaine. Par ailleurs, la circonstance que les requérants ont suivi des cours de français, que M. G justifie d'activités quotidiennes de bénévolat entre mai et décembre 2018 au sein du Secours catholique et des Restos du cœur, alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'ils sont inscrits au sein de cette association en tant que bénéficiaires, et que leurs enfants sont scolarisés sur le territoire français, ne suffit pas à justifier l'existence d'une vie privée et familiale en France de nature à leur ouvrir un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus et alors que les intéressés ne démontrent pas être dépourvus de tout lien avec leur pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où résident la plupart des membres de leur famille, les décisions litigieuses ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Les requérants soutiennent que les décisions méconnaissent l'intérêt supérieur de leurs trois enfants, qui sont scolarisés depuis qu'ils sont en France. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine ou les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui de la contestation des décisions portant refus de titre de séjour.

13. Pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

14. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant refus de séjour ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à en exciper l'illégalité pour demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire.

15. En deuxième lieu, les requérants ne sauraient se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel réglemente le droit au séjour, à l'encontre des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

16. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

17. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 10 le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

18. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui de la contestation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, lesquelles n'imposent pas, par elles-mêmes, de destination aux intéressés.

En ce qui concerne le pays de retour :

19. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces mesures pour demande l'annulation des décisions fixant le pays de retour.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

20. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que les mesures d'éloignement avec le délai de départ qu'elles fixent ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces mesures pour demander l'annulation des interdictions de retour sur le territoire français.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

22. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

23. Il ressort des termes des décisions attaquées que pour prononcer des interdictions de retour de deux ans à l'encontre des requérants, le préfet de la Gironde, qui a fait état de la date de leur entrée en France, a considéré que, malgré la circonstance que les intéressés ne constituaient pas une menace à l'ordre public, ils faisaient l'objet chacun d'une mesure d'éloignement non exécutée et ne justifiaient pas de la nature et de l'ancienneté de leurs liens en France. Ces motivations mettent les intéressés à même de comprendre utilement le fondement des décisions attaquées. En outre, il ne ressort pas de cette motivation que le préfet de la Gironde aurait entaché ses décisions d'un défaut d'examen sérieux. Par ailleurs, au regard de ces éléments, les décisions précitées ne sont pas manifestement disproportionnées.

24. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, ces décisions ne sont pas davantage contraires à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance :

26. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au paiement de frais de procès sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes de Mme H et M. C G sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A H, à M. C G, à Me Astié et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

D. Katz L'assesseur le plus ancien,

D. Fernandez La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°2402706 - N°2402707

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