lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402759 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | LANNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, M. A B, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités croates, pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;
- il méconnaît le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a reçu l'ensemble des informations et brochures concernant la procédure ;
- le préfet ne justifie pas avoir sollicité les autorités croates d'une demande de prise en charge indiquant que M. B a sollicité l'asile en Grèce, aux Pays-Bas, ni ne justifie avoir informé les autorités néerlandaises de ses demandes d'asiles déposées en Grèce et en Croatie, en méconnaissance des dispositions de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; il méconnaît également le principe de coopération loyale prévu par le paragraphe 3 de l'article 4 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et du paragraphe 2 de l'article 13 du traité sur l'Union européenne ;
- il est entaché d'une erreur de droit dans la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, la Croatie ne pouvant être l'État responsable en application des dispositions des articles 3 et 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; seule la France, à défaut de la Grèce, en est responsable ; il est également entaché d'une erreur de droit dans la détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile, en méconnaissance de l'article 7.2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et porte une contradiction en indiquant que l'État responsable est à la fois la Grèce et la Croatie ou les Pays-Bas.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution française ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Josserand en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mai 2024 :
- le rapport de M. Josserand,
- et les observations de Me Chevallier-Chiron, substituant Me Lanne, représentant M. B, qui précise les moyens de la requête.
En l'absence du préfet de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant soudanais, est entré en France en provenance d'un autre État membre, afin d'y déposer une demande d'asile enregistrée par les services de la préfecture de la Gironde le 13 novembre 2023. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il est entré dans l'espace Schengen par la Grèce puis la Croatie et qu'il a déposé une première demande d'asile en Grèce puis en Croatie et aux Pays-Bas. Par un arrêté du 8 avril 2024, dont par la présente requête M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023, le préfet de la Gironde a consenti à Mme C, cheffe du bureau de l'asile, une délégation à l'effet de signer notamment toutes décisions prises en application du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, parmi lesquelles figurent ainsi les décisions de transfert fondées sur les articles L. 572-1 à L. 572-7 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un État membre peut mener à la désignation de cet État membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; () 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / () ".
5. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tout cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a indiqué dans son recueil de demande d'asile comprendre l'arabe, s'est vu remettre le 13 novembre 2023 et dès le début de la procédure de détermination, les documents rédigés en arabe, correspondant à la brochure prévue au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement et contenant les informations mentionnées au point 1 de cet article, notamment le guide du demandeur d'asile et les brochures " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " (A) et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' " (B). Ces informations lui ont également été communiquées oralement lors de l'entretien individuel réalisé le même jour en langue arabe. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes du 4. de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend des éléments de preuve ou des indices tels que décrits dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou des éléments pertinents tirés des déclarations de la personne concernée, qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement ". En outre, aux termes du 3. De l'article 4 du traité sur l'Union européenne : " En vertu du principe de coopération loyale, l'Union et les États membres se respectent et s'assistent mutuellement dans l'accomplissement des missions découlant des traités ".
8. Il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont saisi le 21 décembre 2023 respectivement les autorités néerlandaises et croates d'une requête aux fins de reprise en charge de M. B sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1, point b) du règlement (UE) n° 604/2013. Si les autorités néerlandaises ont refusé, par une réponse du 27 décembre 2023, les autorités croates ont en revanche accepté cette reprise en charge par une réponse expresse du 3 janvier 2024. La préfecture soutient, sans être utilement contredite sur ce point, que les saisines étaient nécessairement accompagnées d'un relevé Eurodac complet, tel que produit en défense, permettant à chaque État membre saisi de connaître le détail des demandes et des franchissements irréguliers de frontières, relevé en tout état de cause accessible aux services de chaque État. Dans ces conditions, et bien qu'elles n'aient pas mentionné dans leur demande le passage de M. B par la Grèce où il a déposé une demande d'asile, les autorités françaises ont bien mis les autorités néerlandaises et croates à même d'apprécier leur responsabilité. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 doit donc être écarté. Pour les mêmes motifs, et dès lors que le requérant ne justifie pas avoir présenté devant les autorités françaises des éléments établissant de manière manifeste que la France doit être considérée comme l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile en application des critères de responsabilité établis par le règlement, le moyen tiré du défaut de coopération loyale doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 : " La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre ".Aux termes du paragraphe 1 de l'article 18 de ce règlement : " L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre ; ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " 1. Le processus de détermination de l'État membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un État membre ; () 5. L'État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite pour la première fois est tenu, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, et en vue d'achever le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande de protection internationale, de reprendre en charge le demandeur qui se trouve dans un autre État membre sans titre de séjour () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 23 de ce règlement : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b) () a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point (b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne ".
10. Il ressort des pièces du dossier que, saisies d'une demande de reprise en charge présentée sur le fondement du point b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement UE n° 604/2013, les autorités néerlandaises ont refusé au motif que les autorités croates avaient déjà repris en charge M. B et étaient responsable de se demande, alors que les autorités croates ont accepté leur responsabilité sur le fondement du 5 de l'article 20 du même règlement. Il n'appartient pas au préfet de la Gironde ni aux juridictions françaises de statuer sur la légalité de la décision prise par les autorités croates de s'estimer responsables de la demande d'asile de M. B, achevant le processus de détermination. Il s'ensuit que M. B ne peut utilement se prévaloir de la responsabilité des autorités grecques quant à l'examen de sa demande, pour en déduire ensuite la responsabilité de la France à raison des défaillances systémiques des autorités grecques. En outre, la circonstance que le préfet de la Gironde ait indiqué que la détermination de l'État membre a été faite une fois pour toute par le Grèce le 7 février 2023, est sans incidence sur l'application des articles 20 paragraphe 5 et 23 paragraphes 1 du règlement précité. Par suite, le préfet de la Gironde pouvait fonder la décision en litige au regard de l'accord transmis par les autorités croates sans entacher sa décision d'une erreur de droit au regard de ces dispositions, ni l'entacher d'une contradiction.
11. Il résulte de ce qui précède les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, de même que celles à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié Me Lanne, à M. B et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
Le magistrat désigné,
L. JOSSERANDLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026