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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402760

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402760

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402760
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités espagnoles, pour l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, dans les deux cas dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors notamment qu'il ne mentionne ni la date de saisine des autorités espagnoles, ni la date de leur réponse.

Par une pièce complémentaire et un mémoire en défense enregistrés le 2 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Josserand en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 mai 2024 :

- le rapport de M. Josserand,

- et les observations de Me Chevallier-Chiron, substituant Me Lanne, représentant Mme B, qui précise les moyens de la requête ; elle relève notamment, sur demande du magistrat désigné, que l'arrêté du 28 mars 2024 ne saurait être regardé ni comme portant simple rectification d'erreur matérielle, ni comme portant retrait et remplacement du premier arrêté.

En l'absence du préfet de la Gironde ou de son représentant, l'instruction a été close après ces observations, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante ivoirienne, est entrée en France en provenance d'un autre État membre, afin d'y déposer une demande d'asile enregistrée par les services de la préfecture de police de Paris le 11 octobre 2023. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'elle est entrée sur le territoire des Etats membres par l'Espagne le 6 septembre 2023. Par un arrêté du 28 mars 2024, dont par la présente requête Mme B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. S'il appartient à l'autorité administrative qui constate l'illégalité d'une décision créatrice de droits de retirer ladite décision dans le délai du recours contentieux ou, lorsqu'un tel recours a été formé, tant que la juridiction administrative n'a pas statué, et d'édicter pour l'avenir une décision régulière, ladite autorité ne saurait légalement, notamment au vu d'un pourvoi, tenter de régulariser sa décision en mettant fin, rétroactivement, à l'illégalité qui l'entache.

4. Il ressort des termes de l'arrêté du 2 mai 2024 " portant rectification d'erreurs matérielles de l'arrêté n° 243301218 du 28 mars 2024 portant transfert aux autorités espagnoles " qu'il a pour objet de compléter la motivation de cet arrêté du 28 mars 2024, en vertu de l'article 1er de son dispositif. Au vu de cet objet et en dépit de son intitulé, cet arrêté ne saurait consister en une simple rectification d'erreur matérielle. En outre, en vertu de l'article 2 de son dispositif, le reste des dispositions de l'arrêté initial " demeure inchangé ". Compte-tenu de cette rédaction, l'arrêté du 2 mai 2024 ne saurait non plus être regardé comme retirant l'arrêté du 28 mars 2024 pour lui substituer une nouvelle décision motivée, vers laquelle les conclusions à fin d'annulation seraient redirigées.

5. Or, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ". Dès lors que l'arrêté du 28 mars 2024, ne précise pas que les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge par les autorités françaises ni qu'elles ont donné leur accord, il n'a pas mis utilement Mme B en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Par suite, cet arrêté est insuffisamment motivé.

6. Compte-tenu de ce qui a été dit aux points 3 et 4, cette illégalité ne pouvait être couverte par le fait que le préfet, pour faire obstacle au moyen tiré d'une insuffisante motivation articulé devant le juge administratif à l'encontre de son arrêté, a décidé de " compléter " la motivation de son arrêté d'une manière rétroactive et donc illégale.

7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 28 mars 2024 doit être annulé.

Sur les autres conclusions :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, et en l'absence d'autres moyens susceptibles de justifier l'annulation de l'arrêté attaqué, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Gironde procède au réexamen de la demande de Mme B dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Lanne, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Lanne de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mma B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Gironde du 28 mars 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de Mme B dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Lanne en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'il à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié Me Lanne, à Mme B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le magistrat désigné,

L. JOSSERANDLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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