jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402785 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | JOUTEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 25 avril 2024 et 14 mai 2024, Mme A D C, représentée par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 août 2023 du préfet de la Gironde en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que sa requête est recevable.
En ce qui concerne le refus de séjour :
- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme D C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 26 mars 2024.
Par une ordonnance du 11 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 27 juin 2024.
Des pièces complémentaires transmises par Me Jouteau ont été enregistrées le 12 septembre 2024 et n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de M. Katz a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, ressortissante gabonaise née le 19 avril 1991, est rentrée en France le 14 juin 2018 sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'à cette date. L'intéressée a sollicité une autorisation provisoire de séjour en tant qu'accompagnant d'enfant malade, laquelle demande a été rejetée par une décision du 27 février 2019 assortie d'une mesure d'éloignement. Mme D C a par la suite sollicité son admission au séjour, le 21 juin 2022, sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a demandé l'abrogation de l'arrêté du 27 février 2019 portant refus de séjour. Par un arrêté du 8 août 2023, le préfet de la Gironde a refusé de délivrer à Mme D C le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite à l'issue de ce délai. L'intéressée demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français.
Sur le refus de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
3. Mme D C se prévaut de ce qu'elle réside en France depuis cinq ans avec sa famille, qu'elle pratique plusieurs activités en tant que bénévole et que l'un de ses enfants bénéficie d'un suivi médical pluridisciplinaire dans le cadre de la prise en charge de sa trisomie 21 avec troubles associés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée, qui est entrée en France en dernier lieu en 2018 avec deux de ses enfants, s'est maintenue sur le territoire français malgré un refus de séjour accompagné d'une mesure d'éloignement. En outre, la circonstance que le père de ses enfants serait présent sur le territoire ne suffit pas à démontrer que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait situé en France alors qu'il ressort des pièces du dossier que celui-ci était, à la date de la demande, en attente de la délivrance d'un titre de séjour, et que Mme D C, qui ne conteste pas avoir une résidence séparée, ne verse aucun élément tendant à démontrer l'existence d'une communauté de vie effective. Par ailleurs, la circonstance que les cinq enfants de Mme D C sont scolarisés sur le territoire français ne suffit pas à ouvrir à l'intéressée un droit au séjour. S'il ressort également des pièces du dossier que l'un des enfants de la requérante bénéficie d'une prise en charge médicale pluridisciplinaire ainsi que d'un accompagnement scolaire personnalisé avec notamment une proposition d'accueil en institut médico-éducatif, cette circonstance ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions citées au point précédent alors que Mme D C ne justifie pas, par les pièces produites, que le suivi médical de son enfant doit obligatoirement se tenir sur le territoire français. Enfin, la circonstance que la requérante justifie de nombreux mois de bénévolat au sein de diverses associations et souhaiterait mettre à profit ces expériences afin d'entamer une activité de restauration à son compte ne suffit pas à démontrer que le centre de ses intérêts privés et familiaux serait situé en France alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme D C, qui n'a exercé aucune activité rémunérée sur le territoire, est également enregistrée en tant que bénéficiaire au sein de ces associations et qu'elle ne justifie pas, par la seule production d'un budget prévisionnel établi en 2021, qu'elle aurait entrepris des démarches sérieuses en vue de l'ouverture de sa microentreprise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
5. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 3, et alors que Mme D C ne justifie d'aucun motif humanitaire ou exceptionnel, le préfet de la Gironde n'a pas, en refusant de délivrer à la requérante un titre de séjour, méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 3 et alors que Mme D C ne démontre pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où elle a vécu vingt- sept ans, la décision litigieuse ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
9. La décision litigieuse n'a ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à la reprise de la scolarité des enfants de Mme D C dans leur pays d'origine. En outre, ainsi qu'il a été démontré au point 3, la requérante ne démontre pas que la prise en charge médicale de son fils ne pourrait se poursuivre au Gabon. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.
10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés ci-dessus, l'autorité compétente n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, en particulier au regard de la situation médicale du fils de l'intéressée.
Sur l'obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par suite, la requérante n'est pas fondée à exciper l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire.
12. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme D C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D C, à Me Jouteau et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
D. Katz L'assesseur le plus ancien,
D. Fernandez La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2402785
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026