vendredi 10 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402823 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, M. D A, représenté par Me Oyie, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 20 février 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de regroupement familial pour son épouse et son fils ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer l'autorisation sollicitée, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner l'Etat aux dépens de l'instance.
Il soutient que :
- la décision contestée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Pinturault a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1991, est entré sur le territoire français le 28 juin 2017. Par une décision du 7 janvier 2019, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) lui a attribué la qualité de réfugié. Il est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 12 novembre 2029. Le 26 octobre 2022, il a demandé l'autorisation d'introduire en France son épouse et son fils mineur, au titre du regroupement familial. Par une décision du 20 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer cette autorisation.
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme C B, chef du bureau de l'admission au séjour des étrangers de la préfecture de la Gironde, à qui, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, le préfet de ce département a donné délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision contestée a été prise sur le fondement de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'autorité administrative expose, dans ses motifs que, au regard d'une condamnation prononcée contre lui, elle estime que l'intéressé ne remplit pas la condition prévue au 3° de cet article, selon laquelle l'étranger qui demande le bénéfice du regroupement familial doit se conformer aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France. La décision contestée comporte ainsi un exposé suffisant des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté, comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil. " aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2 - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. En l'espèce, et d'une part, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 3 septembre 2018, le tribunal correctionnel de Paris, dans le cadre d'une procédure de comparution immédiate, a condamné M. A à la peine d'un an d'emprisonnement, dont sept mois assortis du sursis simple, d'une part pour des faits de tentative d'agression sexuelle commis le 22 juillet 2018 avec la circonstance aggravante que ce délit a été commis avec l'aide ou sous la menace d'une arme, et d'autre part pour des faits de violence suivie d'une incapacité n'ayant pas excédé 8 jours, commis le même jour en réunion et avec usage ou menace d'une arme. Quand bien même ces faits revêtent désormais une certaine ancienneté et n'ont pas été commis dans le cercle de la famille, ils caractérisent, en eux-mêmes, par leur nature et par leur gravité, un comportement manifestement incompatible avec les principes qui régissent la vie familiale, conformément aux lois de la République, et en particulier avec la protection des membres de la famille contre les violences physiques ou sexuelles. Au surplus, M. A ne conteste pas, comme le relève aussi l'administration dans son mémoire en défense, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de trafic de stupéfiants, et qu'il persiste ainsi dans un comportement délinquant incompatible avec la protection des intérêts des membres de sa famille.
6. D'autre part, si M. A fait valoir qu'il est éloigné de son épouse, elle aussi soudanaise, et de leur enfant commun depuis son arrivée en France, il ressort des pièces du dossier que l'enfant qu'il a eu avec son épouse est né le 10 septembre 2021, et qu'il s'est marié le 18 juillet 2022 en Ethiopie, alors qu'il était déjà titulaire d'une carte de résident en France. Il ne fait état, entre lui et son épouse, d'aucune vie commune au Soudan, avant son arrivée en France. Il ne produit aucun élément permettant d'apprécier les liens qu'il entretient à distance avec son épouse et leur enfant commun. Dans ces conditions, compte tenu également de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, le préfet de la Gironde n'a pas porté au respect dû à la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, l'intéressé, qui ne produit aucun élément justifiant des liens qu'il entretiendrait avec son enfant, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaîtrait la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant, telle que garantie par les articles 3 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En dernier lieu, pour les mêmes raisons, M. A ne démontre pas qu'en prenant la décision contestée, le préfet de la Gironde aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 janvier 2025.
Le rapporteur,
M. PINTURAULT
La présidente,
C. CABANNE La greffière
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026