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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402824

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402824

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402824
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A, ressortissante ivoirienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour de cinq ans prononcés par le préfet de la Gironde. La juridiction a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de défaut d'examen sérieux. S'appuyant sur l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le tribunal a estimé que la condamnation de Mme A pour des violences aggravées sur son compagnon, avec usage d'une arme, caractérisait une menace pour l'ordre public justifiant le refus de titre et les mesures d'éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 avril 2024 et 30 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Dufraisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait s'agissant du nombre de ses absences en cours ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation du caractère sérieux des études poursuivies ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant qu'elle représente une menace à l'ordre public ;

- au regard des quatre critères posés par la loi, le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation en prononçant à son encontre une décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Dufraisse, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 15 décembre 2000, est entrée en France le 7 octobre 2020 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante. Le 25 octobre 2021, elle s'est vue délivrer une carte de séjour pluriannuelle en cette même qualité valable jusqu'au 25 octobre 2023. Le 1er août 2023, elle en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 20 mars 2024, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pour une durée de cinq ans. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par arrêté du préfet de la Gironde du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°33-2023-021 du même jour, Mme Aurore Le Bonnec, secrétaire générale de la préfecture de la Gironde et signataire de l'arrêté contesté, bénéficiait d'une délégation à l'effet de signer toutes décisions dans les matières relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines matières parmi lesquelles ne figure pas la police des étrangers. Contrairement à ce que soutient Mme A, au regard des fonctions occupées par l'intéressée, une telle délégation n'est ni trop générale, ni trop imprécise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la seule circonstance que préfet a commis une erreur dans l'interprétation des documents relatifs au nombre d'absences de l'intéressée n'est pas à elle seule de nature à faire regarder la décision en litige comme entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux rendu le 5 avril 2022, que Mme A a été condamnée à deux ans d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans, obligation d'exercer une activité professionnelle, suivre un enseignement ou une formation professionnelle, obligation de se soumettre à des mesures d'examen, de contrôle, de traitement ou de soins et interdiction d'entrer en contact avec la victime de l'infraction pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours par conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité avec usage ou menace d'une arme commis le 18 janvier 2022. Elle a reconnu avoir assené à son compagnon un coup de couteau. Les forces de l'ordre ont constaté au cours de l'intervention qu'il présentait de " multiples plaies saignantes superficielles " et " les différents témoins, personnels de la résidence, ont précisé un contexte de violences entre l'auteur et la victime depuis quelques semaines ", la victime ayant présenté un bleu à l'œil quelque temps auparavant et des traces de sang ayant déjà été retrouvées dans la chambre. Le jugement indique enfin qu' " il ressort de sa personnalité et de sa situation personnelle, familiale et sociale, que A B ne présente pas de garanties suffisantes pour éviter la réitération de l'infraction et ne manifeste pas d'une réelle prise de conscience du trouble causé ". Mme A se prévaut du caractère isolé de cette condamnation, du sursis qui lui a été accordé et de la circonstance qu'elle se soit conformée à ses obligations de soins de sorte que sa psychologue note la fin d'une " période de déni " grâce à la " première étape " que représente le travail thérapeutique entamé. Toutefois, eu égard à la gravité des faits en cause et de leur caractère récent, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 rappelées ci-dessus en estimant qu'ils témoignaient d'un comportement de nature à menacer l'ordre public.

6. S'il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait s'agissant du nombre d'absences et qu'au regard de la cohérence du parcours universitaire de l'intéressée, des notes obtenues et de la progression dans la poursuite de ses études, le préfet a commis une erreur d'appréciation s'agissant du caractère sérieux de ses études, au regard des dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le motif tiré de la menace à l'ordre public était de nature à justifier à lui seul le refus de titre de séjour et il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision si il ne s'était fondé que sur ce motif.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

8. Si le préfet doit tenir compte, pour décider de prononcer, à l'encontre d'un étranger soumis à une obligation de quitter sans délai le territoire français, une interdiction de retour et fixer sa durée de chacun des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces mêmes dispositions ne font pas obstacle à ce qu'une telle mesure soit décidée quand bien même une partie de ces critères, qui ne sont pas cumulatifs, ne serait pas remplie. D'une part, ainsi qu'il a été dit au point 7 la présence de Mme A sur le territoire constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, l'intéressée, présente sur le territoire français depuis 2020, ne justifie pas d'une ancienneté de séjour, ni d'une intégration particulière en France laquelle ne saurait être caractérisée par ses années d'études. Par ailleurs, si elle se prévaut de sa prise en charge financière par sa tante de nationalité française et produit en ce sens une attestation, cette seule circonstance ne saurait caractériser l'existence de liens anciens et intenses avec la France alors qu'elle a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 19 ans. Par suite, et alors même qu'elle n'a jamais fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prononçant à son égard une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2024. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure,

M. Bourdarie, premier conseiller,

Mme Passerieux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le premier assesseur,

H. BOURDARIE La présidente-rapporteure,

C. BROUARD-LUCAS

Le greffier,

A. PONTACQ

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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