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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402831

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402831

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme G, ressortissante arménienne, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a d'abord écarté la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, mais a jugé que le moyen d'incompétence du signataire de l'arrêté n'était pas fondé. Saisi au fond, le tribunal a estimé que le refus de séjour ne méconnaissait ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, Mme A G épouse F, représentée par Me Hachet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- le signataire de l'arrêté litigieux ne disposait pas d'une délégation de signature régulière ;

- l'arrêté attaqué a méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions et stipulations ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de cet article.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est tardive est donc irrecevable dès lors que la décision accordant l'aide juridictionnelle à la requérante a été édictée le 16 janvier 2024 et que la requête n'a été enregistrée que le 26 avril 2024, soit bien au-delà du délai de recours contentieux, alors qu'en application de l'article 51 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991, son avocat a nécessairement été immédiatement informé par le bureau d'aide juridictionnelle de l'existence de la décision d'admission de la requérante au bénéfice de cette aide ;

- les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Mme G a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2024.

Par ordonnance du 29 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën,

- et les observations de Me Hachet, représentant Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A G épouse F, ressortissante arménienne née le 11 février 1969, a déposé le 10 février 2023 une demande de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 octobre 2023, dont Mme G demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette mesure.

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 33-2023-164 du même jour, donné délégation à Mme E D, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer " toutes décisions () prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA ", au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". L'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme G, qui déclare être entrée en France en décembre 2017 sous couvert d'un visa délivré par les autorités italiennes pour une durée de sept jours, s'est soustraite à une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre par le préfet de la Dordogne le 30 novembre 2019, contre laquelle elle a formé un recours rejeté par le présent tribunal le 14 octobre 2020 puis par la cour administrative d'appel de Bordeaux le 10 décembre 2021. Si elle se prévaut de la présence en France de sa fille aînée Liana, née en 1989, qui réside régulièrement en France et de ses fils jumeaux B et C, nés en 2003, ces derniers ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du préfet de la Gironde du 6 octobre 2023 alors que deux autres de ses enfants résident en Arménie, pays d'origine de la requérante, où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 46 ans et où résident également deux de ses frères et sœurs. Par ailleurs, si Mme G établit avoir exercé une activité professionnelle dans le cadre d'un emploi familial chez des particuliers depuis fin 2021, cette activité, qui n'était exercée qu'à temps partiel et pour une rémunération épisodique jusqu'en 2023, période à partir de laquelle les sommes perçues s'élèvent à environ 1 500 euros par mois, n'a pas fait l'objet d'une autorisation de travail et a été exercée alors qu'elle se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français. Enfin, si elle établit avoir pratiqué des activités de bénévolat auprès d'associations et suivi des cours de français, qui, au demeurant, lui ont seulement permis d'atteindre le niveau A1, ni cette circonstance, ni les autres éléments qu'elle fait valoir et qui sont énoncés ci-dessus ne peuvent la faire regarder comme disposant de liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Par suite, les moyens tirés de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

5. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, le préfet de la Gironde n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation de Mme G.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Gironde, que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office à défaut de se conformer à cette mesure. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G épouse F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bourgeois, président,

Mme Jaouën, première conseillère,

M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 octobre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

L. SIXDENIERS

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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