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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402851

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402851

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, M. A F C G C, représenté par Me Meaude, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 2 avril 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- ces décisions ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dès lors que sa situation médicale lui permet de prétendre de plein droit à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur le pays de renvoi :

- la décision portant obligation de quitter le territoire étant illégale, la décision fixant le pays de retour est illégale par voie de conséquence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur l'interdiction de retour :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Gironde le 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zuccarello pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zuccarello, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Meaude, représentant M. C G C

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A F C G C, ressortissant camerounais né le 11 février 1992 et qui déclare être entré en France le 27 janvier 2022, a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été refusé par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 13 juin 2023. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté le recours de l'intéressé contre cette décision le 19 mars 2024. Par un arrêté du 2 avril 2024, dont M. C G C sollicite l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé d'admettre l'intéressé au séjour au titre de l'asile, lui a enjoint de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit à l'issue de ce délai, et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation / le surplus des conclusions :

Sur le refus d'admission au séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site de la préfecture, librement accessible, que M. B D, directeur de l'immigration à la préfecture de la Gironde et signataire l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 29 mars 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pour les matières relevant de sa direction, au nombre desquelles figurent les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux, qui n'a pas à rappeler de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne les éléments de droit et de fait sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté. Il ne ressort pas en outre de cette motivation que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. La circonstance que l'arrêté ne mentionne pas les éléments relatifs à la situation médicale de l'intéressé est sans incidence sur le caractère sérieux de son examen dès lors que M. C G C ne démontre ni même n'allègue avoir porté ces éléments à la connaissance de l'autorité compétente. En outre, si le requérant fait valoir que le préfet de la Gironde n'a pas pris en compte la circonstance qu'il a quitté son pays d'origine en 2014, il ressort des termes de la décision attaquée que l'autorité compétente a examiné l'ensemble des circonstances entourant l'entrée en France de l'intéressé ainsi que ses démarchés liées à sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit également être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de ce qui a été dit au point précédent que M. C G C ne justifie pas avoir soumis au préfet de la Gironde des éléments relatifs à son état de santé susceptibles de le faire regarder comme entrant dans le champ des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, en ne se prononçant pas sur l'état de santé de l'intéressé, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur de fait et n'a pas plus méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code susmentionné.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

8. Il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet de la Gironde a vérifié le droit au séjour de l'intéressé au regard de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier d'un tel droit. Il ressort en outre de ce qui a été dit au point 6 que M. C G C n'a pas fait valoir devant l'autorité compétente d'éléments relatifs à son état de santé qui seraient susceptibles de lui ouvrir un droit au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. C G C, célibataire et sans enfant à charge en France, est entré illégalement sur le territoire français à une date récente. L'intéressé ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français. En outre, il ne démontre pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine, au réside sa famille, ni avec les autres pays dans lesquels il allègue avoir vécu et travaillé plusieurs années. Les circonstances que le requérant ait été hospitalisé pour une durée de dix jours en soins psychiatrique et qu'il bénéficie d'une ordonnance médicale ne suffisent pas à démontrer que le centre des intérêts privés et familiaux de l'intéressé serait en France. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, porté une atteinte disproportionnée au droit de M. C G C au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

11. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas illégale. M. C G C n'est par suite pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi par voie de conséquence.

12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. C G C, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision du 13 juin 2023 de l'OFPRA, confirmée par une décision du 19 mars 2024 de la CNDA, se borne à faire valoir qu'il serait soumis à des représailles dans son pays d'origine dans le cadre d'un conflit d'héritage sans toutefois verser aucun élément au soutien de ses allégations. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés doit par suite être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L.612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai déterminé, d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée ne peut dépasser cinq ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur territoire de l'intéressé, la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

16. En premier lieu, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle est fondée sur les motifs que sa présence en France n'est justifiée que par les délais d'instruction de sa demande d'asile et qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France. Elle indique en outre que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Le préfet, qui a examiné les quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, a ainsi fait état des considérations de droit et de fait qui fondent la décision. Par suite, l'interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée dans son principe comme dans sa durée.

17. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C G C est entré récemment en France, pays dans lequel il ne justifie pas de liens personnels et familiaux anciens et stables et dans lequel il s'est maintenu uniquement dans le cadre de sa demande d'asile. Ainsi, quand bien même le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public et n'a pas fait l'objet auparavant d'une mesure d'éloignement, le préfet de la Gironde, n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation de la situation du requérant en fixant une interdiction de retour sur le territoire d'un an. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision attaquée.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E:

Article 1er : M. C G C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Me Meaude, à M. A F C G C et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La magistrate désignée,

F. ZUCCARELLOLa greffière,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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